jeudi 30 avril 2009

intervention sur le développement durable

Convention nationale du Mouvement Démocrate sur le développement durable

29 avril 2009 – Grenoble

Yann Wehrling

Le contenu de mes interventions orales n’était pas lu.

Toutefois, voici la notes à partir desquelles j’ai préparé cette convention.

Une autre Europe est possible. Tel est le slogan de campagne que certains de nos documents avance.

Au fond, cette Convention nous interpelle tous sur cette notion du « possible ».

Derrière cette idée, il est sous-entendu qu’il pourrait y avoir plusieurs directions.

En réalité, les choses ne se présentent sans doute pas ainsi.

Le monde de demain sera un monde inéluctablement durable. Nous n’avons guère le choix. Nous irons dans ce monde de gré ou de force. Notre responsabilité est de tout faire pour que nous y allions, collectivement et majoritairement, de gré, pour éviter les guerres pour les énergies fossiles, pour atténuer les dégâts climatiques, pour éviter les maladies environnementales, pour conserver des espaces naturels dont nous avons profondément besoin.

Il est des époques comme celle que nous traversons qui sont des transitions entre deux périodes, entre deux modèles de sociétés, entre deux mondes. Ceux qui les vivent ne s’en rendent pas forcément compte. Ainsi, à la sortie du Moyen Age, l’entrée dans la Renaissance n’était perçue par personne. C’est seulement quelques siècles plus tard que les historiens ont appelé cette nouvelle ère : Renaissance.

La question n’est pas de savoir si c’est un choix qui se présente devant nous, c’est de savoir comment et à quelle vitesse nous y allons. La responsabilité des partis politiques aujourd’hui est de trouver les meilleurs outils et réponses pour accompagner toutes les reconversions, soutenir ce qui va dans la bonne direction, et construire des majorités, sujet par sujet, pour faire de notre planète un tout vivable et pour tous.

Un monde s’achève, un autre naît. Nous sommes la génération de la transition. J’ose penser que nous sommes le parti de la transition.

Il y a eu et il y a toujours un monde qui a fondé sa richesse et sa croissance sur l’exploitation des matières premières sans aucune limite. Et aujourd’hui, ces matières premières s’épuisent et nous en consommons à un rythme tel que nous vivons depuis plusieurs dizaines d’années à crédit sur les ressources de la planète.

Et il y a d’ores et déjà et il y aura de plus en plus, j’en ai l’optimisme, ce nouveau monde qui fonde sa richesse et sa croissance sur le ré usage des matières premières non renouvelables et déjà utilisées dans le circuit de production, en cycle fermé, qui ne consomme pas plus de matières renouvelables que la planète n’en produit, et qui mise sur la matière grise et les nouvelles technologies pour répondre à tous les défis planétaires qui sont devant nous.

Ne déconnectons pas la crise financière et économique actuelle des défis environnementaux. Certains seraient tentés de proposer une pause dans les engagements déjà annoncés, par exemple dans le cadre du Grenelle de l’environnement.

Bien au contraire, profitons de la remise à plat général qui s’impose à nous pour repartir sur de nouvelles bases, sur la base, par exemple, comme le suggère Michel Serres, d’un contrat naturel.

Dans cette crise, notons qu’il aura fallu quelques heures, quelques jours, voire quelques petites semaines pour trouver près de 2400 milliards d’euros et de dollars aux Etats-Unis et en Europe, et sauver le système boursier et banquier mondial au plus fort des effondrements bancaires fin 2008.

Le dicton « ça ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval » en a pris un coup !

Dans le même temps (et autrement plus long), cela fait 16 ans que l’on peine à trouver quelques crédits pour sauver la Terre. Depuis 1992, date du premier sommet mondial de la Terre qui a fait partager à toute la communauté internationale la gravité de la situation du climat et de la biodiversité de la planète, les moyens consacré à ce défis tout simplement vital, sont ridicules et les discussions se poursuivent avec d’incessants (et lassant) atermoiements.

Alors, à quand un vrai « plan financier pour la Terre » ?

Fiscalité, fonds, réserves, gouvernance, et autres outils si prompts à être mobilisés pour sauver un système ne peuvent-ils sauver la planète ? Une orientation vers l’éco fiscalité et l’éco économie n’est-elle pas un moyen de refonder une économie autrement plus durable et stable ?

Nous proposons la mise en place d’un Fonds européen de relance.

Ce Fonds devra faire le choix de soutenir les économies du futur, celle qui construiront ce monde durable.

L’Europe est cet échelon institutionnel fort qui peut devenir, et pourquoi pas avec les Etats-Unis de Barak Obama, le fer de lance mondial de la transition vers ce monde post-carbone.

Certes, il faut reconnaître que les engagements du Grenelle sont des réponses nationales utiles et nécessaires. Tout comme peuvent l’être les réponses locales prises dans les communes, les régions ou les départements. Mais L’Europe est le niveau pertinent pour répondre avec ampleur aux enjeux du développement durable parce que l’environnement ne connaît pas les frontières humaines.

Les artisans de l’Europe ont compris cela très tôt si bien que l’environnement est une compétence majeure de l’Union européenne. Quand le Parlement européen vote un rapport issu de sa commission « environnement », cela se traduit par une directive qui s’impose aux Etats membres. Ceci n’est pas le cas dans de nombreux autres domaines. Ce qu’on peut en dire c’est que, dans l’ensemble, tout le monde s’en réjouis. Preuve en est qu’on peut décider de choses à 27, sans l’opposition par le veto d’un seul Etat, avec des majorités qualifiées. Profitons d’ailleurs de l’exemple de la politique européenne de l’environnement pour demander que d’autres champs soient débattus et tranchés de la même manière (fiscalité, droits sociaux, politique étrangère et de défense).

Contrairement à tant d’autres formations politiques, défendons cette Europe sans laquelle nous n’aurions pas eu certaines grandes avancées environnementales nationales : loi sur l’eau, fermeture des décharges sauvages, arrêt des rejets des eaux d’égouts dans les mers et cours d’eau, protection des milieux naturels, loi sur l’air, … et depuis peu, directive REACH sur les produits chimiques. Il est d’ailleurs à noter que près de la moitié des mesures issues du Grenelle de l’environnement sont de simples applications de directives européennes.

Sur les dossiers environnementaux, les majorités qui se sont construites au Parlement européen sont à l’image de ce que prône, en général, le Mouvement démocrate : à savoir des majorités de bon sens, basée sur la nature des réformes et non sur les étiquettes de celles et ceux qui les défendent.

Si certains nous demandent, parmi les électeurs, à quoi sert l’Europe, voilà un domaine, le développement durable, sur lequel, nous, démocrates, pouvons, par notre réalisme et notre sens du dialogue, mieux que n’importe quelle autre force politique européenne, construire des majorités.

Le premier chantier de cette Europe de la transition vers la responsabilité planétaire et humaniste est, à mon sens, le volet énergétique.

Se pose tout d’abord la question urgente du Climat.

Les conséquences devraient intervenir plus rapidement et plus intensément que prévu. Les négociations internationales sur le climat, destinées à préparer un nouveau traité international post Kyoto, sont en cours. La prochaine session de discussion se déroulera du 1er au 12 juin à Bonn. Puis ce sera la conférence finale à Copenhague en décembre prochain. Dès l’entrée en fonction du prochain Parlement européen, la question climatique sera donc immédiatement à l’ordre du jour.


Comme lors du premier protocole, ce second protocole devra déterminer le niveau de réduction des émissions des différents pays et le financement et le soutien aux pays du Sud.


Derrière ces discussions se dessine de plus en plus un marché du carbone et des énergies renouvelables. Les Etats – et plus encore, les industriels - semblent comprendre qu’il se développera de manière massive un large marché économique et industriel « post carbone ». C’est plutôt une bonne nouvelle car si des profits peuvent se faire qui soient bons pour la planète, autant s’en réjouir.

Dans cette négociation, l’Europe doit maintenir un cap ambitieux qu’elle seule peut défendre, à savoir atteindre une réduction des émissions de gaz à effet de serre d'au moins 50 % des émissions mondiales à l’horizon 2050, c'est-à-dire une baisse de 80 % pour les pays membres du G8, mais aussi une baisse chez les grands pays du Sud.

Afin de permettre aux pays du sud de suivre cet engagement, l’Europe devra s’engager vers des accords de transferts de technologies en direction des Pays du Sud, de partenariats et d’investissements dans les économies, les opérations d’efficacité énergétique et l’investissement dans les productions d’énergies renouvelables.

L’idée d’un fonds mondial pour le climat pour financer les actions à mettre en place est intéressante. Tous les pays contribueraient à ce fonds par un prélèvement calculé selon un barème prenant en compte le volume de leurs émissions et leur produit intérieur brut.

Et pourquoi ne pas soutenir également la proposition norvégienne de mettre aux enchères une partie des quotas d’émissions attribués aux Etats industrialisés pour alimenter ce fonds.

L’engagement en faveur du climat et des énergies renouvelables, voilà plus de 10 ans, a permis à l’Allemagne et le Danemark de devenir les premiers exportateurs mondiaux de photovoltaïque et d’éolien. A l’image de Airbus, créons au plan européen un groupe industriel public privé puissant, de production de centrale thermique solaire, de fermes éoliennes, et de production à grande échelle de biocarburant à partir des algues[1].

Il faut ensuite mieux doter les fonds européens, tel le FEDER, destinés à l'efficacité énergétique dans le bâti afin que la part des bâtiments anciens et nouveaux diminue globalement leurs consommations de 3% par an à l'échelle de l'Union.

Plus globalement, plaidons résolument, à l’image de la PAC, pour une Politique Européenne de l’Energie.

Celle-ci doit adopter pour principe que chaque euro non dépensé pour les énergies fossiles le sera pour investir dans les économies d’énergies et les énergies renouvelables. Le volant est de l’ordre de plusieurs centaines de milliards si on considère le montant global et annuel des importations d’énergies fossiles en Europe. Le montant total dépensé par la France seule pour son alimentation en énergies fossiles (pétrole+gaz) est de près de 50 milliards d'euros par an, soit deux fois le montant du plan de relance français. On imagine aisément que chaque euros non dépensé pour s'alimenter en énergie fossile est un euro qui reste disponible pour des dépenses intérieures dès lors qu'on investirait, par exemple, pour des productions énergétiques "made in UE". L’Europe doit se fixer, en matière énergétique, un objectif de transformation de kWh fossile en kWh renouvelable. Un compteur européen sera mis en place afin de mesurer cet effort.

Engloutissant plus de la moitié de nos consommations de pétrole, la priorité doit aller aux transports.

D’une part, il faut lancer des grands travaux européens dans le domaine du rail. Ayons le projet, à horizon 2020, de relier les 27 capitales européennes (+ Strasbourg), par des lignes directes de TGV. Ajoutons la construction de lignes nouvelles destinées exclusivement au fret ferroviaire de sorte que les marchandises puissent traverser l’Europe d’est en ouest et du sud au nord.

De grands travaux, il en serait également question, même si cela serait plus diffu et moins visible, en planifiant l’isolation des bâtiments. Les mesures pour isoler les dizaines de millions de logements en Europe qui ne sont pas aux normes thermiques la Commission européenne évalue à un million le nombre d’emplois qui seraient crées.

Selon une étude européenne, le fait de passer de la situation actuelle (10,3 %) à 23 % permettrait de créer plus de 240 000 emplois en France, selon le Syndicat des énergies renouvelables. Pourquoi ? Parce que l’intensité en emploi des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique est nettement supérieure à celle des modes de production énergétique dominants, comme le pétrole, le gaz ou le nucléaire. Selon une étude publiée en décembre 2008 par un laboratoire du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), il faut seize emplois dans l’isolation des bâtiments pour générer un million d’euros de chiffre d’affaires, quand le même million d’euros dans le raffinage de pétrole n’en crée que trois.

Pour rester sur la question des énergies fossiles, complétons les dispositifs des marchés carbones institués par le protocole de Kyoto par une taxe carbone européenne qui, frappant les produits en fonction de leur consommations de pétrole et les producteurs tel Total, permettra d’alimenter un Fonds finançant cette Politique Energétique Européenne.

Ce volet fiscal est fondamental car l'Europe, par les politiques fiscales et économiques, peut apporter des réponses à la crise écologique.

Dans le cadre de l’harmonisation fiscale que nous appelons de nos vœux, il faut rouvrir le dossier des variations du taux de la TVA. Il a été clos suite à l’accord sur la TVA à 5.5% pour la restauration. Une TVA environnementale, à savoir faible pour les produits écologiques, et plus forte pour les produits impactant sur l’environnement est une mesure de bon sens qui constituera, de surcroît un puissant de levier de soutien aux produits écologiques.

L’emprunt européen que nous proposons pourrait aider les secteurs économiques innovant en matière écologique. L’entrée dans le capital des entreprises en difficulté pourra par exemple se conditionner à des productions propres. Les prêts à taux 0 se feraient en fonction de la durabilité des investissements envisagés. Globalement, il s’agira de doper l’industrie des énergies d’avenir et des technologies propres.

Parmi les conditionnalités de soutien aux PME, PMI, TPE et TPI, poumons de l’économie réelle, au-delà de la création et le maintien d'emplois, ce sont les activités économiques ou productions durables qui pourraient avoir notre préférence, car elles préparent l’avenir.

Et pourquoi ne pas proposer, si une discussion fiscale devait, par bonheur, s’ouvrir au plan européen, la défiscalisation, pendant trois ans, de toute entreprise exclusivement engagée dans une action visant l’excellence écologique et environnementale.

L'Europe doit aussi être le continent des solutions à la crise de la biodiversité.

D’ici 2100, au rythme actuel des disparitions constatées (et sans doute sont-elles encore plus graves si on réussissait à mesurer tout), 25% des mammifères et des poissons auront disparu, 12% des oiseaux, 30% des amphibiens et 70% des espèces de plantes connues. Au travers de l’histoire de la Terre, la disparition non accidentelle des espèces est chose naturelle, mais aujourd’hui, du fait de l’activité humaine, le taux de disparition est 1000 fois supérieur à ce rythme « naturel ».

Chaque minute, c’est 25 hectares de forêt qui disparaît dans le Monde, soit 13 milliards d’hectares par an, l’équivalent du ¼ de la surface de la France. La destruction des forêts compte pour 20% des émissions totales mondiale des gaz à effet de serre du fait des brûlis d’arbres et du pourrissement des résidus des coupes).

L’érosion de la biodiversité est alarmante et c’est un danger au moins aussi grand pour l’humanité elle-même que le dossier climatique.

Sur notre continent, et encore plus sur les territoires ultramarins faisant partie de l'Union européenne (Guyane, îles pacifiques), cette perte est inquiétante.

La principale menace sur les espèces animales et végétales est la transformation des milieux naturels en terres exploitées pour l'urbanisation ou l'agriculture.

Les premières études internationales estiment, comme il l’a été fait pour les effets du réchauffement climatique, que les pertes économiques liées à la disparition d’espèces animales et végétales, s’élèveraient à 7% du PIB mondial, ou 13 milliards/an.

Face à cela, l'Europe doit doubler son aide et son soutien (dans les Pays en voie de développement notamment) pour créer des zones protégées (parcs, réserves).

La déforestation des zones tropicales se poursuit et les certifications ne sont pas suffisantes. Les bois tropicaux, à l'entrée du territoire de l'Union, doivent être garantis et traçables (25% des bois tropicaux mis sur le marchés en Europe sont illégaux). Le récent vote du parlement européen qui va dans ce sens doit être appliqué.

Après des décennies de protection et de conservation des milieux naturels les plus menacés, force est de constater que les dégâts sont freinés mais pas évités. Il faut donc revoir l’approche de la protection des espaces et des espèces. Celle-ci doit résolument s’appuyer sur une équation économique, à savoir de rendre plus rentable économiquement la protection des milieux que leur destruction. C’est en ce sens que l’expertise internationale se tourne. Dans les Pays du sud, tout comme dans les zones plus riches, les études de rentabilité d’une biodiversité préservée doivent être financée (rentabilité sur l’apport du vivant dans la recherche médicale, effet positif sur l’agriculture et le tourisme, amélioration de la qualité de l’eau et économie dans les retraitements, évitement des inondations et/ou sécheresses, régulation des espèces invasives,…)

La très grande partie des richesses en biodiversité de la planète se trouve dans des Pays en voie de développement. Des mesures d'accompagnement économique plus importantes doivent être débloquées par l'Europe pour aider les Pays en voie de développement à préférer la protection des espaces naturels à leur destruction (il est à noter que, en raison de la non érosion des sols, le maintien des espaces naturels, évite les irrigations et les désertifications. Le maintien de productions agricoles et l'attrait touristique maintenu, constitue, à long terme, un meilleur calcul économique que la déforestation).

L'urbanisation est globalement problématique pour la planète. Elle grignote d'une part des terres arables qui doivent être préservées pour nourrir une population toujours plus nombreuse à l'échelle planétaire. Elle grignote des milieux naturels avec la conséquence la disparition d'espèces animales et végétales. Pour ces deux raisons, l'orientation à promouvoir dans l'urbanisation doit aller vers la densification de l'existant. Les programmes européens à caractère ne doivent plus rien financer qui contribuerait, d'une manière ou d'une autre, à la disparition d'espaces naturels ou arables (près de 200 milliards par an à l’échelle mondiale sont des investissements ou aides publiques qui ont été directement alloués à des projets portant atteinte à la biodiversité).

Une vision de long terme s’impose en matière de développement durable. Non seulement elle permet de planifier, sur des décennies, une sortie optimiste des impasses écologiques dans lesquelles non allons, mais en plus elle rentabilise demain, les investissements publics faits aujourd’hui (par la création d’emplois, de richesses, et donc de rentrées fiscales dans les caisses des Etats).



[1] Sans en faire une mesure en soit, les biocarburants sont très prometteurs. Il existe 3 variantes dont deux seulement sont pertinente. La première est celle lancée il y a une quelques années et qui se poursuit malheureusement. Il s’agit de la production à partir de culture normalement destinée à l’alimentation animale ou végétale. Du fait de la concurrence avec la production alimentaire, c’est une production qui ne doit pas seulement être abandonnée, mais elle doit être interdite sur le territoire européen tant il est vrai que sa rentabilité financière reste grande, notamment celle en provenance d’Asie ou d’Amérique latine. Il faut par contre soutenir fortement les 2 autres directions que sont les productions à partir de déchets végétaux et celle à partir des micro algues.

mardi 21 avril 2009

intervention à propos du Programme des européennes

Ce document résume mon intervention lors de la journée de formation et de lancement de la campagne européennes. Il reprend également des idées émises par des militants présents.

28 février 2009

Modem 67

Strasbourg


Une campagne européenne - un contexte national

Cette campagne aura évidemment une priorité : parler d'Europe.

Notre discours sera celui d'une formation politique qui n'aura pas à prouver son engagement en faveur de l'Europe.

Certaines listes aux extrêmes resteront sur des débats nationaux anti-européens. Pour les listes du PS et de l’UMP, on peut douter de la sincérité des positions européennes. Au pouvoir, la majorité des dirigeants PS et UMP ont eu une lourde responsabilité dans la défiance des citoyens envers l'Europe quand ils tenaient - et tiennent toujours - des discours accusateurs contre l'Europe alors même qu'ils sont les acteurs principaux des décisions qu'ils critiquent. Européens lors des élections européennes, ils le sont souvent moins quand ils siègent à la table des conseils des ministres.

L'Europe n’est au rendez-vous des campagnes électorales qu'une fois tous les 5 ans lors du renouvellement des députés européens. Or, l'Europe devrait être un sujet de toutes les campagnes électorales, y compris locales (quasiment toutes les collectivités locales continuent en effet de chercher les financements de leurs projets en puisant dans les programmes européens).

Plutôt que de toujours tout s’attribuer (surtout quand cela va dans le bon sens), il est du devoir des élus locaux et nationaux de dire aux citoyens ce que l’Europe fait pour eux, ce qu’elle finance, ce qu’elle harmonise, ce qu’elle améliore… c’est près de 70% des décisions prises par les élus qui proviennent de l’Europe… qui le sait ? Comment s’étonner du discours des citoyens qui nous disent « ça sert à quoi l’Europe ? » quand si peu est dit quant à l’action de l’Europe ?

Cette campagne, nous la mènerons en militant de l’Europe. Cela étant dit, ne soyons pas pour autant muet sur les interpellations d'ordre national car le mouvement démocrate s'inscrit dans une stratégie de longue durée qui ne s'arrête évidemment pas au 7 juin prochain.

Notre stratégie est de rester dans le trio de tête des formations politiques françaises et de viser la seconde, voire la première position.



Plus globalement, le Modem aspire à remodeler un espace politique ancien et usé. Il s'agit de donner une respiration à ce débat démocratique en basant la construction d'une majorité nationale non sur des alliances d'appareils, non sur des schémas de clans aux frontières artificiellement entretenue, mais sur une majorité d'idée, une majorité de programme et de projets de mandature. En somme, il s'agit ni plus ni moins de redonner du sens et de la valeur à l'adjectif "politique".

L'Europe : le continent des réponses aux crises

On parle de crise au singulier, mais il est objectif de constater que plusieurs crises sont aujourd'hui graves et majeures et qu'elles sont mêlées. Il est en effet probable, ou en tout cas souhaitable, de chercher des solutions qui résolvent toutes ces crises. Ces crises sont financières, économiques, sociales et environnementales. Et les réponses nationales apparaissent de plus en plus comme inadaptées, insuffisantes, et donc inopérantes même si chaque effort, s'il va dans le bon sens, ne doit pas être découragé. C'est donc bien au plan européen qu'il faut rechercher les solutions.


L'Europe : le continent des réponses à la crise financière et économique.

Au delà des constats d'une récession, l'addition de plans de relances nationaux ne fait pas un plan de relance européen. Il faut pour cela de la mise en cohérence des aides, une harmonisation des outils fiscaux, et un budget européen qui soit à la hauteur du plan américain.

Pour la question fiscale, la priorité doit être à l'harmonisation fiscale afin que cessent sur le territoire de l'Union le dumping fiscal (notamment les taxes très variables sur les bénéfices et les biens des entreprises). Il s'agira également de ne plus rester faible devant les paradis fiscaux présents sur le territoire de l'Union (Luxembourg, et Irlande dans une moindre mesure).

Le mouvement démocrate propose par ailleurs le lancement d'un emprunt européen. Cet emprunt alimenterait un fond de relance. Le fond de relance, qui pourrait être géré par la BCE ou la BEI permettrait

- d'une part d'offrir des prêts bancaires à des taux bas ou à taux 0 prioritairement aux PME PMI, TPE et TPI, avec deux conditionnalités : la création et le maintien d'emplois, le soutien à des activités économiques ou des productions durables (durables au sens du développement durable).

- et d'autre part de financer des grands travaux européens tels que la mise en réseau ou en maillage d'un réseau continu de lignes TGV et de fret ferroviaire.

Enfin, il est proposé par le mouvement démocrate une gestion de la politique économique européenne par l'euro-groupe.

Enfin, sur la question d’une taxe sur les produits à l'importation qui ne respecteraient pas, pour leur fabrication, les mêmes normes environnementale et sociales que celles auxquelles sont soumis les produits européens, il faut – ne serait-ce que de manière transitoire en utilisant cette mesure comme moyen de pression à l’échelle de l’OMC – faire jouer l’argument fort de la concurrence libre et non faussée. Un produit chinois, par exemple, qui n’intègre pas le surcoût de normes sociales et environnementales est un produit qui est concurrentiellement déloyal. La concurrence est donc faussée et il faudra appliquer des rééquilibrages fiscaux et douaniers sur certains produits importés.

A terme, la solution, même si elle demeure moins immédiatement atteignable (sauf à penser que la crise actuelle devrait forcer les changements), est d'obtenir une somme de normes environnementales et sociales minimales au niveau d'une OMC plus dépendante des instances onusiennes, ou du moins plus contraintes par des conventions internationales telles que celles de l'OIT, l'OMS, ou Kyoto.

La taxe carbone (taxation des productions et importations calculée sur leur bilan carbone), est envisagée comme une taxe remplaçant une part de la taxation du travail (notamment celle inclue dans la taxe professionnelle). Sans renoncer à sa mise en oeuvre au plan national, plaidons pour une taxe carbone européenne qui pourrait venir alimenter le fonds de relance.

Par ailleurs, il faudra relancer la discussion sur la TVA au plan européen. Il ne saurait être question d'en rester aux baisses récemment obtenues sur certaines catégories professionnels (restauration). Les baisses (mais aussi les hausses) de TVA doivent concerner, à terme, tous les produits qui ont une incidence environnementale faible ou bénéfique. A l'inverse, la TVA doit être plus forte sur les produits très impactant sur la planète et le climat.


L'Europe : le continent des réponses à la crise énergétique et environnementale

Il est probable que la crise des matières premières (énergies fossiles, minerai, tensions sur le marché alimentaires) ait une influence sur la crise économique, voire en soit à l'origine.

Il est de bonne administration, et tout simplement vital, de penser nos consommations énergétiques, de minerai et d'alimentation en se projetant dans le long terme. A l'heure actuelle, toutes les projections de long terme (et pour certaines de moyen terme... à savoir à l'échelle d'une vie humaine) conduisent au collapsus. Si l'Europe n'est pas le continent du développement durable, aucun autre continent ne le sera, (sauf peut-être l'Amérique d'Obama qui semble vouloir rattraper son retard).

Dans le domaine de l'énergie, la priorité doit aller la diminution de la dépendance aux approvisionnements hors UE (pétrole, gaz, et uranium). Le montant total dépensé par la France seule pour son alimentation en énergies fossiles (pétrole+gaz) est de près de 50 milliards d'euros par an, soit deux fois le montant du plan de relance français. On imagine aisément que chaque euros non dépensé pour s'alimenter en énergie fossile est un euro qui reste disponible pour des dépenses intérieures dès lors qu'on investirait, par exemple, pour des productions énergétiques "made in UE". Ne laissons pas, à ce titre, perdre l’avance technique et économique que certains Pays de l’Union européenne ont acquises au plan mondial (Allemagne dans le photovoltaïque ; Danemark dans l’éolien). A l’image de Airbus, créons au plan européen un groupe industriel puissant de production de centrale thermique solaire, de fermes éoliennes, et de production à grande échelle de biocarburant à partir des algues.

Pour cela, il faut une politique de grands travaux pour faire un maillage efficace de lignes de TGV techniquement et aisément interconnectables entre réseaux nationaux, qui relie toutes les 27 capitales entre elles. Un réseau de lignes de fret ferroviaire (avec construction de lignes nouvelles) doit également permettre des axes est-ouest et nord sud à travers l'Union européenne. Idem avec les réseaux fluviaux et maritimes (cabotage).

Il faut ensuite mieux doter les fonds européens destinés à l'efficacité énergétique dans le bâti afin que la part des bâtiments anciens et nouveaux diminue globalement leurs consommations de 3% par an à l'échelle de l'Union.

Enfin, la recherche dans l'innovation de production électrique par les énergies renouvelables doit être plus fortement soutenue afin de généraliser le recours à ces énergies. L'enjeu est tout d'abord de respecter l'objectif européen de 20% de production électrique issue des énergies renouvelables, puis de poursuivre dans cette lancée à un rythme +1 à 2% par an.

L'idée est de pouvoir offrir aux investisseurs le recours au renouvelable, pour un coût d'investissement égal et une production en kW égal, à chaque fois que se pose la question du remplacement d'une centrale traditionnelle (charbon, gaz ou nucléaire).


L'Europe est aussi le continent des solutions à la crise de la biodiversité. Sur notre continent, et encore plus sur les territoires ultramarins faisant partie de l'Union européenne (Guyane, îles pacifiques), cette perte est inquiétante.

La principale menace sur les espèces animales et végétales est la transformation des milieux naturels en terres exploitées pour l'urbanisation ou l'agriculture. Face à cela, l'Europe doit doubler son aide et son soutien (dans les Pays en voie de développement notamment) pour créer des zones protégées (parcs, réserves).

La déforestation des zones tropicales se poursuit et les certifications ne sont pas suffisantes. Les bois tropicaux, à l'entrée du territoire de l'Union, doivent être garantis et traçables (25% des bois tropicaux mis sur le marchés en Europe sont illégaux).

Des mesures d'accompagnement économique plus importantes doivent être débloquées par l'Europe pour aider les Pays en voie de développement à préférer la protection des espaces naturels à leur destruction (il est à noter que, en raison de la non érosion des sols, le maintien des espaces naturels, évite les irrigations et les désertifications. La maintien de productions agricoles et l'attrait touristique maintenu, constitue, à long terme, un meilleur calcul économique que la déforestation).


L'Europe, le continent des réponses à la crise alimentaire

Il y a encore peu, les journaux titraient sur la crise alimentaire. La crise financière a éclipsé ce problème qui reste pourtant entier. Dès le lendemain la guerre, précisément pour répondre à une crise alimentaire, l'Europe s'était dotée d'un outil performant : la PAC. Aujourd'hui, cette politique est en bout de course. Elle doit réorienter ses priorités.

La PAC doit tout d'abord cesser de favoriser une exportation destructrice des agricultures du sud.

Deuxièmement, elle doit plus massivement faire des choix moins impactant sur l'environnement et la santé humaine. En ce sens (et cela recoupe le dossier de la biodiversité et de la santé publique), la directive "pesticide" visant à réduire de 50% l'usage des pesticides et notamment les plus dangereux est une excellente décision qu'il conviendra de soutenir pour une application rapide.

L’intégration des pesticides dans la directive Reach serait un pas supplémentaires afin de sortir du marché et des usages les pesticides les plus dangereux). Au volet environnemental, la PAC doit privilégier les circuits courts qui aujourd'hui sont pertinents dans le cadre des Plans climats (réduction des distances de transport, diminution du nombre des intermédiaires, promotion des produits locaux, de terroir et de saisons).

La PAC doit également tourner plus fortement ses efforts vers le soutien aux exploitations de petite taille et de taille familiale afin d'améliorer les revenus des petits et moyens exploitants. Le maintien d'exploitations à taille humaine est par ailleurs plus créatrice d'emploi, et participe plus fortement du maintien d'un tissu rural vivant. L'esprit de ce soutien doit être celui de permettre aux agriculteurs de vivre décemment de la vente de leurs productions. Réussir à vivre sur son exploitation, c'est aussi favoriser la diversification des activités (production énergétique par méthanisation des déchets agricoles, biocarburants produits à partir des déchets végétaux, tourisme rural, partenariat avec les collecticitivités publiques pour des actions éducatives ou d'entretiens paysagers et de maintien de la biodiversité).

Enfin, tout ceci n’a de sens que si les européens voient dans ce niveau continental le juste niveau pour intervenir et s’investir. Il faut recréer l’envie et l’enthousiasme passé pour l’Europe.

D’un point de vue institutionnel , réclamons une Constitution européenne simple et forte, à l’image de la Constitution française ou américaine. Une vingtaine d’articles, courts, et fondateurs définiront nos valeurs communes et l’essentiel du fonctionnement institutionnel de l’Union, dans lequel tout droit de véto d’un seul Etat disparaîtra, et où la légitimité démocratique à prendre des décisions reviendra au Parlement européen dont sera issu l’éxécutif.

Deuxièmement, il faut recréer un sentiment d’appartenance à l’Europe pour chaque citoyen. Pour cela, plaidons pour la mise en place d’un service civil européen d’au moins 6 mois, accompli par chaque citoyen européen au cours de sa vie, nécessairement dans un autre Pays que celui où il est né ou celui où il vit.

lundi 20 avril 2009

sortie de mon livre de dessins sur la politique


Il est tout chaud sorti de l'imprimeur.

Ce livre, publié aux éditions de la nuée bleue, et en vente dans les librairies en Alsace (puis à Paris fin mai), est en préparation depuis fort longtemps. Il est sans aucun rapport avec l'actuelle campagne électorale dans laquelle je suis investi dans et pour le Mouvement Démocrate (même si, au fil de mes dessins, vous comprendrez d'ailleurs mieux la raison pour laquelle j'ai décidé de m' investir dans ce parti... ne serait-ce que pour sortir des dogmatismes et des faux clivages !).

Pour Huguette, la politique est une expérience plus récente que pour moi, mais pour tous les deux, nous avions envie d'en faire un propos décalé... elle avec sa plume d'humoriste, moi avec mon crayon d'illustrateur.

Nous y décrivons un monde dur, certes, mais nous faisons le pari qu'en parlant ainsi de la politique, nous parlons aussi un langage de vérité car la violence dans la politique n'est un secret pour personne.

Autant l'aborder de front !
Pour ma part en tout cas, chaque dessin est un témoignage de choses vécues, et si violence il y a dans mon trait, c'est que les violences sont belles et bien là. Caricaturées certes car c'est ainsi que l'illustration se caractérise.
Et comme tout le monde sait -preuve que tous mes dessins ne témoignent pas d'une déception - je persévère dans l'action politique parce que - au delà d'un engagement pour des convictions qui sont restées intactes chez moi - je veux me battre pour que les pratiques politiques changent, pour que nous puissions faire la part des choses entre les étiquettes et les valeurs humaines des uns et des autres, pour que celles et ceux qui veulent défendre des convictions en faisant de la politique sans en avoir des ulcères puissent y venir, y revenir, avec plaisir... car la politique est une noble et belle chose, vraiment...

En résumé, lisez ce livre en pensant que leurs auteurs, des politiques (peut-être un peu atypiques), sont de ceux qui châtient bien ce qu'ils aiment bien.

NB :
Au fur et à mesure de vos réactions, je publierai quelques dessins (édités... et peut-être des inédits !).

la présentation de l'éditeur

« Reviens, Coluche, ils sont devenus fous ! », nous disent d’une seule voix, comme des millions de Français, YANN WEHRLING, le dessinateur férocement tendre, et HUGUETTE DREIKAUS, la cabarettiste tendrement féroce. Tous deux engagés actifs en politique, ils ne nous bercent pourtant d’aucune d’illusion. Car le fond de la marmite électorale, ils le connaissent bien, et de l’intérieur... Sans langue de bois, ils témoignent. Jamais, nous montrent-ils, la politique n’a autant ressemblé à un absurde jeu de dupes, jamais les luttes pour le pouvoir n’ont été aussi violentes – trahisons, règlements de comptes, éliminations –, jamais les manipulations, le lobbying tous azimuts, le rôle de l’argent n’ont été aussi déterminants dans les stratégies électorales.

Ce petit traité à quatre mains, aussi documenté que drôle, réalisé au plus près de deux expériences politiques fort différentes, détaille les terribles mœurs anthropophagiques qui codifient notre monde politique, microsociété de plus en plus extérieure à la société réelle. Yann et Huguette racontent le grand art de la trahison et du retournement de veste, comment berner le citoyen avec d’illusoires promesses de campagne, l’importance des nouvelles technologies de la communication (ah, les ravages des blogs et de la rumeur sur Internet !), les stériles bagarres pour obtenir ou conserver un confetti de pouvoir et… l’impuissance quasi totale une fois élu.

C’est irrésistible : à chaque page on hurle de rire salvateur, et de colère jubilatoire…


YANN WEHRLING, militant écologiste depuis l’adolescence, ancien secrétaire national puis porte-parole des Verts (2003-2007), a rejoint le MoDem en 2008. Il a participé comme candidat à de nombreuses campagnes électorales. Ancien attaché au Parlement européen à Bruxelles, il assure des missions d’expert en développement durable. Mais c’est surtout comme dessinateur, pour la presse et l’édition, qu’il affirme son style personnel, dans le sillage de ses deux grandes références, le doux Sempé et l’acide Tomi Ungerer. Il a publié La France à l’En-Vert, L’Archipel, 2006.


HUGUETTE DREIKAUS mène depuis quinze ans une carrière professionnelle de cabarettiste (auteur et interprète de ses propres textes), comédienne, écrivain, chroniqueuse pour la presse écrite et la radio. Ses spectacles humoristiques, one woman shows survitaminés qu’elle crée aussi bien en français qu’en allemand, ses deux langues, lui valent une grande notoriété de part et d’autre du Rhin. Passionnée dès sa jeunesse par la politique, de « sensibilité de gauche », elle siège pourtant dans l’opposition… de droite au conseil municipal de Strasbourg depuis 2008.

samedi 4 avril 2009

Back to France

Dans quelques heures, je serai de retour en France.

Toutes mes notes durant ce voyage n'ont pas été détaillées sur ce blog... faute de temps entre les rdv. J'y reviendrai dans les jours à venir car il y a encore beaucoup de choses à dire.

Il m'est encore difficile de faire une synthèse, mais ce que j'en conclue pour l'heure, c'est que :
1- l'administration Bush a, en matière d'énergie et de développement durable, occulté les efforts faits dans les États. Si les peuples (en démocratie) sont souvent responsables de leurs dirigeants (surtout quand ils les élisent deux fois !), il est également clair que dans les États, près de la moitié des gouverneurs (dont des très importants, comme celui de la Californie) ont fixé, avant ou pendant la présidence Bush, des objectifs volontaires de production énergétique par les renouvelables (entre 12,5 et 25%).
2- Ces avancées dans les États facilitent (voire expliquent) l'engagement fort de Obama en faveur des énergies renouvelables, de l'efficacité énergétique et de la lutte contre le changement climatique.
3- N'en déplaisent à certains en France, je constate ici comme en France, qu'en matière de développement durable, les clivages ne sont pas entre les Républicains et les Démocrates (en langage "français"... entre la gauche et la droite). Obama est démocrate et surprend le monde entier en faisant du développement durable énergétique une de ces deux priorités de début de mandat (avec la santé). Schwartzenegger est républicain et c'est sans doute un des gouverneurs les plus en pointe dans ce domaine, et depuis plusieurs années (et à l'inverse, il existe des démocrates et des républicains qui tiennent sensiblement les mêmes discours anti-environnementaux.... comme en France... mais ils sont heureusement de moins en moins nombreux). Car globalement, la classe politique fait du développement durable une question désormais incontournable. Si cela fut, comme en France, dans un premier temps, beaucoup de "belles paroles", plusieurs facteurs économiques mènent au passage à l'acte. Les discours ultras, tant écolo (du type "on ne va pas assez loin, il faut changer tout le système car on ne peut pas le réformer"), que anti-écolo (du type "l'économie est plus importante, continuons de sacrifier la planète, la situation n'est pas si grave, et la science trouvera des solutions plus tard), ... ces discours semblent, ici, relégués à la marge même s'il bénéficient d'une réelle couverture médiatique.
4- Si on entre dans le détail, le pays reste globalement encore très dépendant du pétrole (l'Europe également d'ailleurs). La moitié de l'électricité est produite par des centrales à charbon. La très très grande majorité des déplacements se fait sur les routes.
5-Le nucléaire reste marginal même si, dans plusieurs États, des projets sont en attente d'avoir leur agrément (à ce sujet, j'ai noté que le débat est bien plus ouvert et moins conflictuel qu'en France. Les pouvoirs politiques semblent nettement plus objectifs sur la question qu'ils ne le sont en France et la très grande majorité de mes interlocuteurs n'y voyaient pas là la solution d'avenir, tout juste un complément à peine acceptable compte-tenu de la peur des dangers radioactifs et surtout des déchets).
6- Les transport en commun et le rail sont les parents pauvres ici. Il faut reconnaître que la hausse brutale du prix de l'essence l'année dernière, la crise économique actuelle, et la prise de conscience climatique font bouger les choses dans un Pays où il y a encore 2 ou 3 ans, l'espace, l'énergie et les matières premières semblaient infinis et peu chers. On parle maintenant de trains type TER pour relier villes et banlieues (là où les seules liaisons sont routières), ou de TGV pour longer la côtes ouest. Et surtout, en matière d'urbanisme, un phénomène (balbutiant mais réel) semble aller vers un retour des habitants dans les centres urbains tertiaires (ce qu'on appelle ici, dans les grandes villes, les "downtowns") pour se rapprocher de leurs lieux de travail, au détriment des banlieues résidentielles.
7- Enfin, en matière de développement des énergies renouvelables et d'efficacité énergétique, comme je l'ai détaillé en partie dans ce blog (et il me reste à compléter tout cela), les recherches et les volontés sont fortes. Aucune direction n'est exclue et il sera passionnant dans les semaines, mois et années à venir de suivre le devenir, par exemple, des turbines marines, des biofuels issus des algues, de toutes les technologies solaires, et des domotiques (informatisation dans les bâtiments) qui informatiseront chaque usage de kilowatt.

jeudi 2 avril 2009

Les algues énergétiques

J'ai rencontré aujourd'hui, à Raleigh (Caroline du Nord) - dans ce qu'on appelle le triangle de recherche -, le directeur d'un laboratoire de recherche sur les biofuels.

Leur recherche porte plus particulièrement sur les algues et me permet de compléter l'aperçu que j'ai pu avoir à Denver sur ce même sujet

Leur objectif est de créer un biofuel immédiatement utilisable par les moteurs actuels sans passer par une transformation des mécaniques. En effet, les premières expériences ont conduit à des contraintes de modification des moteurs, ce qui est un frein à la commercialisation.

A ce jour, ils ont réussi à trouver la technologie mais elle est encore lourde et leur permet de produire, en laboratoire, 1 litre/jour. Ils passeront très rapidement à 20 l/jour.

Évidemment, on ne peut, à ce stade expérimental, comparer cela à la production moyenne des raffineries pétrolières américaines qui produisent chaque année 400 millions de litres par an. A titre d'information, les États Unis consomment chaque année 265 milliards de litres de carburant.

Ce laboratoire estime que d'ici quelques années, si les investisseurs suivent, la production de biofuels à partir des algues pourrait atteindre 2 milliards litres/an, soit un peu moins de 1% de la consommation (c'est un faible %, mais il peut augmenter si le nombre de véhicule hybride ou électrique augmente, si les transports en commun et les pratiques alternatives se développent, et si l'efficacité énergétique moyenne des véhicules permet de consommer moins par véhicule).

Cette production de plusieurs centaines de millions de litres par an - minimum pour commercialiser et rentabiliser les investissements qui se chiffrent à plusieurs millions de dollars - est d'ailleurs la condition pour que les investisseurs s'engagent dans cette voie.
Il faut dire que les mêmes investisseurs sont aujourd'hui très prudents. Ils le sont non seulement du fait du ralentissement économique mondial, mais aussi parce que leurs premiers engagements en faveur des biofuels de première génération se sont révélés (fort heureusement) de mauvais choix du fait de la concurrence avec le marché alimentaire et du retrait des fonds publics dans cette option.
Incidemment, j'ai d'ailleurs appris qu'au cours des 4 dernières années, certains producteurs de biofuels américains ont importé de l'huile de palme de Mailaisie (parce qu'elle était peu coûteuse - et très malheureusement prélevée en lieu et place de forêts tropicales qui abritent, entre autres, des orang-outangs). Ils ont transformé cette huile en biofuels qu'ils ont ensuite exporté en Allemagne où le gouvernement avait mis en place des mesures fiscales très avantageuses pour les biofuels. Il y a 4 mois, le gouvernement allemand a stoppé ce marché totalement contre-productif d'un point de vue environnemental... Mais, si ce qu'on m'a dit est vrai, pendant 4 années, la très vertueuse Allemagne aura, consciemment ou non (je ne sais pas ce qui est le pire), contribué à aggraver la déforestation des forêts tropicales par le biais d'une mesure a priori écologique !... l'enfer est décidément pavé de bonnes intentions.

Revenons aux algues :

Ce laboratoire a bon espoir de réunir assez rapidement les fonds pour démarrer une production industrielle.
La production d'algue pour en faire du biofuel a le grand avantage de ne pas nécessiter beaucoup de surfaces (comme on me l'avait d'ailleurs dit à Denver). Leurs estimations est qu'il faut 50 x moins de surfaces.
De grandes unités existent d'ailleurs déjà : 1 en Californie et une seconde en Israël (dans des zones désertiques).
Il existe beaucoup de sortes d'algues. Sans entrer dans les détails d'un cours de biologie, le type d'algue adapté au biofuel sont les micro-algues (et non celles auxquelles ont peut penser qui seraient celle qu'on voit flotter à la surface des étangs qui sont des macro-algues). Leur culture, pour éviter l'évaporation de l'eau, se fait dans un milieu fermé.
La question de l'eau est très importante, car pour récolter 1 litre d'huile d'algue, il faut 300 litre d'eau. D'où l'importance d'éviter l'évaporation, de travailler en milieu fermé, et de récupérer l'eau. Ce laboratoire compte, à ce sujet, travailler sur un type d'algue qui croît en eau de mer et non en eau douce (l'eau de mer étant infiniment plus disponible que l'eau douce). Il ne faudrait pas, en effet, après avoir crée de la concurrence avec l'alimentation dans le développement des biofuels de première génération, créer une concurrence avec l'eau potable avec ces biofuels de seconde (voire de troisième, car il ne s'agit déjà plus de déchets verts) génération !

Autre contrainte : la moisson et l'extraction de l'huile. Cette opération représente 25% du coût total de fabrication de l'huile.
A quoi s'ajoute l'élimination des résidus d'eau dans une solution où les algues sont d'une taille microscopique. L'action est là chimique et non mécanique. Et les produits chimiques utilisés sont polluants (d'où des précautions de récupération).

Il existe par contre quelques applications annexes ou collatérales intéressantes.
Tout d'abord, ces mêmes algues concentrent fortement des oméga 3 et 6. Des applications commerciales dans le domaine des nutriments sont donc envisagées très sérieusement. Dans la période actuelle de recherche de bénéfice pour le développement de la culture de ces algues, ce débouché commercial immédiatement rentable permettrait de soutenir le développement pour les carburants (aujourd'hui peu rentables).

Deuxièmement, les secteurs qui font des recherches sur la séquestration du carbone envisagent l'installation des unités de production de ces algues à proximité des centrales thermiques à charbon. La redirection d'environ 25% du CO2 émis (25% car on estime qu'on ne pourra pas tout rediriger) serait donné en "nourriture" aux algues qui, pour leur photosynthèse, en consommeraient énormément. A bien y réfléchir, si, in fine, on brûle les algues pour faire rouler les voitures, on relâcherait quand même le CO2.. mais au passage, on ferait rouler des voitures... ce qui, en somme finale, revient quand même à une réduction des émissions de CO2 (je crains que ce point soit difficile à comprendre ;( )

La réalité demeure toutefois que sur la plan économique, les biofuels restent encore trop peu concurrentiels par rapport au pétrole dont le prix du baril est retombé à un prix bas qui freine tout développement des carburants alternatifs.
Mais si les investisseurs, malgré la crise, se disent prêt à mettre de l'argent dans cette technologie, c'est qu'ils continuent d'anticiper sur un prix du pétrole qui re-augmentera dans les mois et années à venir. La courbe du prix du baril demeure, par ailleurs, depuis les 10 dernières années, tendentiellement à la hausse. Il est à noter qu'aux États Unis, le système des taxes sur les carburants est bien inférieur en % qu'en France. Si bien que les fluctuations du prix se font bien plus ressentir ici. Ainsi, l'année dernière, le prix du galon avait doublé. Les gens craignent une nouvelle hausse de ce type.

Si, économiquement et techniquement, la filière du biofuel par les algues ne fait pas encore sens, ce laboratoire m'assure que cela fera sens dans 2 ou 3 ans. Et, comme à Denver, leur espoir est que, avec un pétrole qui augmente et une accentuation des politiques "pro-climat/anti carbone", on roulera aux algues dans moins d'une dizaine d'années.

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Ci-après le premier entretien à ce sujet à Denver :


Lors de ma visite à Denver, j'ai pu visiter un laboratoire d'une entreprise, Solix Biofuel, qui travaille sur la production de bio-carburant à partir des algues.

L'intérêt de l'algue est son pouvoir énergétique 30 fois supérieur à celui du maïs. La chose est d'autant plus intéressante qu'ici, aux États Unis, comme en Europe, on préfère garder le maïs ou tout autre végétal producteur d'huile ou de sucre à des fins alimentaires et non énergétiques.

EN effet, si la totalité des terres arables américaines étaient consacrées à la culture de végétaux pour en faire du carburant, on ne ferait rouler que le tiers du parc automobile. On est arrivé aux mêmes conclusions en Europe.
Mais l'extrapolation pour l'algue est infiniment plus intéressante puisqu'en utilisant 0,05% des terres arables pour produire des algues, on pourrait couvrir tous les besoins du parc actuel. L'occupation du sol est raisonnable et le marché colossal. De plus, l'algue pousse très vite puisqu'elle double de volume, en condition optimale, toutes les 4 heures.

Évidemment, pour produire l'algue, il faut de l'eau. J'ai pu visiter une unité de fabrication (pas la photo qui n'est qu'un laboratoire - allez sur le site en hyperlien de solix biofuel). Les algues sont cultivées dans des sacs fermés et l'eau est récupérées ensuite. L'eau est réutilisée. La consommation d'eau est donc, a priori, assez réduite.

Il n'en demeure pas moins que pour le moment, la récupération des algues et leur transformation en huile n'est pas optimale et le bilan énergétique n'est pas suffisamment bon (l'énergie consommée pour extraire l'huile est proche de l'énergie restituée par l'huile d'algue).
Mais l'optimisation et l'efficacité énergétique dépend aussi de la dimension de l'installation. C'est pourquoi Solix envisage de démarrer une production à une plus grande échelle et ils estiment que d'ici 1 an, les premiers véhicules prototypes pourront rouler à l'algue.

à suivre avec grand intérêt !

Mardi 31 mars

Portland

Énergie des vagues

Parmi les énergies renouvelables que je souhaitais voir de plus près figuraient l'énergie issue des océans.

J'ai donc déjeuné avec plusieurs professionnels qui cherchent à développer l'énergie issue des vagues.

Le vagues dégagent en effet une énergie qui, si elle est captée au travers de turbines, peut produire de l'électricité.

Cette technologie a le soutien de l'Orégon car cet État produit l'essentiel de son énergie grâce à ses barrages hydro-électriques. Mais il est aujourd'hui impossible d'aller plus loin. Compte-tenu de l'impact environnemental des grands barrages, plus aucun autre projet de cette nature n'est souhaité.

Comme près de la moitié des États au USA, l'Orégon a voté une loi à son niveau (aux USA, les États ont cette compétence) se fixant un objectif de production d'énergie renouvelable. Ces objectifs varient d'un État à l'autre. Pour l'Orégon, ce sera 25% de son électricité d'ici 2025 grâce à des énergies renouvelables, hors hydroélectricité. Cet objectif est très ambitieux puisqu'aujourd'hui, l'hydroélectricité produit 40% de l'électricité de l'Etat et le renouvelable à peine 2 à 3%. L'Orégon a rejeté toute idée d'avoir recours au nucléaire et aucune centrale nucléaire n'existe d'ailleurs sur cet État. Les 10 prochaines années verront se développer de manière très importante l'éolien, la géothermie en très basse profondeur, le solaire... et l'énergie des vagues.

Aucune application commerciale n'existe pour le moment, et il m' été dit que le niveau d'avancement de la recherche et des applications pour l'énergie des vagues est au niveau où était l'éolien à ses débuts. Mais le potentiel de production électrique par les turbines flottantes ou faiblement immergées pourrait être supérieur à l'éolien (car la production est plus constante). Une estimation m'a été donnée de l'ordre de 500 mégawatt pour 10 km2 de parc de turbines. Et encore une fois, c'est le contexte général des énergies (fossile de plus en plus cher) qui dopera les investissement vers ces technologies

Du côté de l'impact environnemental, les développeurs travaillent directement avec l'institut océanographique de l'Orégon fin de placer les futures turbines à l'écart des routes de migration des espèces animales les plus protégées (comme les baleines par exemple).

Enfin, les opérateurs ont consigne d'associer les autres usagers de la mer dans leurs travaux, principalement les pêcheurs et les entreprises touristiques . Sur ce dernier point, l'inquiétude se porte sur l'impact paysager. En effet, afin de bénéficier au mieux de l'énergie des vagues, les turbines doivent être placées à environ 5km des côtes. Elles seront donc visibles.

Les contraintes « distance, zones de pêche, passage des baleines, esthétique » sont donc nombreuses mais les zones qui seront couvertes permettront néanmoins d'offrir une source complémentaire d'énergie non négligeable dans un bouquet énergétique qui promet d'être exemplaire. Et je dois noter, une fois de plus, que les développeurs d'énergie renouvelable sont très soucieux de leur responsabilité environnementale sur les impacts annexes (environnement, économie locale). Bien que les entreprises pétrolières et les promoteurs du nucléaire n'ignorent plus aujourd'hui ses aspects, ils sont loin d'en faire autant.

Ailleurs dans le pays, le gouvernement fédéral soutient également la recherche sur l'énergie des vagues dans l'Etat voisin de Washington, et un autre programme (que je n'aurai pas le temps de visiter), en Floride, sur l'énergie tirée du courant marin du golfstream. Il m'a également été donné quelques détails sur un programme qui se déroule à Hawaï et qui est basé sur l'équivalent de la géothermie mais dans l'océan. L'idée est d'extraire de l'énergie sur le principe d'une pompe à chaleur usant le différenciel de température de quelques 20° entre les grands fonds et la surface chaude (les fonds sont froids, et à ces latitudes, l'eau de surface est chaude). Cette dernière technologie, appelée OTEC, connaît de faibles progrès car pour être efficaces, les tests devraient être faits à grande échelle, mais les fonds (financiers, pas marins) ne sont pas disponibles pour cela... pas encore.

L'enveloppe globale pour les énergies des mers est en augmentation et est dotée pour 2009 de 40 millions de dollars. Comme souvent ici, des fonds privés complètent les fonds de recherche. De plus, le futur système de quota carbone que le Congrès est en train d'étudier devrait avoir un effet porteur pour les énergies non émettrices de Co2. En effet, des opérateurs de centrales à charbon, des industriels très émetteurs de Co2, ou des entreprises d'exploitation pétrolière auront intérêt, pour avoir plus de crédits carbone, à disposer dans leur bouquet énergétique, de production renouvelable.