mercredi 29 juillet 2009

Taxe carbone, suite

Le rapport est rendu, et la préconisation sera d'augmenter le litre d'essence de 7centimes d'euros par litre.

Comme je l'ai dit dans un billet précédent, j'approuve (en général) tout effort qui va dans le bon sens et je me garderais bien d'être agaçant en disant, tel un disque rayé et plaintif : "ça ne va pas assez loin".

Toutefois, je me fais plusieurs remarques.
Tout d'abord, il est question de reversement aux familles les plus modestes et d'exonérations pour les métiers trop dépendants du transport routier.
On peut se dire, a priori, que c'est juste.
Je ne peux toutefois m'empêcher de penser :
1- pour les plus modestes et les plus exposés, si le bilan financier est nul, sachant que la mesure a clairement pour objectif de pousser les gens à faire des efforts, quel effort seront-ils incités à faire ? cela revient à les exonérer de l'effort d'économie collectif qui est demandé. Bien sûr que les plus modestes seront les plus touchés, mais ne doit-on pas pour autant considérer qu'ils doivent être, comme tout le reste de la population, sensibilisés à la nécessaire économie d'énergie dans nos comportements quotidiens. J'aurais aimé que nous allions plutôt vers la compensation pour celles et ceux qui n'ont pas d'alternatives à la voiture. Et même en ce cas, j'ai pu noter que la hausse d'un coût de l'essence accélère les réflexes de co-voiturage... non par soucis écologique, mais par attrait de l'économie réalisée dans le partage des coûts d'essence. J'ajouterais qu'il pourrait être judicieux de conserver une part des bénéfices de cette taxe carbone pour aider au financement de transports collectifs ou de solutions souples et nouvelles de plate-forme locale de co-voiturage, de Plans de déplacements d'entreprise ou de TAD (Transports à la demande).
2- pour les professions exposées, j'en dirais autant. J'ai plaidé pour un transfert de charges du travail vers l'énergie. C'est à dire qu'un renchérissement du coût de l'essence puisse se répercuter sur des baisses de charges sur le travail de sorte que les entreprises aient une pression fiscale égale.

Car en l'état, la mesure sera supportée par les classes moyennes. Est-ce juste ?
Je n'en suis pas convaincu.

Je pense en tout cas que l'amorce étant faite, la mesure sera perfectible à l'avenir et que son principe est dorénavant acté (constatons au passage, une fois de plus, que le sujet ne sépare pas la classe politique entre une droite qui serait pour la mesure et une gauche qui serait contre - CQFD).

Le perfectible, ce sera en premier lieu de profiter de la présidence suédoise de l'Union européenne pour avancer sur une proposition de taxe carbone européenne. Sans quoi, la mesure accentuera encore le fossé entre les fiscalités sur les produits pétroliers avec nos voisins (luxembourgeois par exemple).

Deuxièmement, n'abandonnons pas l'idée d'un transfert de fiscalité du travail vers l'énergie.
D'autres formules méritent d'être approfondies afin d'élargir la taxe carbone et augmenter les recettes qu'elle créera. Non pour abonder des caisses publiques un peu sèches, mais pour alléger les charges sur le travail et financer des mesures (notamment industrielles) permettant à notre économie de disposer d'une énergie non carbonée (pour la production électrique, le déplacement des personnes et des marchandises et pour le chauffage des bâtiments) :

Rappel des autres mesures, en vrac :
- élargir la taxe carbone à toutes les énergies afin d'associer l'effort contre les gaz à effets de serre à un effort d'économie d'énergie au sens général (y compris si elle est produite à partir de "renouvelables")
- élargir la taxe à un prélèvement supplémentaire sur les bénéfices des distributeurs d'énergie.
- conserver une part des recettes de cette taxe pour alléger la taxation sur le travail selon un principe des vases communiquants (selon le principe que
chaque nouvelle taxe ou prélèvement à caractère écologique viendrait en remplacement d’une taxe ou d’un prélèvement existant et qu’on réduirait ou supprimerait). Il s'agira évidemment de veiller à ce qu'une telle mesure n'ait pas l'effet pervers d''allèger la pression fiscale sur les grandes entreprises très émettrices de GES, soumises au protocole de Kyoto, et qui seraient à la fois éxonerées de la taxe carbone (éxonération à éviter dès lors) et allegées de taxes sur les entreprises (sociales ou professionnelles).
- établir une taxe sur tous les produits commercialisés à hauteur du niveau de CO2 émis pour sa fabrication et son acheminement jusqu'à l'acheteur final. Une sorte de TVA rebaptisée TCo2A (Taxe sur le CO2 Ajouté).

vendredi 10 juillet 2009

augmenter le prix de l'électricité ?

Dans une situation de marasme économique où chaque foyer est logé à la même enseigne pour ce qui concerne sa facture énergétique, indépendamment de ses revenus, la nouvelle est inquiétante.

A y regarder de plus près, j'attendais l'annonce depuis un moment.
L'emprunt était un signe avant-coureur.
L'artillerie lourde est sortie avec cette annonce qui embarrasse autant qu'elle arrange.
"Embarrasse" parce qu'elle a un un caractère éminemment impopulaire. Et les tarifs étant réglementés, la décision en revient au gouvernement qui ne peut ignorer le "peuple".
"Arrange" parce que la production électrique française est en difficulté.

Passons sur les investissements à l'étranger pour lesquels je ne vois absolument pas pourquoi ce sont les français qui les paieraient.

Le vrai problème que l'Etat doit discuter avec EDF, ce sont les risques pour l'alimentation électrique du Pays.
J'ai quelque peu le sentiment que toutes les options, une fois de plus, ne sont pas étudiées.

On m'a relaté un petit problème lorsque j'étais aux États Unis.
Pas les risques d'accidents, pas le problème des déchets, ... non rien de tout ce qu'on entend habituellement à propos du nucléaire.
Non, cela s'appelle l' effet "falaise".

Explication :
Le parc nucléaire français s'est construit en un temps très court (quelques 10 ans entre la fin des années 70 et le début des année 90), avec un budget colossal qui était, il faut le dire, dans un contexte économique autrement plus favorable.
Les 58 réacteurs actuels ont donc tous démarré dans un laps de temps court, d'environ une dizaine d'année. De fait, si la durée d'exploitation effective des réacteurs ne dépassait pas leur durée de vie de conception, on devrait arrêter quelques 13 réacteurs d'ici 2020 et 24 réacteurs supplémentaires entre 2020 et 2025... soit plus de 60% du parc nucléaire français, et donc environ 50% de notre production électrique. A quoi s'ajoute que la standardisation de tous les réacteurs (tous construits selon des caractéristiques voisines) a pour effet de conduire à un vieillissement des composants qui sera identique dans toutes les centrales.
Le risque est donc grand de nous retrouver, en très peu de temps, avec une chute brutale de la production électrique sans solution de rechange. Chute brutale du fait des fermetures de réacteurs qui interviendront les unes à la suite des autres... c'est cela l'effet "falaise"... car la chute est brutale et grande.

Deux options sont aujourd'hui étudiées pour éviter cette chute brutale de production électrique :
- la construction d'EPR (deux réacteurs programmés - 5 ans de travaux au minimum - 3 à 4 milliards d'euros de coût). Pas de nouveau projet en France avant 2020.
- la prolongation de la durée de vie des actuelles centrales à 60 ans au lieu de 30.
- quant aux autres solutions, bien que les appelant de mes voeux, bien que reconnaissant les efforts faits au ministère de l'écologie, je ne suis pas certain qu'on puisse dire que ce sont des solutions aujourd'hui étudiées avec "force" du côté d'EDF.

La prolongation de vie des centrales est, à mon sens, plus un inquiétant compromis politique qu'une solution technique qui serait exempte de tout risque. Il ne me rassure donc guère et ne devrait rassurer personne, qu'on soit favorable ou non au nucléaire.

Toutefois, faisons un petit calcul :
On a 30 ans devant nous pour trouver une solution à 80% de production électrique (pour peu que ces 80% suffisent à tous les besoins futurs, notamment ceux qui pourraient survenir du fait d'un besoin de trouver des remplacements aux usages d'énergies fossiles, qui, dans ce laps de temps, vont devenir hors de prix - je pense notamment au développement des moteurs électriques au détriment des moteurs thermiques).
Restons dans la logique des partisans du nucléaire : si on construit des EPR au rythme actuel, dans 30 ans, on aura 6 réacteurs EPR en France.
Bien évidemment, il y a un petit problème.
Alors, on fait comment ?
En 2020, on se refait un cycle à la manière des années 80 avec le lancement d'un grand programme nucléaire et la construction de 50 réacteurs EPR sortis de terre en 20 ans, c'est à dire 5 réacteurs tous les 2 ans ? 10 milliards d'euros à trouver chaque année pendant 20 ans. On comprends mieux les besoins d'argent frais d'EDF...
MAIS ...
emprunts et augmentation des tarifs dégageront-ils un tel budget annuel ?
une rallonge de l'Etat est-elle possible compte-tenu de la dette colossale engendrée par la crise économique ?
les français accepteront-ils aussi docilement qu'il y a 30 ans le fleurissement de 50 nouveaux réacteurs à côté des 58 actuels qui seront autant de déchets géants dont le démantèlement demeure encore aujourd'hui une incertitude technique et financière.

Permettez-moi d'avoir un vague doute sur tout cela ?
Mais je veux rester ouvert aux arguments contraires.

Et on va me dire, OK, tu as peut-être raison, mais tu proposes quoi ?

J'additionne ces 10 milliards par an auxquels je me permets d'ajouter les 50 milliards que nous dépensons chaque années en achat de pétrole et de gaz, et j'obtiens un budget théorique de 60 milliards d'euros par an potentiellement disponibles pour financer, en politique énergétique nationale (en vrac) :
- un réseau intelligent liant informatique et consommation électrique (projet Obama de "smart grid" - voir mes notes faites à ce sujet dans mes notes de voyages aux États Unis). l'idée, expliquée dans le Monde d'aujourd'hui, est tout bonnement géniale. A terme, chacun maîtrisera à la seconde près et au kwh près sa consommation électrique et pourra être alerté des variations tarifaires en fonction des pics de consommations.
- le financement de centrales solaires thermiques qui ont, semble-t-il des résultats très intéressants
- le financement de centrales électriques issues de l'énergie des mers
- un investissement massif dans les technologies de batteries pour pouvoir stocker l'électricité issus du soleil et du vent et la relier au développement des voitures électriques qui deviendraient les supports de ces batteries. Il faut aussi revoir le système des batteries de voiture électrique qui ne devraient plus être unique dans chaque voiture, mais interchangeable dans des stations services de sorte de résoudre la question de l'autonomie des voitures électriques et le rechargement des batteries (ces dernières seraient rechargées dans les stations service, et pourraient être branchées le soir dans les maisons).
- l'investissement dans les technologies très porteuses des algues productrices de bio-fuels.
- la systématisation de la co-génération dans toute les formes de productions de chaleurs (co-génération = installation d'une turbine là où se dégage de la chaleur pour faire l'électricité).

etc...

Bref, je crois qu'il y a mille solutions pour trouver des réponses qui ne passent pas entièrement dans le renouvellement du parc nucléaire actuel. Si, en plus, nous arrêtions de raisonner "hexagone" pour mettre en commun nos moyens à l'échelle européenne, la mutualisation des moyens et des bonnes idées apporteraient, j'en suis convaincu, des solutions encore plus rapidement.

Encore une fois, et plus que jamais, sortons des slogans, des objectifs sans moyens, et travaillons, chantier par chantier, solutions par solutions, réalités par réalités, sans dénigrement excessif de telle ou telle filière, pour miser sur le bouquet énergétique et sur une baisse sensible de la part du nucléaire... pour les raisons techniques, de délais, et financières évoquées plus haut, et aussi pour réduire notre dépendance à une énergie en particulier (que ce soit le nucléaire ou le pétrole). Car en ce domaine, comme dans bien d'autres d'ailleurs, le vieux dictons qu'on connaît tous mériterait d'être remis au goût du jour : ne mettons pas tous nos oeufs dans le même panier.

jeudi 9 juillet 2009

vous avez dit "absurde" ?

Vous savez tous ce qu'est un sophisme :

"Tous les chats sont des mammifères.
Or, tous les chiens sont des mammifères.
Donc, tous les chats sont des chiens"

ou, pour les amateurs de Woody Allen :

"La mort est un état de non-être.
Or, ce qui n'est pas, n'existe pas.
Donc, la mort n'existe pas".

En voici une autre que m'inspire l'actualité politique d'hier :

Yann Wehrling a été exclu des Verts parce qu'il est trop centriste et pas assez à gauche
Or Martine Billard a quitté les Verts parce que la direction des Verts est trop centriste et pas assez à gauche.
Donc, la direction des Verts doit être exclue des Verts.

Qu'en pensez-vous ?