mardi 30 octobre 2007

Contre la tauromachie... pourquoi ?

Octobre 2007

Je voudrais d’emblée écarter l’argument esthétique et historique auquel on a le plus souvent recours pour défendre la corrida. Pour ce qui est de l’esthétique, je ne chercherai aucunement à contredire tous ceux qui disent que ce spectacle est beau. Le jugement esthétique est un jugement subjectif sur lequel on ne peut débattre. Person­nellement, je reconnais qu’il y a dans la corrida une recherche indéniable d’esthétique.

Pour ce qui est du volet historique, discutable en France, il n’est pas un argument valable à mon sens. En effet, peut-on justifier le maintien d’une tradition supposée au seul motif qu’elle existe depuis longtemps ou qu’elle a existé dans le passé ? Évidemment, c’est intellectuellement injustifiable et l’humanité peut heureusement s’honorer d’avoir abandonné un certain nombre de ses amusements passés, cruels, inhumains ou dégradants !

Le problème éthique que pose la corrida est celui de la violence, pratiquée sur un animal et présentée de manière positive au motif qu’elle serait divertissante. Par violence, j’entends non la mise à mort qui, bien qu’étant aussi une forme de violence, n’est pas en soi un problème (j’y reviendrai plus loin) car elle est inéluctable. Par violence, j’évoque la cruauté et les souffrances infligées à l’animal : on enfonce une lance dans la nuque du taureau et on fouille la plaie ainsi ouverte afin de cisailler le ligament de la nuque et contraindre l’animal à baisser la tête. On plante ensuite dans la blessure six harpons de quatre à sept centimètres : les banderilles. L’animal est enfin mis à mort, au mieux d’un seul coup d’épée, mais c’est rarissime. Une épée plus courte et un poignard sont alors nécessaires pour porter les coups ultimes. Triste record détenu à ce jour : trente-quatre tentatives !

Depuis plusieurs années, il existe un débat récurrent sur la violence à la télévision ou au cinéma. En réalité, le problème n’est pas tant de montrer de la violence, notamment à la télé, que de montrer des violences qui sont réelles et de distiller un jugement positif à leur égard. Je m’explique. Les violences sont une réalité qu’il serait vain et idiot de nier. Souvent, elles sont le fait de l’ignorance ou de la bêtise, elles sont aussi parfois intentionnelles. Dans tous les cas, notre conscience nous dicte un jugement négatif à leur égard.

Quand elles sont montrées au cinéma ou dans des fictions audiovisuelles en étant parfaitement explicite sur le fait que ces violences sont des fictions, nous débattons de l’impact que cela peut avoir sur les enfants, y compris quand il s’agit de violences envers des animaux. Mais il est entendu que cela demeure une fiction et cela n’engage aucune violence réelle. Je serai d’un autre avis sur ce qui est réel. Quand il est tout à fait explicite que des violences montrées sont réelles (dans des reportages télévisés par exemple), il s’agit dès lors d’informations utiles pour la bonne connaissance du monde tel qu’il est. Cette information, même si elle peut être dure à voir, est nécessaire dès lors que la présentation qui en est faite n’émet pas un jugement positif quant à cette violence.

En l’occurrence, dans la corrida, ce qui pose problème, c’est que cette violence érigée en spectacle est non seulement réelle, mais elle est présentée comme positive. C’est là que se pose un problème d’éthique. La corrida valide l’idée que, dans certains cas, on peut mon­trer des violences réelles de façon positive. En réalité, la raison pour laquelle je m’oppose aux corridas, c’est parce que j’estime que l’évolution normale d’une société ne peut présenter une violence réelle, y compris envers un animal, comme une chose positive.

Cette analyse sur les effets que peuvent avoir des images présentées comme réelles vient d’être validée par le Bureau de vérification de la publicité (BVP). En émettant un avis négatif sur une campagne anticorrida présentée par le chanteur Renaud, le BVP admet que la présentation crue de cette réalité pouvait heurter un jeune public. Cet avis confirme que la corrida est un spectacle qui met en scène positivement une violence réelle qui peut heurter un jeune public. Elle est d’autant plus problématique qu’elle distille l’idée qu’une telle violence est tolérée et tolérable.

Mais le fait de tuer un animal est-il tolérable ? J’évoquais plus haut l’idée que tuer un animal est également une forme de violence. L’humanité ne s’extrait pas de sa nature omnivore. Si on tue, c’est pour manger et donc par nécessité. Cette conscience, dont nous avons la chance de disposer, doit nous conduire à considérer que tuer un animal par nécessité ne peut pas être mis sur le même plan que le tuer pour le plaisir. Si l’humanité est perfectible – et j’ai la faiblesse de le croire –, je pense que ce serait un progrès humain (parmi beaucoup d’autres évidemment) que de refuser, dans notre droit, des violences inutiles, divertissantes ou économiquement rentables envers le monde vivant qui nous environne. Dès lors, il faut interdire la corrida.

jeudi 30 août 2007

OUVERTURE ECOLOGISTE

29 août 2007

Les dernières élections ont été historiquement les plus mauvaises pour les Verts. Les scrutins présidentiels et législatifs ne sont certes pas ceux qui nous réussissent le mieux, mais les 1, 57% des présidentielles et les 3% des législatives ne sauraient s'expliquer uniquement par un "vote utile" ou par des causes "conjoncturelles". Notre Parti n'est plus attractif. Les causes stratégiques de ce déclin sont diverses: relations infantiles avec le Parti Socialiste et dépendance trop grande à ce dernier pour avoir des élus, confusion entre "autonomie" et "repli identitaire". Ajoutons à cela une dépolitisation de la protection de l'environnement devenue faussement consensuelle, et un dysfonctionnement interne insupportable qui constitue une circonstance aggravante. Le cycle qui, souhaitons-le, s'achève a démontré l'impasse de notre ligne politique et de notre fonctionnement paralysant depuis une dizaine d'années.

Il est donc utile de nous remettre en question. Deux visions vont s'opposer.

La première pourrait se traduire par une sorte de "renforcement" par le vide. Ce phénomène est déjà à l'oeuvre: les départs de beaucoup d'adhérents le démontre. La traduction de cette vision serait de maintenir tant bien que mal en l‘état la "marque verte" dont les "gérant(e)s" se partageraient les quelques rentes... Le problème de cette stratégie est qu'elle nous isole encore d'avantage, elle nous sclérose, nous centre sur nous-mêmes et empêche ou limite les dynamiques collectives. Dans cette hypothèse, nos débats se centreront sur des réformes de fonctionnement sans doute insuffisantes, nous détournant du dialogue avec la société qui nous fait aujourd'hui cruellement défaut. Toujours moins nombreux, nous aborderons les prochaines échéances électorales préparées, comme d'habitude, en vase clos, persuadés que la rente de la "marque verte" rapportera comme à son habitude son lot de pourcentage entre 5 et 15%,... assez pour négocier les postes avec le PS. Si cette méthode a pu fonctionner pendant les 10 dernières années, nous en constatons aujourd’hui les limites. Croire que nous pourrons continuer de la même façon pendant les 10 prochaines années est un pari risqué ... Les résultats de 2007 résonnent comme un très sérieux avertissement. Sans électrochoc, la rente verte aujourd'hui tarie pourrait bien nous faire connaître des échecs à moins de 5 % aux municipales et aux européennes dont nous ne nous relèverons pas.

La seconde vision consiste à produire un électrochoc seul à même de nous faire rebondir et nous sortir de l'insignifiance dans laquelle nous sommes en train d'entrer. Nous avons besoin d'une dynamique d'ouverture en direction des mouvements, des personnalités, des groupes, qui se retrouvent dans les valeurs de l'écologie politique. Elle a pour ambition de créer des convergences écologistes pour favoriser l'émergence d'une nouvelle "majorité culturelle" qui interroge notre société productiviste et individualiste. Cette vision implique deux conditions difficiles à réunir aujourd'hui car elles remettent profondément en question notre fonctionnement actuel. Elles sont néanmoins indispensables:

- Accepter que l'idéal écologiste n'est pas uniquement porté par les Verts. Nous devons cesser de prétendre avoir raison contre les autres écologistes. Il faut prendre acte qu'en dehors des Verts, il y a des dynamiques qui incarnent autant que nous, bien que différemment, des valeurs très proches des nôtres. Interroger nos "différences" est souhaitable, mais disqualifier et stigmatiser ces dynamiques est suicidaire. Nous devons accepter qu'aux yeux des citoyennes et des citoyens, qui ont maintenant compris que l'urgence écologique était une réalité, le non rassemblement des écologistes est incompréhensible et discrédite le bien-fondé de notre projet.

- Renoncer à une organisation interne de notre Parti trop souvent orienté autour de la question que constitue la gestion des "enjeux de pouvoir" (à force de se regarder le nombril et de rêver d'AG, il n’y aura bientôt plus beaucoup de « pouvoir » à « gérer »…). Ce type de fonctionnement, on l'a vu pour quasiment toutes les désignations, ne laisse plus aucune place à des personnalité(e)s non vertes ou à des compétences autres que celle de la manoeuvre d'appareil. Seul le jeu des cartes et des voix en AG priment. Les candidats ne sont pas les meilleurs d'entre nous, mais ceux qui ont le plus de "cartes". Rien de tel pour faire fuir celles et ceux qui sont là pour les idées et pour nous couper du « Mouvement social écolo »

Concrètement, que fait-on dans les 3 années qui viennent?

En 2008, 2009 et 2010, trois échéances électorales nous attendent. Elles ont en commun d'être sur un mode de scrutin proportionnel et de concerner des élections traditionnellement "favorables" aux Verts (Municipales, Européennes et Régionales). Pour autant, ces scrutins, si nous continuons sur la lancée où nous sommes, sont à hauts risques. Nous ne pensons pas que les Verts, seuls, dans l'état où ils se trouvent, pourront relever le défit de ces échéances.

En revanche, elles peuvent être l'occasion d'un rebond, d'une reconquête de l'électorat, à condition que nos messages soient audibles et qu'ils soient également portés par des personnalités aujourd'hui reconnues par l'opinion publique comme représentante de la mouvance écologiste. Il faut agir avec et derrière ces personnalités, et non pas sans ou contre elles.

Pour les Municipales, les investitures sont décidées par les Groupes locaux. Ce mode de désignation "interno-interne" va avoir pour effet soit l'élaboration de liste "Gauche plurielle" de premier tour où les représentant(e)s des Verts seront issu(e)s uniquement de notre Parti; soit des liste Vertes ou Vertes et citoyennes, mais où les candidat(e)s éventuellement éligibles ne seront que des Verts. C'est un écueil à éviter car ce phénomène a pour conséquence de nous replier encore sur nous mêmes et de nous couper des réseaux sympathisant(e)s qui n'ont pas vocation à ne servir que de "faire-valoir". Dés maintenant, là où cela est possible, il faut favoriser des listes municipales vertes et ouvertes. Notre Parti doit encourager ces initiatives portées localement par les adhérent(e)s et les réseaux proches de nous par un appuis logistique et budgétaire.

Pour les Européennes, nous sommes devant une situation qui pourrait s'avérer extrêmement grave à l'issue du scrutin de 2009. En effet, le nombre de Député(e)s par euro régions va baisser du fait de l'élargissement de l'Union Européenne. En 2004, les Verts avaient obtenus 6 député(e)s, un(e) par grande euro région ( à l'exception de la Région Centre et de la Région DOM-TOM). Ces député(e)s avaient été "qualifié(e)s" de justesse en obtenant au plus fort reste soit la dernière, soit l'avant-dernière place éligible (à l'exception de l'Île de France, du fait du nombre important de Député(e)s à élire). Avec la baisse du nombre d'eurodéputé(e)s à élire et le tassement prévisible (pour ne pas dire pire) de notre électorat si nous ne changeons pas de ligne politique (une baisse de 1 ou 1,5% suffirait); il est probable que nous n'arriverons à obtenir qu'un(e) Eurodéputé(e) dans la région Île de France. La quasi disparition de représentant(e)s écologistes français(e ) au Parlement Européens serait une catastrophe. C'est pourquoi nous devons nous adapter à cette situation en faisant ce qui est à la fois utile et souhaitable: une stratégie d'ouverture et de communication qui puisse rendre à nouveau audibles et attractifs l'écologie politique. Il est de notre responsabilité d'imaginer une écologie politique portée et remise en mouvement par celles et ceux qui sont aujourd'hui identifiés par l'opinion publique comme les meilleurs porte-drapeaux de l'écologie. Les élections européennes nous permettrait de mettre cette idée en pratique. Dany Cohn-Bendit pourrait ainsi conduire une liste écologiste en Île de France, Nicolas Hulot dans le Grand Ouest et José Bové dans la Grande région sud-ouest. Cette « union écologiste" apporterait une réelle plus value à une campagne qui s'annonce difficile sans que nous ayons à renoncer à nos fondamentaux européens et écologistes. Elle nous permettrait de donner une image dynamique de l'écologie politique, une mouvance qui aura montré qu'elle a sur s'unir et comprendre ce que l'électorat attend de nous.

Pour les régionales, on imagine bien qu'un échec au scrutin Européen nous mettrait en grande difficulté. En créant la surprise aux élections européennes, nous serons en situation pour poursuivre la dynamique d'ouverture des européennes sur les têtes de liste des régionales, ainsi que sur les candidat(e)s élligibles.

Décider au plan national l'allure et les personnalités qui porteront nos listes aux municipales, aux européennes et aux régionales en osant faire des offres à des personnalités non-vertes est une rupture dans nos pratiques basistes. Il s'agirait de faire de la "Politique" en se donnant les moyens d'être attractifs, audibles, et donc forts.

Notre Mouvement est fatigué. Il y a longtemps que nous n'avons pas pu nous réjouir d'un bon résultat des Verts. On ne peut pas persister sur cette voie. Nos capacités d'investissement humain et militant ont des limites. Il est urgent de passer à un troisième temps de l'écologie qui ne corresponde pas à un repli suicidaire, mais au contraire à une ouverture lucide et cohérente en direction de la société en nous appuyant sur tous les relais qui partagent, pour l‘essentiel, les mêmes idéaux que nous.

Nous avons conscience de la difficulté de cette "Révolution" interne, mais il y a des précédents qui ont profité aux Verts et à l'écologie; comme les Européennes de 1999, par exemple, qui nous avaient permis de faire l'un des meilleur score nationaux de l’Histoire de notre Parti.

Ouvrir les Verts, c'est accepter de rompre avec une forme de routine et certaines de nos habitudes, mais cela ne constitue en rien un renoncement.

L'écologie, c'est l'ouverture. L'ouverture sur le Monde, sur les autres. C'est prendre en compte ce qui nous rapproche pour construire un projet commun.

Si nous ne sommes pas en mesure de construire ce projet avec des personnalités comme Cohn-bendit, Hulot ou Bové, avec qui le ferons-nous?

Il y aura toujours de bonnes raisons de refuser de telles ouvertures par peur de voir dénaturer une maison verte que l'on croit parfaite.

Nous avons 3 années pour créer cette dynamique et proposer un projet de société à la fois crédible et audible, qui soit alternatif à ceux d'une Droite très libérale décomplexée et d'une Gauche traditionnelle encore sourde à l'écologie. C'est une des conditions pour être en mesure de contribuer à la construction d'une coalition d'alternance en 2012.

Nous n'y arriverons pas seuls. Il nous appartient de donner une impulsion unitaire à l'écologie politique. Si les Verts ne le font pas, personne ne le fera. Prenons nos responsabilités. Maintenant... nous n'avons rien à perdre et tout à gagner.

Yann Wehrling et David Cormand (membres du Collège exécutif des Verts), et Jean-Marc Brulé (conseiller régional vert d'Ile de France