vendredi 12 décembre 2008

Conférence tenue le 6 décembre 2008 sur l'éco-fisacalité





Dans le cadre du Salon Bio qui s'est tenu durant le week-end de la Saint Nicolas, j'ai eu le plaisir de pouvoir présenter quelques idées sur la fiscalité écologique.

Mon propos général tendait à démontrer que l'outil fiscal, celui de la maîtrise des prix, et plus globalement les outils financiers dont disposent les pouvoirs publics sont non seulement des réponses à la crise financière et économique actuelle, mais aussi et surtout un levier puissant pour favoriser la conversion de notre économie non durable vers une économie durable.




• L’éco-fiscalité et l’éco économie sont une réponse à la crise financière, et pourtant, pour de nombreux cercles influents, les efforts pour la planète leur apparaissent comme un luxe qu'on ne peut se permettre et de ce fait, la préservation de la planète pourrait bien être une victime co-latérale de la crise financière.

• Ce constat négatif renvoie à la rapidité de réaction des Etats pour débloquer des crédits colossaux pour aider les banques qu'on ne peut manquer de mettre en parallèle avec la lenteur des mêmes Etats à consentir des efforts sérieux, financiers notamment, sur les enjeux environnementaux.

• Pourtant, le coût de l’inaction en matière environnementale a été évalué par l'économiste Nicholas Stern à une récession mondiale de -20% du PIB.
(5500 milliards d'euros)

Ce montant; à la seule échelle héxagonale est à rapprocher des estimations actuelles des investissements à faire, par exemple, suite au Grenelle.
Ainsi le Ministère de l'écologie a-t-il estimé, entre 2009 et 2020 (pour les 60 mesures principales de la loi Grenelle 1)un coût de 440 milliards d'euros,
soit une 40 milliards d'euros par an, 2 % du PIB de la France.



Et si nous internalisons les économies engendrées, la politique énergétique dans le bâtiment et les transports créera ou maintiendra 535 000 emplois
- dont 250 000 dans le bâtiment (rénovation thermique...)
- et 80 000 dans les transports le temps des chantiers de lignes à grande vitesse, de tramways...

Dépenses qui impliquent des bénéfices écologiques évident de 35 millions de tonnes de CO2 en moins par an à partir de 2013, dont 12 millions pour le bâtiment (c'est à dire 33% de nos réductions d'ici à 2020 en vertu de ses engagements européens).

42 milliards d'euros, c’est aussi ce que représentait en 2001 la fiscalité liée à l’environnement… à savoir 2% du PIB et 5% des recettes fiscales. Ce qui ne situe pas la France dans les Pays usant le plus de la fiscalité environnementale... et de loin.


A l'échelle mondiale, l'enjeu est aussi de se baser sur de nouveaux indicateurs.
Le seul qui est utilisé aujourd'hui est le Produit Intérieur Brut.
Certains continuent de vouloir croire que cet indicateur, mesurant la richesse d'un Pays, permet de dire que la population du même Pays en tirerait bénéfice.
Quant à l'environnement, l'idée reçue est aussi de penser que plus un PIB par habitant est élevé, plus le Pays est "pollueur".
Ces deux affirmations sont fausses et contribuent à démonter la valeur qu'ont peut et doit accorder au PIB.
A titre d'exemples,
- 1 suisse émet 3 fois moins de CO2 qu’1 canadien pour un PIB/hab équivalent.
- l'écart entre le rang atteint dans le classement PIB/habitant et dans le classement par l'indice de développement humain (IDH)tel que montré dans ce tableau montre qu'il n'y a pas de corrélation entre le rang occupé en fonction du PIB et la rang occupé en fonction de l'IDH



Autre indicateur : l'empreinte écologique par personne en 2003, en hectare global, et IDH 2005
Cet indicateur, qui mesure le nombre d'hectares nécessaire pour permettre à notre économie de fonctionner montre que nous vivons à crédit sur le Terre.
Dès 1950, la France n'avait plus assez de son territoire pour suffire à son économie. A partir des années 80, c'est l'humanité entière qui n'avait plus assez de la Terre/

Nombre de France nécessaire pour satisfaire la consommation des Français :




Revenons à la fiscalité.
Quelques exemples d'usage de la taxe pour orienter les bons choix :
• URBANISME
Taxe d’habitation et foncière incitative pour tout projet contribuant à construire dans les zones déjà urbanisées, et plus particulièrement dans les centres des communes

• MALUS auto doit progressivement toucher tous les véhicules émettant plus de 120g/km de Co2. Ce malus pourra et devra d'ailleurs évoluer, au plus européen, pour soutenir sans cesse tout progrès technologique afin qu'il se généralise dans le parc automobile.
• Le PEAGE des centre villes comme à Londres fait débat, mais le fait est qu'il a contribué à une baisse de 15% de circulation en centre ville.
. Le péage routier peut également moduler sa tarification en tenant compte du nombre de passagers par véhicule en appliquant évidement un tarif dégressif pour chaque passager supplémentaire.


• Le Crédit d’impôts sur la rénovation de l’habitat doit réévaluer ses seuils aujourd'hui plafonnés à 8000 euros pour une personne seule (doublement).

• On doit aboutir rapidement à une Taxe sur les phytosanitaires agricoles afin d'en réduire vraiment l'usage.
• Une Taxe sur l’usage de l’eau (dégressif moins on en consomme) doit également contribué à renverser les logiques de gaspillage toujours encore à l'oeuvre.

• Mais aussi dans le domaine de la consommation
- électro-ménager
- déchets (taxe pesée embarquée) - taxe sur les produits suremballés
- Incitation à l’usage du numérique
- Incitation à l’alimentation locale


Les très usitées éxonérations de charges sociales pourraient être éco-conditionnées

• - cibler les emplois écologiquement utiles comme l'organisation du co-voiturage dans les entreprises ou les zones rurales, les emplois agricoles orientés vers le co-compostage


Le grand sujet qui revient souvent dans la périphérie des discussions sur les Plans climat est la taxe sur l’énergie, autrement appelée "taxe carbone".
Cette taxe doit permettre de redonner un prix plus juste aux produits qui ont eu besoin de pétrole pour venir à nous en tant que consommateurs.
Par exemple, aujourd'hui, boire 1 litre de jus d’orange, cela représente 3cl de pétrole et 60 g de Co2 émis.


Plus globalement, si nous voulons que les prix reflètent mieux leur faible ou grand impact sur la planète, évaluons aussi le prix de tout ce qui n'en a pas, comme le vivant, la paix, la santé, l’air…
Pourquoi ?
- d'abord parce que, devant les tribunaux, un juge pourra enfin évaluer le précudice subi par la nature et les espèces lors d'une catastrophe d'origine humaine et le pollueur pourra alors être condamné à payer, aussi, une compensation qui, sur la durée, sera directement allouée à la protection de la faune, de la flore et des mileux naturels.
- ensuite parce que tout effort (d'un Etat, d'une collectivité, d'une entreprise, ou d'un particulier) en faveur de la nature doit pouvoir être évalué à son juste prix et être, par un mécanisme de compensation, être rétribué. Qu'il soit possible de s'enrichir grâce à la préservation de la nature et non à son détriment serait un renversement complet des logiques aujourd'hui à l'oeuvre.

S'il faut Donner un prix à ce qui n'en a pas, il faut aussi redonner un prix plus juste à ce qui est aujourd'hui sous-évalué et donc poursuivi alors même que le bilan financier réel devrait nous conduire à renoncer à ces produits.
Par exemple, celui du kWh nucléaire par exemple (il n’internalise pas le coût réel de construction des centrales, de leur démentèlement et de la gestion des déchets)
Sans autre intervention que l'égalité fiscale et l'internalisation des coûts, la simple exigence de vérité des prix changerait les comportements (low cost avion, eau d’irrigation).


L’évolution d’un prix peut être bénéfique. Ainsi, l'augmentation inéluctable du prix du pétrole (qui, malgré sa baisse actuelle ne doit pas faire oublier qu'il demeure toujours, fin 2008, de près de 20% plus cher qu'en 2007)implique une réduction constatée de son usage, et de ce fait, stimule la production d’énergie alternative.


On en a beaucoup parlé ces derniers temps, les produits de Banques peuvent eux aussi contribuer fortement aux choix écologiques.
Une des conditions de l'aide aux banques eut pu être le développement massif de taux de prêts différenciés selon la durabilité des projets


Aujourd'hui, l'éco-fiscalité est en retard, alors même que l'éco-économie et l'éco-industrie sont en essort dans l'Union européenne (et c'est d'ailleurs le domaine économique qui connait le plus fort essort).
- 227 milliards de chiffre d’affaire (UE)
- 3,4 millions d’emplois

Pour finir, et c'est un principe lié au développement durable, cette évolution de notre fiscalité devra être partagée par tous de manière démocratique. L’éco-fiscalité ne sera acceptable que si les nouveaux prélèvements sont compensés par la baisse ou la disparition d’autres prélèvements.

• Le coût pour le contribuable doit être nul
• Les recettes de l’Etat ne doivent pas augmenter du fait de ces nouvelles taxes.
• Mais évidemment, le bénéfice pour la planète sera total.

La période est bonne pour agir
• d'abord parce que tout cela nécessite une forte intervention publique et depuis l'appel au secours des banques et des grands groupes industriels (qui ont pourtant demandé pendant des années aux Etats de les laisser tranquille) c'est un vrai retour en grâce de l’interventionnisme et de la régulation publique.
• Ensuite, parce qu'il y a urgence et nécessité d’assainir le système financier mondial (transparence, spéculation, banques, notations, paradis fiscaux, rémunérations)et que, ce faisant, l'occasion est idéale pour insuffler de la durabilité dans tout ce système.

Au plan européen, faisons du saut vers le durable un "First mover advantage", terme économique qui veut dire que "l'avantage est à celui qui bouge le premier".

« Plus longtemps nous tarderons à nous adapter à la nouvelle donne de l’aggravation de l’effet de serre et la rareté croissante des hydrocarbures, plus les coûts de transition vers une économie sobre en carbone seront élevés. A contrario, plus nous nous engageons tôt dans cette voie, plus nous pourrons tirer profit de nos savoirs-faire et de nos technologies pour booster l’innovation… »
Commission européenne

Yann Wehrling
le 6/12/2008

jeudi 25 septembre 2008

Un référendum "pour ou contre la Biodiversité dans les Pyrenées"

Communiqué (d'amis)


Arbas, le 24 septembre 2008

Un referendum sur la protection de l’ours ?
Quel dommage que ce soit impossible … !

Nous avons lu avec beaucoup d’intérêt la proposition d’Henri Denard,
conseiller général de la Haute-Garonne, de soumettre la question de
l’avenir de l’ours dans les Pyrénées à un référendum (la Dépêche du
Midi du 20 septembre 2008).

Toutes les études d’opinion réalisées depuis 1992 étant unanimes sur
la forte adhésion des Français comme des Pyrénéens à la cause de
l’ours, nous pourrions n’être que favorables à cette idée.
Il est à ce sujet très révélateur que d’autres opposants, ariégeois
comme bigourdans, aient immédiatement réagi en dénonçant cette
proposition : ils savent pertinemment que la réponse des Pyrénéens
aurait été une nouvelle fois favorable à l’ours.

Malheureusement, c’est une proposition impossible.

En effet, la protection des espèces ne relève pas d'une compétence
locale ; les communes ne peuvent donc pas soumettre cette question à
référendum.

La protection de l’ours brun et l’obligation de conserver dans les
Pyrénées une population viable relève de la Loi, que ni un Conseil
Général, ni même un référendum local, ne peut remettre en cause.

Nous reconnaissons l’apparence démocratique de la proposition d’Henri
Denard, mais respecter la démocratie, c’est avant tout respecter la Loi.

Ceux qui affirment le contraire, ou le font croire via des
propositions parfois démagogiques, se trompent, ou trompent l’opinion.

Contact presse : Alain REYNES, Pays de l’Ours-Adet 06 13 59 29 76

vendredi 12 septembre 2008

à propos de mon interview dans les DNA de ce lundi 8 septembre

Les mauvaises langues vont dire "il y pense en se rasant le matin".

Je pourrais développer longuement les raisons pour lesquelles un engagement politique est nécessaire au niveau européen.
Sans doute avons-nous oublié à quel point ce niveau institutionnel regorge de possibilité pour agir sur les orientations en profondeur que notre societé devrait prendre.

L'Europe est sans doute le seul continent où nous pourrions avancer rapidement vers un vrai développement durable. Ou dit autrement : si l'Europe ne fait pas du développement durable sa politique structurante, aucun autre continent ne le fera.

Je suis sans cesse navré de la perte de confiance des citoyens dans l'Europe. Les "non" successifs des peuples français, hollandais et irlandais ne sont pas des replis nationalistes, ce sont des rejets d'une Europe qui ne protège plus.

Oui, j'ai envie de redonner du sens à cette Europe. Un député européen n'a qu'une action modeste en la matière. Je pense donc qu'il y a d'autres moyens d'agir. Je le ferai de la meilleure manière possible. Je serai en tout cas engagé dans cette campagne européenne, candidat ou non, pour défendre cette vision positive d'une Europe qui doit passer le cap de la défiance.

Pour cela,
1- que les candidats s'engagent à ne pas disparaître pendant 5 ans du terrain qui les a élu. Un site internet et une feuille de choux confidentielle, ce n'est pas cela être sur le terrain. Le député européen, la dizaine de députés européens par grande région, doivent silloner le terrain comme autant d'ambassadeurs de l'action de l'Europe... même en étant critiques. Ils répondront tous que c'est ce qu'ils font... peut-être mais le constat est là : qui sait aujourd'hui qui sont nos députés du grand est ? Je ne leur jette pas la pierre car je sais à quel point le travail parlementaire est prenant, mais la prochaine équipe, malgré ses différences politiques, doit s'entendre sur le fait de faire mieux ce travail d'animation du débat démocratique sur l'Europe dans les 5 régions du Grand est. Ils ont plusieurs dizaines de milliers d'euros par ans à leur disposition pour leur seule communication. Qu'une partie soit mutualisée entre eux pour organiser et structurer la meilleure et nécessaire connaissance de leur action, de celle du parlement, au service des citoyens du grand est.

2- que les partis qui présentent des candidats fassent de la construction européenne une réalité et non un discours. Cela commence par un retour sur les années passées et notamment celles passées au gouvernement pour ceux des partis qui y sont ou y ont été. J'ai personnellement pu apprécier les doubles langages de certains, pro européens dans le discours notamment quand ils furent députés européens, et terriblement porteur de leur égoïsme national quand ils deviennent ministre et représentant avant tout leur pays dans les réunions des conseils des ministres européens. Je ne citerais personne, mais il y en a des deux bords politiques.

3- que deux chantiers au moins soient portés lors de ces élections européennes. J'en ferai un point de militantisme personnel :

- la mise en place d'une fiscalité écologique européenne. Il s'agirait de modifier la directive "tva" de sorte qu'un taux différencié soit crée sur les produits (bas pour les produits écologiques - élevés sur les produits impactant l'environnement).

- la mise en place d'une PEC (Politique Energétique Commune), abondée par un effort budgétaire conséquent de la part de chacun des 27 pays membres. Cette PEC aurait deux directions :
la rénovation et la construction d'un réseau maillé efficace ferroviaire et fluvial pour le transport des marchandises à travers l'Europe ;
le soutien à toute démarche ayant pour but de favoriser la relocalisation de l'économie alimentaire (consommations de denrées alimentaires produites dans un périmètre régional). Cette dernière politique devrait bien évidemment accompagner les prochaines évolutions de la PAC dont une part importante des financements devraient être redéployée vers les régions européennes afin que la politique agricole soit régionalisée tout en gardant une conditionnalité des aides définies au plan européen (protection de l'environnement, diversité des productions locales, soutien aux exploitations créatrices d'emploi, vie rurale, solidarité alimentaire entre territoires européens).

Pour en revenir à cette interview, je crois l'avoir laissé entendre dans mes réponses, mais l'introduction aux questions est ambigue - que ceux qui s'en inquiètent (amicalement ou moins) : Daniel Cohn Bendit ne m'a rien proposé... ;)

Défendre ses idées pendant une campagne est quelque chose de passionnant.
Je n'ai aucune impatience de ce côté. Et mon souhait aujourd'hui est de construire, tranquillement, toutes les convergences possibles pour que les idées auxquelles je crois avancent... Je suis persuadé en tout cas que l'écologie va progressivement devenir un élément structurant des politiques publiques. Il y a plusieurs pistes pour oeuvrer à ce que cela devienne majoritaire dans ce pays. A travers un nouveau parti écolo plus fort ? peut-être (mais, il faut de sacrés changements de comportements parmi les principaux animateurs des actuels partis écolos) . En s'investissant dans un parti à vocation majoritaire pour qu'il devienne vraiment écolo ? autre piste. En tout cas, je connais aujourd'hui des écolos sincères qui ont fait l'un ou l'autre choix. Je les respecte dans les deux cas car ce qui compte ce sont plus les idées qu'on défend que "dans quoi" on les défend. Personnellement, après mes récentes ruptures, je n'ai pas encore décidé vers quoi j'irais. Mais mon ambition d'écolo investi dans le champ politique c'est de vouloir qu'un maximum de réforme écologiste soit intégrée dans une action gouvernementale majoritaire. Pour cela il faut convaincre le personnel politique. C'est pour cela que, quitte à me froisser avec certains, je me tourne résolument vers cette grande partie de la classe politique non écolo qui, dans bien des cas, est tout à fait prête à intégrer des pans entiers de ces réformes écolo dont nous avons tous besoin.

Allez, voilà l'interview :

L'interview :
Yann Wehrling, Ancien secrétaire national des Verts
Yann Wehrling, qui avait fait cause commune avec le MoDem
aux municipales de Strasbourg, a été approché pour conduire
éventuellement une liste « Europe écologie » aux européennes.
■ VOUS VOUS SITUEZ OU DEPUIS LES MUNICIPALES ? J’ai pris mes
distances avec la politique, je ne suis adhérent d’aucun parti.
Je ne veux pas être candidat coûte que coûte mais si on me
fait des propositions concrètes, je les étudierai. Si Dany Cohn-
Bendit conduit une liste Europe Écologie en Ile de France, je
suis partant pour mener celle du Grand Est.
■ VOUS AVEZ LANCÉ FIN JUILLET UN CLUB DE RÉFLEXION. POURQUOI
? En effet, j’ai lancé un club Écologistes de toutes tendances.
Le deuxième signataire de l’appel est Dany Cohn-Bendit
[on y trouve aussi les noms de Henri Stoll, maire de Kaysersberg, Yveline
Moeglen, ex-conseillère régionale, Yves Hauss, trésorier des Verts
Alsace]. C’est un regroupement souple d’individus qui viennent
du PS, du MoDem, des Verts ou d’ailleurs qui ont tous le même
objectif : construire un monde durable.
■ LES VERTS QUI VOUS ONT EXCLU EN DÉBUT D’ANNÉE, NE VONTILS
PAS VOUS METTRE DES BATONS DANS LES ROUES AUX EUROPÉENNES
? Si Cohn-Bendit estime que je suis le mieux placé, il
n’acceptera aucun ukaze. Je le répète, je suis partant, à condition
que les choses s’apaisent. Je ne tiens pas du tout à me bagarrer
avec mes propres amis.

Quoi de neuf ?

Un ami m'annonce qu'il va participer à une toute nouvelle émission écolo sur France 3 Alsace.
Copinage : j'en fais de la pub.

Sur France 3 Alsace diffusée tous les samedis à 11 h 05 :
« Quoi de neuf la terre ? ».
Un magazine écolo alsacien de 26 minutes, diffusé en direct d’un studio mobile installé chaque fois dans un lieu différent en Alsace.
La formule : un débat thématique avec deux invités animé par Astrid Servent, en général autour d’une question en rapport avec le lieu étape, et illustrée par un reportage
La première émission, diffusée samedi 13 septembre est en direct de la foire bio d’Obernai et traitera ... du bio !

Chaque émission est ponctuée de petits modules animés que co-réalise Joël Henry.

Les prochaines :
Samedi 20 septembre « le recyclage du papier» en direct de la nouvelle bibliothèque Malraux à Strasbourg
Samedi 27 septembre « la pollution sonore» en direct du tunnel de Sainte-Marie-aux-Mines
Samedi 4 Octobre «les alternatives au fioul» en direct des Journées d’Octobre à Mulhouse

samedi 30 août 2008

ECOLOGISTES DE TOUTES TENDANCES, unissons-nous.

Le constat est objectif : le développement durable n’est plus seulement un vœu pieu, c’est une action au quotidien d’un nombre croissant d’hommes et de femmes dans le champ politique.

La prise de conscience réelle est récente, et il y a encore deux ans, le nombre de responsables politiques ayant intégré cette question dans leur préoccupation était très faible et essentiellement issus des rangs des Verts ou de Cap21.

Après les rapports du GIEC, le rapport Stern, le film d’Al Gore, les initiatives de Nicolas Hulot, l'Alliance des associations environnementales françaises, et le Grenelle de l'environnement, ceux qui agissent au quotidien dans le champ politique sont bien plus nombreux : au sein des Verts bien sûr, de Cap 21, mais aussi (et de plus en plus) dans d’autres partis ou dans aucun parti. Ce sont aussi des élus de toutes les collectivités et notamment de très nombreux maires de petites communes sans étiquette qui intègrent le développement durable comme une véritable politique locale structurante et d’avenir.

Nous vivons une véritable révolution culturelle et sociétale, et les anciennes logiques ont énormément de mal à évoluer et à intégrer la démarche essentielle du 21° siècle : le développement durable.

Il est urgent d’unir toutes les énergies et de faire évoluer la structuration de l’action écologiste dans le champ politique.

Il eut été par exemple fort utile que tous les opposants aux OGM qu’on a pu entendre dans tous les partis se rassemblent, s’organisent, et renforcent singulièrement l’action contre les partisans des OGM.
Sans doute en serait-il de même pour bien d’autres sujets.



Il y a nécessité de créer un lieu d'échange entre toutes ces personnes qui agissent dans le champ politique en faveur de l'écologie, qui se définissent ou non comme "écologistes", mais qui, au gré des logiques souvent destructrices des appareils et du système électoral, sont "dispersées" dans différents partis ou mouvements, voire sans carte, et donc souvent sans contact les uns avec les autres.

Ne nous résignons pas, agissons ensemble et nous éviterons les divisions qui ravissent ceux qui s'opposent à nos idées.

Rejoindre ce réseau, voir la liste des signataires et membres sur :
http://ecologistesdetoutestendances.blogspot.com

jeudi 28 août 2008

L'ours et le moucheron

Où l'on découvre que le moucheron est un plus grand prédateur que l'ours. Pays de l'Ours-Adet dénonce la piteuse mascarade de l'Aspap.


L’ours et le moucheron

Des années que l’Aspap le clame sur les cimes et les ondes : « l’ours, c’est la mort du pastoralisme », « l’estive, un paradis devenu un enfer », sans ours, des Pyrénées tranquilles … Bref, tout irait bien pour l’élevage pyrénéen s’il n’y avait l’ours.

Et voilà qu’un moucheron ramène brutalement tout le monde à la réalité : la fièvre catarrhale ovine (FCO, ou maladie de la langue bleue, propagée par un moucheron) est en train de décimer les troupeaux pyrénéens.
En quelques jours, la FCO a fait plus de dégâts économiques dans les Pyrénées que l’ours en 10 ans.

Et que fait l’Aspap, l’association qui prétend défendre l’élevage dans les Pyrénées ? Que dit-elle ? Que propose t-elle ? Que demande t-elle ? Rien.
Pourtant, qu’un ours s’avise de toucher une brebis, et c’est une déferlante de communiqués, de courriers au Préfet, et de manifestations, parfois violentes.
Et là, alors que les brebis meurent par milliers, rien ?!

Depuis longtemps, nous rappelons que l’ours est une des plus petites causes de mortalité de brebis en montagne : 1% environ, soit 300 brebis, pour 30 000 mortes par an le long de la chaîne des Pyrénées. Les asticots sont bien plus « prédateurs », sans parler des chutes, des chiens divagants, et des maladies.

Bien sûr, l’Aspap n’est pas responsable de l’épidémie de FCO.
Toutefois, en focalisant le débat sur la question de l’ours, l'Aspap a créé un écran de fumée qui a masqué les vrais problèmes de l’agriculture de montagne.
En entraînant avec elle les responsables professionnels et politiques, elle a mobilisé des moyens humains et financiers qui auraient été tellement plus utiles pour traiter vraiment les problèmes économiques, techniques et sanitaires de l’élevage pyrénéen.

L’épidémie de FCO est un évènement dramatique. Elle révèle tristement la piteuse mascarade de l’Aspap. Lutter vaillamment contre un ennemi prestigieux comme l’ours était certes valorisant pour son très médiatique porte-parole, alors qu’un moucheron ne saurait constituer un adversaire à sa mesure, sans doute.

Et pourtant, aujourd’hui, chacun se rend compte à quel point il a été floué :
- en premiers les éleveurs, certains s’étant très sincèrement impliqués contre l’ennemi numéro 1 qu’était censé être l’ours ;
- les élus ensuite, sommés de prendre parti pour l’homme ou pour l’ours, comme si opposer l’homme et la nature avait encore un sens;
- les médias également, ceux qui ont cru à la (séduisante il est vrai) fable des demoiselles d’Ariège luttant contre l’envahisseur et les écolos ;
- le public enfin, qui découvrira, abasourdi, l’étendue du mensonge, pour autant que l’on médiatise autant les brebis mortes de la FCO que celles tuées par l’ours.

La morale de cette histoire est triste : les défenseurs du pastoralisme ne sont pas ceux que l’on croyait. Le retour de l’ours, en apportant des moyens nouveaux aux bergers, a fait beaucoup plus pour l’élevage que l’Aspap qui a caché les vrais problèmes sans n’en résoudre aucun.

Plus dure est la chute pour les éleveurs qui n’avaient pas besoin de ça …

Saurons-nous en tirer les leçons ?

mardi 26 août 2008

Se rassembler c’est d’abord cesser de se tromper d’adversaire.





La formule consacrée selon laquelle « il y a plus de choses qui nous rassemblent que de choses qui nous séparent » doit devenir une réalité et plus seulement un discours de tribune .

Mais pour cela, identifions bien les efforts que nous devons faire et les tolérances que nous devons avoir, chacun, à notre niveau.



Ne plus se tromper d’adversaire



Les réseaux associatifs ? Il n'y avait pas réellement de réconciliation à opérer. Le monde associatif veut rester indépendant du champ politique et il le restera. De la même manière qu'il serait inconcevable que des syndicats se présentent aux élections en se plaçant en concurrence avec des partis de gauche. Que des personnes ayant construit leur notoriété et leurs compétences dans le monde associatif veuillent accepter des responsabilités électives et franchir le pas d'entrer dans le champ politique, c'est courant, acceptable, voire souhaitable. Qu'ils représentent une ou des associations, cela se discute bien plus et je doute que les dites associations, surtout si elles sont particulièrement puissante en nombre de membres, acceptent une pareille confusion.



Réconciliation entre alter mondialistes et certains écologistes. Après les très divisantes campagnes référendaires sur le Traité constitutionnel européen et ses développements lors de l'élection présidentielle, l'implication de José Bové dans un rassemblement ne ferait finalement qu'illustrer le fait qu'au sein des Verts, avec grande difficultés et tensions, et quelques départs tout de même au gré des sectarismes et des règlements de compte locaux, partisans du non au Traité et partisans du oui ont globalement réussi à rester ensemble. La réconciliation, là, c'est vers la gauche de la gauche de l'écologie.



Reste une dernière réconciliation à opérer en direction de cette écologie qui se veut plus détachée du clivage droite gauche, ouverte à des contractualisations tant avec le PS qu'avec l'UMP, avec une option aujourd'hui supplémentaire qui est le Modem. Si on peut difficilement résumer la mouvance alter mondialiste à un seul parti ou groupe, elle est composée de très nombreuses personnes, élues ou non, non membres des Verts dans leur très grande majorité. Elle a toutefois son incarnation la plus forte en la personne de José Bové. On peut faire le même parallèle avec l'aile qu'on va qualifier plus au centre. Cette autre famille de l'écologie n'a pas de structures fortes, elle est aussi composée de nombreux individus, élus ou non, sans carte pour la plupart, et là aussi, une personne se détache en terme de notoriété. Je pense à Corinne Lepage.

Cette seconde aile de la galaxie écologiste a-t-elle pour l'heure sa place dans la dynamique lancée ? Je sais que certains y sont favorables, d'autres évitent la question. Mais ce que la présence de cette aile soulèverait est ce que j'ai moi-même soulevé ces derniers mois et qui m'a fait prendre quelques distances avec les Verts : pouvons-nous imaginer une remise en cause potentielle de toute alliance gouvernementale uniquement à gauche ? La question n'est pas tant de savoir si nous avons le coeur à gauche ou non (personnellement, je l'ai), la question est de savoir si, comme dans les pays scandinaves ou germaniques, nous, écologistes, pouvons

1- baser notre raison d'être ensemble dans un même parti uniquement sur la base d'un programme et d'un projet de société : le développement durable

2- ne pas ajouter d'autres conditions à l'adhésion à ce parti, d'autres conditions comme celle par exemple de se dire de gauche, ou de s'interdire toute contractualisation avec d'autres partis que des partis de gauche... fussent-ils centristes.

3- avoir l'ambition de s'adresser à tous les électeurs, et pas seulement à moins de 10% d'entre eux (au mieux), et pas seulement à ceux qui votent à gauche.



Compliqué dans un pays comme la France où seule l'élection européenne exonère les partis de se poser la question du "avec qui gouverner", et où, faute de proportionnelle réelle, toutes les autres élections oblige les partis qui ne sont pas parmi les deux plus importants à faire alliance durable avec l'un de ces deux.

... à moins que ...

1- on ait quelqu'ambition de vouloir devenir un jour l'un des deux plus important parti... et traduction de score électoral, la chose n'est pas inatteignable. On est sur une fourchette de 20-25% des voix.

2 - on ait quelques stratégie pour y arriver : se rapprocher de partis qui ont comme nous intérêt à passer ce fameux cap des 20/25% avec qui une alliance électorale serait autrement plus productive que celle que les Verts ont tant de mal à faire vivre à leur bénéfice. Je pense évidemment au Modem.



A ce stade, je vois l'élection au Parlement européen de personnes que j'apprécie grandement comme Daniel COhn-Bendit. Il emmènera avec lui deux ou trois élus issus du monde de l'écologie associative, José Bové, et, pour le reste, 3 ou 4 élus verts.



Mais pour que cela change quelque chose après, il faut penser la suite. Il serait inconcevable que la seule perspective offerte aux nombreux militants et candidats non verts, au lendemain de cette élection, soit "adhérez aux Verts".

Il faut aussi éviter une campagne qui se positionne en concurrence du Modem.

Il faut que les élus issus des verts élus soient des personnes qui s'impliquent dans le changement futur et nécessaire des Verts et ne disparaissent pas pendant les 5 prochaines années dans les arcanes bruxelloises (même si on attend aussi, évidemment, qu'il fasse leur travail parlementaire).



Nous n’avons passé que trop de temps à chercher LE défaut qui méritait d’exclure un tel, de ne pas travailler avec tel autre, d’ignorer ou de mépriser cet autre là.

Nos adversaires ne sont pas les écologistes qui ont choisi de dire non au TCE.

Nos adversaires ne sont pas les écologistes qui essaient, de l’intérieur, d’écologiser le Modem ou le PS,.

Osons le dire, nos adversaires ne sont pas ceux qui, à l’UMP, s’opposent comme nous aux OGM, ou qui, comme Nathalie Kosciusko Morizet, et Jean-Louis Borloo, ont fait le Grenelle de l’environnement et tente de faire avancer bien des mesures qui vont dans le bon sens.

Nos adversaires ne sont pas ceux qui, dans les ONG, ont fait le choix de s’inscrire dans le processus du Grenelle de l’environnement.

Nos adversaires ne sont pas tous ces écologistes avec lesquels nous avons vécu, au fil de ces dernières années, des contentieux électoraux.



Savons-nous bien, enfin, que dans toutes les collectivités territoriales, de très nombreux élus et acteurs locaux mettent actuellement en œuvre des projets authentiquement écologistes. Ils sont tous d’horizons politiques différents, n’ont pas forcément une carte avoir leur carte dans un parti ou une ONG écologiste, et pourtant ce sont de véritables fantassins de l’écologie de terrain. Ce sont eux qui actuellement agissent le plus directement en lien avec les aspirations populaires.

Sur le terrain, seule l’efficacité est reconnue et dans ce cas précis, la couleur ne fait pas forcément diplôme d’écologie.



Agir avec pédagogie et discourir avec efficacité, avec modestie, mieux cibler nos indignations et nos révoltes.

Il n’est plus juste en réalité d’affirmer, pour se rassurer, que l’écologie chez les autres n’est que dans le discours et qu’elle ne serait vraie et sincère que dans un seul parti, écologiste.

Il n’est pas juste et pas logique de dénoncer ou de voter contre des mesures qui vont dans le bon sens au seul motif qu’elles ne vont pas assez loin ou parce qu’elles proviennent d’une majorité dans laquelle nous ne sommes pas.

Dire par exemple que le Grenelle a été et reste une supercherie est non seulement faux mais c’est surtout un discours bien peu partagé parmi les militants et acteurs de l’écologie, et encore moins dans la population. Chacun est capable sur cette question de juger les quelques avancées, les reculs, et les nombreuses stagnations. Ce qu’on attend des écologistes, c’est d’être des militants du Grenelle et non des opposants au Grenelle.

Pouvons-nous dire avec sincérité que toutes les majorités dans lesquelles nous agissons sont totalement exemplaires ?

Il est évident qu’on attend de nous, écologistes, une attitude plus constructive. Constructive ne veut pas dire permissive. Il s’agit au contraire de faire la part des choses avec intelligence. Soutenir ce qui doit l’être. Dénoncer ce qui va dans la mauvaise direction. Nous devons surtout parler un discours que la population peut à la fois comprendre et accepter. C’est à dire que nous devons admettre les contradictions de la société qui sont bien souvent des contradictions que nous vivons dans notre propre quotidien. Nous devons tenir compte des difficultés et des réalités car ignorer les obstacles, c’est chuter. Nous devons reconnaître les efforts faits et non insulter celles et ceux qui mettent en œuvre des actions positives, aussi modestes soient-elles.



Une campagne européenne clairement écologiste

Deux axes majeurs pourraient par ailleurs constituer le fil rouge de cette future campagne :



1- construire l'Europe de l'après pétrole. Il faut dire que si l'Europe n'est pas le continent du développement durable, aucun autre continent ne le sera. Notre continent a donc un rôle de rayonnement et d'exemplarité. Il faut proposer une PEC : Politique Energétique Commune, qui, comme l'a été la PAC, sera le nouveau Pacte fort européen, notamment par son ampleur financière qui doit être comparable à la PAC. Deux programmes structurants : un réseau ferré européen (avec des nouvelles lignes) pour les marchandises prioritairement et un soutien aux relocalisations des productions et consommations alimentaires (ce qui implique de mener en cohérence une réforme de la PAC allant dans le même sens).



2- redonner confiance dans une Europe qui protège écologiquement et socialement. Cela implique une harmonisation fiscale permettant des soutiens aux productions et attitudes écologiques et sociales, certaines harmonisations de droits sociaux, et une politique douanière sélective qui, elle aussi, favorisera l'importation de produits écologiques et respectueux d'un minimum de droits sociaux.





Nos préoccupations avancent dans la société. Elles font de petits pas dans les sphères de décisions.

L'enjeu est de faire un regroupement suffisamment vaste pour que tout cela aille plus vite et que les majorités en place acceptent plus franchement et rapidement les réformes qui s'imposent pour faire muter cette societé et ce continent.

lundi 30 juin 2008

Ecoblanchiment publicitaire

l'autorégulation entre amis
juin 2008

Je publie sur mon site le texte suivant (avec autorisation des auteurs), écrit par des amis qui soulèvent un problème important : celui de ces publicités qui jouent sur la fibre écologique des consommateurs en leur faisant passer certains produits pour écologique alors qu'ils ne le sont pas. Que l'écologie devienne un argument marketting, oui... mais à condition de ne pas tromper les gens. Le risque est grand de décourager les citoyens qui, bernés, perdront confiance dans les comportements consommateurs réellement écologiques. D'où la nécessité comme le disent les auteurs de créer rapidement des instruments objectifs de régulation et d'éthique ce type de publicité.

YW


Tribune libre par Laurent Terrisse, publicitaire, Jean-Marc Gancille (agence Inoxia), François Collet (Heaven), Quitterie Delmas (Supernature), Laure Maud (Green is Beautiful), Daniel Luciani (Icom) et Stéphanie Gentilhomme (Rendez-Vous-RP).


Ces derniers mois, les consommateurs avertis ont appris un nouveau mot: écoblanchiment. Si on leur demande ce que signifie ce mot aux connotations délinquantes, ils expliquent qu'il s'agit de l'utilisation abusive d'arguments environnementaux pour vanter un produit ou une entreprise: un gros 4x4 polluant appelé - imaginons - "Biosphère", c'est de l'écoblanchiment. La profession publicitaire joue, sur cette question, une partie cruciale. Soit elle accepte sa responsabilité de jouer un rôle central dans la transformation des modes de vie, et pour cela elle doit refonder le "contrat de confiance relationnelle" qui la lie au consommateur. Soit, comme il y a quelques années avec la loi Evin, elle refuse d'assumer sa responsabilité sociale et on verra ses manoeuvres de retardement s'achever par un encadrement imposé et une image dégradée.

À en croire la plupart des publicitaires, il suffirait, pour éviter les abus, que les professionnels "s'autorégulent entre eux": un concept vintage dont l'inefficacité a déjà été prouvée. L'UDA (Union des annonceurs) et l'AACC (Association des agences conseils en communication) ont annoncé qu'elles se dotent de "chartes", dont elles vérifieront elles-mêmes le respect. Par ailleurs, le BVP (Bureau de vérification de la publicité) met en place un "conseil paritaire de la publicité", suite au Grenelle de l'environnement qui recommandait de "faire évoluer la logique actuelle d'autorégulation vers une logique de corégulation". "Paritaire", parce que des associations environnementales ou de défense des consommateurs sont invitées à y siéger, cette commission n'aura en fait qu'un rôle consultatif. Pour cette raison, des associations comme l'Alliance pour la planète, dont la pression a été décisive pour faire émerger questions et solutions, et des associations de consommateurs importantes ont refusé de cautionner un dispositif jugé illusoire. Le BVP, que le public prend pour un organisme officiel, se qualifie lui-même de "club" et ne joue qu'un rôle incitatif vis-à-vis de la profession.

L'autorégulation entre amis conduit invariablement à une grande complaisance: une floraison de messages recourant aux faux arguments environnementaux ou "équitables", ainsi qu'aux labels frelatés, conçus pour s'affranchir des contraintes. Comme le déclare un membre éminent de l'AACC: "Le problème, c'est l'attitude [des publicitaires]". Certes, elle évolue, cette attitude. De nombreux patrons d'agences, directeurs de communication de grandes sociétés ou responsables d'organisations professionnelles ont troqué le discours du superprofit et de l'hyperconsommation contre celui du partage et du développement durable. Malheureusement, ceux-là mêmes qui laissent leur 4x4 au coin de la rue pour arriver à pied aux conférences sur l'écopublicité tiennent d'autres propos dans leurs réunions "sérieuses". On y considère que la "mode verte" est avant tout un moyen de contrer les concurrents et de générer plus de business, en utilisant parfois la pression des ONG et des consommateurs pour persuader des annonceurs qu'il faut réinvestir dans leur communication. Quant à changer en profondeur, certainement pas! Beaucoup considèrent même que cette idée d'une responsabilité des professionnels va trop loin. Ils trouvent, par exemple, que les évolutions du BVP sont une folie qui engage la profession dans l'engrenage de principes trop contraignants.

Pour les convaincre, les plus courageux soulignent que ces changements sont le seul moyen de verrouiller les futures interpellations et d'éviter de "se prendre" une loi sur le sujet. Ce cynisme a des conséquences. Tout le monde constate qu'on assiste à une explosion du phénomène de greenwashing ou écoblanchiment. Cette explosion est l'enjeu central de notre profession. Ce qui est en balance, c'est la capacité de la communication publicitaire à regagner la confiance du public, à réenchanter les marques en les aidant à devenir les leviers du changement de mode de vie: une transformation profonde de nos règles, de nos business modèles, de nos logiques, que rendent aujourd'hui possible les nouveaux modes de coopération entre parties prenantes et Internet.

Nous sommes un certain nombre de professionnels de la publicité, chez les annonceurs ou en agences, qui avons poussé ces évolutions. Nous l'avons fait en travaillant sur des campagnes pour l'environnement, les ONG, la diversité, ou en essayant d'influencer les entreprises et les marques traditionnelles pour qu'elles communiquent différemment. Nous sommes aujourd'hui inquiets, pour l'ensemble de notre profession, des conséquences - désillusions, critiques, voire colère - que vont susciter les attaques dues aux faiblesses des dispositifs mis en place. C'est pourquoi nous appelons:
1. À prévenir le risque de régulation autoritaire par une véritable corégulation: en faisant entrer, avec voix délibérative et paritaire (et non pas seulement consultative), l'ensemble des associations représentatives des consommateurs et des grands sujets éthiques (environnement, santé et défense des malades, handicap, diversité, parité, commerce équitable...) aux côtés des annonceurs et des agences dans la gouvernance d'un BVP vraiment refondé (et non pas simplement toiletté).

2. A doter ce "CSA de la publicité" des moyens nécessaires pour évaluer de manière incontestable l'ensemble des messages sur tous supports, en recrutant et formant les dizaines de spécialistes et les centaines de permanents nécessaires.

3. A mettre en place une classification officielle, européenne, des annonceurs et des agences selon une échelle de tenue d'engagements. À encadrer ces pratiques, en prévoyant pour les cas les plus graves, par exemple sur des montants de campagnes importants, des retraits d'autorisation d'exercer.

4. A mettre en chantier un vaste plan collectif de formation de tous les professionnels sur les questions éthiques, en concertation avec les acteurs de la société civile.

C'est une révolution qu'il nous faut, et non une réformette. Faute d'initier nous-mêmes cette révolution positive de la corégulation, c'est une régulation douloureuse qui nous attend. Pour dire les choses avec la brutalité nécessaire, la profession publicitaire se trouve dans une situation où sauver son honneur et sauver son bifteck se rejoignent.

vendredi 30 mai 2008

Question : les champs doivent-il servir ...



à nous nourrir où à faire rouler nos voitures ?
avril 2008

Depuis quelques semaines, l’actualité est dominée par la crise alimentaire. Elle s’ajoute aux régulières annonces de baril de pétrole qui augmente.

Il y a comme un sentiment de « limites atteintes » qui plane. Comme si, ça y est, l’humanité était arrivée au fond du pot de confiture. Ce n’est pas une crise passagère comme ces crises financières qui, une fois l’orage boursier passé et le ménage fait chez les affairistes, tout reprendrait son cours. Non, cette fois-ci, les matières premières, le nombre d’hectares de terres arables, sont en quantité insuffisante pour satisfaire les besoins de tous… du moins en moyenne, si on considère que certains consomment bien plus qu’ils n’en ont besoin et qu’à l’heure des pénuries, il serait peut-être temps de partager.

J’entends ici ou là des commentateurs (journalistes notamment) s’étonner que des organismes mondiaux n’aient pas sonné l’alarme plus tôt.

En réalité, cela fait longtemps que des organismes sonnent l’alarme. Pas tous certes. Mais c’est un peu comme le réchauffement climatique. L’hypothèse contrarie tellement d’intérêts, et en premier lieu notre confort pérenne, que nous attendons l’unanimité de tous les experts pour se rendre à l’évidence. Mais ce moment d’unanimité est souvent concomitant avec le drame lui-même. On n’a d’attention que pour ce qui se passe et non pour ce qui pourrait se passer dans un futur plus ou moins proche.

Ainsi, nous ne devons plus parler de générations futures, parce que ces générations futures, c’est nous, aujourd’hui et ici.

Dire qu’on n’a pas été prévenu suffisamment tôt est évidemment faux. En réalité, il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

La prise de conscience est là. Les tensions augmentent. Les grands patrons commencent à s’inquiéter. Le PDG de Nestlé dénonce les carburants verts qui font monter le prix des aliments. Le PDG de Total alerte sur les réserves de pétrole. Des manifestations de subsistance se multiplient. Dans nos pays occidentaux, de telles manifestations contre la vie chère vont également se développer. And so what ?

Je n’ai pas le sentiment qu’on avance dans des solutions à la même vitesse que les problèmes grandissent.
Pourtant, on connaît les causes.
Le nœud du problème est notre dépendance au pétrole. Il devient rare donc de plus en plus cher.
Il faut donc trouver des alternatives au pétrole. Mais avec le postulat de départ qui est que le nombre global de voitures circulant sur la planète doit continuer d’augmenter car c’est bon pour les constructeurs automobiles et donc pour l’économie, alors les alternatives n’existent pas et l’on va dans le mur.

Des moyens importants ont été mis sur les carburants d’origine végétale. Mais la concurrence qu’ils établissent sur la production alimentaire se révèle catastrophique. Dès maintenant, il me paraît évident que le gouvernement français doit sans tarder arrêter tout soutien à l’industrie des biocarburants (improprement nommé « bio ») et ré investir son soutien à la biomasse dans les seules directions aujourd’hui écologiquement et énergétiquement viables que sont l’exploitation des déchets végétaux (méthanisation) et les centrales qui fonctionnent en co-génération (production de chaleur et d’électricité). En aval, plusieurs marques de véhicules soi-disant verts arrivent aujourd’hui sur le marché. Ils se qualifient ainsi parce qu’ils roulent à l’éthanol ou au biodiesel. Il ne faut pas acheter ces véhicules.

On table aussi sur d’autres énergies telles que la bicarburation, ou les moteurs hybrides. Prometteuses mais insuffisantes.

Au fond, ce dont nous avons besoin est d’une véritable offre de modes de vie qui nous rende moins dépendant du transport routier. Et ce à l’échelle planétaire. Beaucoup moins de recours à la route, ce sera de l’énergie pour tous, économisée et préservée, partagée et pour longtemps.

Pour cela, je milite résolument pour un vaste plan Marshall de l’énergie. Les Etats, et en premier lieu l’Europe, doivent débloquer des moyens considérables pour financer de nouvelles infrastructures ferroviaires et de transports par voies fluviales et maritimes.
Il fut des moments dans l’Histoire ou de tels moyens furent débloqués. Ces moments étaient graves. Celui que nous vivons aujourd’hui, ne nous y trompons pas, est grave.
Au lendemain de la guerre, l’Europe s’est construite sur la nécessité de nourrir les habitants de son continent. Elle a créé la Politique Agricole Commune. Aujourd’hui, la crise énergétique justifie une politique de même ampleur. Créons la PEC : la politique énergétique commune. Celle-ci aurait selon moi deux grands chantiers : celui de financer un réseau européen de nouvelles voies ferroviaires pour les transports des marchandises en premier lieu, et des personnes en second lieu (doublement des lignes actuelles, construction de nouvelles lignes dans des secteurs non maillés). Deuxième grand chantier à mener en lien avec la réforme de la PAC : une relocation des productions alimentaires afin de faire des terres arables européennes des terres qui nourrissent les populations alentour avant de servir l’exportation. Ce modèle vaut pour tous les pays du monde.