mercredi 14 octobre 2009

vivre en milieu rural de manière durable

Cette note, écrite par Ludovic Colin, détaille la visite de la commune de Beckerich au Luxembourg.

Cap vers le développement durable en zone rurale pour la vingtaine d’adhérents et sympathisants réunie à Beckerich le samedi 10 octobre à l’initiative de la fédération Modem pour les français au Luxembourg. Cette visite instructive et conviviale s’est déroulée en compagnie de Camille Gira, Bourgmestre-Député de la commune : l’occasion de réfléchir au-delà des frontières à une économie plus responsable et capable de répondre aux enjeux climatiques.

Revitalisation du patrimoine culturel et naturel, économies d’énergie, création d’emplois locaux, développement des infrastructures, intégration sociale, Beckerich peut être fière du chemin parcouru ces 27 dernières années. la commune couvre aujourd’hui 90% des besoins en electricité et 40% des besoins en chaleur des ménages à partir des énergies renouvelables. Elle est bien partie pour atteindre son objectif d’autonomie énergétique d’ici 2025.

Elle doit cette réussite à l’engagement et la volonté de citoyens responsables en avance sur leur temps, des citoyens capables d’apporter des solutions innovantes dans une démarche d’intérêt général. Camille Gira est sans contexte le symbole de cette révolution douce du développement durable à Beckerich. Visionnaire, il a su convaincre progressivement ses concitoyens à une autre manière de produire, de consommer et d’entreprendre.

Pour y parvenir, il est important selon Camille Gira d’avoir une bonne connaissance de son territoire. Ensuite il insiste sur le dialogue avec les citoyens et leur engagement dans les projets communaux. Les citoyens sont en effet sollicités au sein des commissions consultatives de la commune et participent au processus de décision. La commune propose d’acheter en co-propriété des panneaux solaires photovoltaiques sur les toits des batiments comunaux, c’est déjà le cas pour 10% des ménages. En matière de fiscalité la commune s’est appuyée sur le principe pollueur payeur. Elle n’a pas attendu le gouvernement luxembourgeois pour proposer des subsides aux particuliers pour l’achat d’appareils ménagers plus économes en énergie. Enfin, la communication et la formation restent indispensables pour changer durablement les comportements des citoyens.

Cette stratégie axée sur la décentralisation et mutualisation de l’énergie a nécessité un engagement politique fort et des investissements de l’ordre de 10 millions d’euros financés par l’endettement. Mais aujourd’hui les rentrées fiscales sont plus importantes grâce aux produits de la vente de l’eau minérale. La commune a réalisé de fortes économies d’énergie et donc de dépenses à travers par exemple la rénovation des écoles et construction du hall sportif à basse consommation d’énergie ou encore la création d’un service de télégestion de l’éclairage public permettant des économies de 16 tonnes de CO2 chaque année.

Les consommateurs à Beckerich sont les premiers bénéficiaires de cette politique. Le prix du chauffage communal proposé ne dépend qu’à hauteur de 20% des variations du cours du pétrole ; ce qui leur assure un avantage certain à long terme en termes de pouvoirs d’achat par rapport aux consommateurs d’autres communes. Les entreprises peuvent louer des bureaux à un prix relativement faible et accéder aux NTIC à haut débit. Les citoyens profitent d’une amélioration des services à la personne (crèches, maison de retraite) et du développement des moyens de transport. Enfin les projets de coopération cofinancés par la commune visent à améliorer les conditions de vie et le développement économique des populations du Sud.


Cette politique intégrée de développement a véritablement conquis les adhérents et sympathisants Démocrates. Tous ont bien compris, à la suite de la visite guidée de la salle de biométhanisation et de la chaudière à copeaux de bois, le potentiel de développement des énergies renouvelables et leur rôle dans le développement des territoires.

Yann Wehrling membre du bureau politique du MoDem, présent lors de cette visite, voit dans l’expérience de Beckerich un espoir pour une politique énergétique plus équilibrée en France. « sortir du nucléaire en France sera très difficile vu le poids politique des partisans de cette énergie. Le vrai compromis politique est de diviser par 2 au cours des 15 prochaines années la part du nucléaire dans la production électrique en profitant de la fermeture obligatoire des plus vieilles centrales ». Camille Gira est plutôt perplexe quant à un changement de politique en France. « Le gouvernement francais continue de mettre tous ses œufs dans le même panier lorsqu’il dit vouloir investir autant dans le nucléaire que dans les énergies renouvelables ! »

Penser global et agir localement avec des citoyens davantage acteurs de leurs destins tel est le message que nous livre la commune de Beckerich. D’une part, le changement climatique est un processus inévitable tout comme la mondialisation et il ne sert à rien de refuser les changements ; d’autre part, il est important de garder le sens des réalités et de replacer l’Homme au cœur de ce processus.

Finalement cette visite pourrait être une source d’inspiration pour l’élaboration d’un projet de politique au niveau des aglomérations de communes et des régions en France. Trois idées fortes semblent se dégager.

La cohésion territoriale européenne est certainement une objectif important à intégrer pour renforcer et étendre l’impact d’une politique dans le domaine des transports, de l’énergie et de l’habitat. Le Bourgmestre de Beckerich ne s’y est pas trompé. Il fonde d’ailleurs de grands espoirs dans la coopération européenne à travers par exemple le programme européen SEMS1 visant à développer des systèmes de gestion intelligents des réseaux électriques.

Les acteurs de l’économie sociale et solidaire (coopératives, mutuelles, fondations, associations, entreprises sociales) jouent un rôle moteur dans le développement local. Ils demandent une meilleure reconnaissance et une plus grande autonomie financière. La réflexion porte donc sur le développement de financeurs solidaires (banques coopératives, incubateurs sociaux…).

Enfin, les collectivités territoriales doivent adopter une démarche de long terme et montrer l’exemple en se dotant notamment d’infrastructures à énergie passive et d’un réseau d’installations en énergies renouvelables.

Mise en service depuis 2004 la coopérative « Biogass Beckerich » collecte chaque année le lisier et fumier de 19 fermes propriétaires. Elle dispose d’un module de cogénération unique au Luxembourg et d’une chaudière. Elle produit en moyenne 6.000 m3 de biogaz par jour et alimente l’équivalent de 120 ménages via le réseau de chaleur.

Ce projet de biométhanisation représente un investissement de 4 millions d’euros financé à 53% par le Ministère de l’Agriculture le reste en apport de capital et ligne de financement auprès de la banque Dexia.