jeudi 30 décembre 2010

+15° !

Je viens de recevoir ce graphique suffisamment étrange pour que je le mette sur mon blog (et sous réserve que des infos confirment cela dans les prochains jours).

Ce graphique est une mesure de température prévisionnelle pour les 15 prochains jours à une altitude de 1500 mètres au Groenland.
La courbe rouge indique la moyenne de températures des trente dernières années (environ -17°).
La courbe blanche est la température enregistrée aujourd'hui (0° au début du graphique, le 30 décembre) et prévisionnelle pour les prochains 15 jours.
Soit 15° de différences les prochains jours !

D'après le modèle de prévision numérique américain (GFS), si le nord de l'Europe et l'Europe de l'Est vont encore connaître du froid pour ces prochains jours, ce n'est pas le cas du Canada au Groenland où les températures seront très douces pour le passage à la nouvelle année.

Mais c'est surtout sur le nord de l'Atlantique et au Groenland que les températures seront anormalement élevées pour la saison, avec des anomalies chaudes de plus de 10 degrés en surface et 15 degrés à 1500 m. Quand on sait que c'est le réchauffement des pôles avec la fonte des glaces à la clef qui aura le plus de conséquences, on a de quoi regarder cela de très très près.

A part ça, l'année 2010 aura quand même été marquée par l'extrême écoute faite aux climato-sceptiques.

dimanche 26 décembre 2010

durcissement du bonus écologique : bonne, mais inssufisante mesure.

Dans le détail, ce durcissement est un recentrage du bonus vers des véhicules réellement peu polluants. En ce sens, c'est une bonne logique car dans sa version initiale, la mesure était plus un soutien à l'industrie automobile qu'une aide aux particuliers.

Mais avant d'être une opération écologique, il n'en demeure pas moins que la raison réelle de cette mesure est la rigueur budgétaire qui a conduit le gouvernement à raboter toutes les dépenses... et particulièrement les dépenses issues du Grenelle qui ne sont pas équilibrées (et pour cause, le gouvernement se refuse à toute mesure permettant des rentrées fiscales ! pas de taxe carbone, pas de malus suffisant).

En effet, n'osant s'accompagner d'un véritable "malus" en direction des véhicules les plus polluants qui permettrait de rééquilibrer les comptes, on reste dans une logique fiscale qui tend à ne froisser personne (ni particuliers propriétaires de véhicules très polluants, ni constructeurs de ces mêmes véhicules). Ceci nuit globalement à la mesure du fait de la balance très négative pour les comptes publics.

Soutenir la filière de la voiture propre, encore bien imparfaite techniquement, est pourtant une mesure stratégique à la fois d'un point de vue industriel et commercial, et aussi d'un point de vue de la lutte contre la précarité énergétique. sur ce dernier point, pourquoi ne pas, par ailleurs, imaginer, en vis à vis d'une mesure de "malus" visant les véhicules les plus polluants, un
bonus sur critères de revenus afin de permettre aux ménages les plus pauvres, notamment en milieu rural peu fournis en transports en commun, d'acquérir un véhicule peu consommateur ?

En tout état de cause, le durcissement du bonus écologique dont le décret est publié aujourd'hui, apparaîtra, au yeux de tous, après le tout récent gel des énergies renouvelables, comme un recul supplémentaire sur les questions environnementales.

jeudi 9 décembre 2010

Sommet sur le Climat : le pétrole doit financer le renouvelable

La contrainte économique que fait peser la hausse du prix des énergies fossiles sur les économies des grandes puissances est le meilleur ami de la lutte contre le réchauffement climatique.

Car, du côté des négociations internationales, si des avancées existeront sur la lutte contre la déforestation par exemple, – et il ne faut pas en minimiser l’importance – elles risquent fort d’être très insuffisantes. Il est ainsi fort peu probable que les Etats-Unis et la Chine acceptent de réduire chez eux leurs émissions de Co2 à hauteur de ce que le Giec demande. Et l’Europe serait bien inspirée de ne pas oublier, lorsqu’elle fera ses remontrances à la Chine, de penser que notre outil industriel et productif, délocalisé en Chine principalement, c’est aussi une délocalisation de nos propres émissions de Co2. Cet aspect des choses confirme s’il en était besoin que les émissions de CO2 sont mondialisées car notre économie l’est. C’est donc une responsabilité collective où chacun doit réduire ses émissions chez lui mais aussi inclure dans ses émissions ce que ses importations impliquent ailleurs. Ceci est notamment vrai pour l’Europe et les Etats-Unis qui auraient beau jeu de pointer du doigt la Chine sans accepter leurs parts de responsabilité dans les émissions du géant asiatique.

Il faut faire preuve d’un certain réalisme même s’il est loin de faire la part belle à une quelconque morale ou responsabilité de notre génération sur les générations futures. Ce réalisme c’est accepter le postulat de base qu’aucune mesure de réduction des émissions de gaz à effet de serre n’a de chance d’aboutir si, d’une manière ou d’une autre, elle entrave le développement économique. Les décideurs économiques et politiques sont sous la pression de la prise de conscience citoyenne, avec pour précieux allié les considérations économiques d’un coût toujours plus élevé des énergies fossiles. Mais, dans l’immédiat et parce qu’il est difficile de répondre au long terme sans tenir compte prioritairement du court terme, ils ne peuvent se cantonner qu’à des déclarations rassurantes masquant difficilement une action qui reste marginale au regard des enjeux.

Pour autant, il ne s’agit nullement de faire preuve de pessimisme. Au contraire, les rendez-vous internationaux tels que Cancun et les suivants doivent être le terrain d’une émulation inventive… parce que nous n’avons pas d’autres choix. Le mécanisme des quotas connaît ses limites. Tout en le poursuivant, il faudra indéniablement inventer encore et encore. Le principe d’une taxe ou TVA carbone doit être, par exemple, remis sur la table, quitte à fonctionner, dans un premier temps, dans une logique « expérimentale» et se discuter y compris dans d’autres sommets tels que ceux sur le commerce mondial. Mais elle n’aurait d’intérêt que si elle alimente un fonds « climat » international destiné à financer la recherche des alternatives aux énergies fossiles. Le bénéfice tiré des énergies fossiles (qui sera de plus en plus important dans les mois et années à venir) doit servir à financer les technologies propres.

Car là est, à n’en pas douter, la solution. La plupart des décideurs, pour peu qu’ils sachent se défaire des influences des lobbies de la production et de la vente des énergies fossiles, doivent et peuvent souhaiter qu’à performance économique équivalente, le recours aux technologies et énergies propres est préférable à l’usage massif du charbon, du gaz et du pétrole.

Chaque État ou groupe d’États a donc intérêt à renforcer encore son engagement dans cette course enthousiasmante vers les technologies propres qui pourrait faire tourner, demain, notre économie avec une croissance acceptable parce que durable. L’Europe a, à ce titre, une force et une faiblesse. Sa force : la volonté de son opinion publique. Sa faiblesse : son incapacité à agir unie. Pourtant, ce qu’elle put faire au lendemain de la guerre avec la PAC, elle devrait pouvoir le refaire avec une PEC (Politique Énergétique commune) qui, rêvons, pourrait être l’élément de relance de la dynamique européenne aujourd’hui en panne. Les projets Desertech (solaire thermique) ou Transgreen (transport longue distance de l’électricité) démontrent que les projets et la volonté sont là.

Point de chimères quoi qu’il en soit. Demain sera un monde qui devra considérablement réduire les consommations de ses machines et moteurs et qui pourra chercher son énergie du côté de ce que le soleil, le vent, les courants marins, ou les déchets nous fournissent en quantité largement suffisante. Mais demain ne sera pas un monde sans énergie fossile, ce sera un monde utilisant ce qu’il lui reste d’énergie fossile avec responsabilité et parcimonie. Demain, nos enfants ne comprendront pas comment nous avons pu, à ce point, gaspiller une ressource aussi précieuse et utile pour des applications autrement plus utiles à l’humanité que de faire tourner des moteurs.

lundi 15 novembre 2010

google news résume parfaitement la séquence du remaniement

Je viens d'aller consulter l'actualité sur la rubrique "actualités" de Google.fr.
A la rubrique "divertissement", que trouve-t-on en une : Sarkozy en direct mardi soir à la télévision".
Je félicite vraiment Google d'avoir choisi de mettre cette information dans la rubrique "divertissements".





vendredi 29 octobre 2010

Nagoya "Une heureuse nouvelle pour la planète qui nécessitera un engagement sans faille pour l'avenir'

L'accord survenu à Nagoya pour enrayer l'érosion de la biodiversité est une très heureuse nouvelles pour la planète. Cet accord rompt avec la longue liste des échecs des sommets internationaux pour l'environnement. C'est un signal donné à tous les pays pour passer enfin à l'action, au même titre qu'ils le firent pour le climat.

Car comme toujours, l'accord est un point de départ qui doit mobiliser maintenant tous les Etats signataires afin que les engagements pris soient traduits dans les faits.

Cet accord n'est en effet pas contraignant et nécessitera une observation attentive, par exemple, des décisions de la probable future présidente brésilienne, Dilma Roussef, connue pour son soutien aux grands aménagements en forêt amazonienne, de la poursuite ou non des déboisements à Sumatra et Bornéo pour y faire pousser de l'huile de palme qui sert à produire un bio-fuel utilisé partout dans le monde, et des efforts de la France qui figure parmi les 10 pays hébergeant le plus grand nombre d'espèces animales et végétales en danger. Enfin, une fois de plus, il restera indispensable de continuer le dialogue avec les Etats Unis qui ne sont pas signataires de cet accord et dont on peut deviner la part de responsabilité dans l'érosion mondiale de la biodiversité.

Au delà de l'enthousiasme de Chantal Jouanno, l'absence remarquée du Ministre de l'Ecologie et du Président de la République à ce sommet majeur ont donné le sentiment d'un désintérêt au plus haut sommet de l'Etat sur cette question cruciale. Le gouvernement doit donc désormais démontrer qu'il entend respecter les engagements pris dans le cadre de cet accord, en présentant aux Français son plan et les moyens mis en oeuvre pour appliquer les décisions prises à Nagoya.

jeudi 28 octobre 2010

Pour un tribunal d'opinion international sur le climat et la biodiversité

TRIBUNE publiée sur le monde.fr le 27 octobre 2010, à deux jours de la fin du Sommet de Nagoya sur la biodiversité.

J'ajoute ici une réponse que j'apportais au sujet de cette idée que j'avance d'une taxe "biodiversité" qui, dès qu'on parle de "taxe" suscite des réactions hostiles (compréhensibles par ailleurs vu le contexte économique et la pression économique exercée sur les ménages) :

Cette idée de "bio-taxe" (forme de TVA) mérite en effet quelques développements qu'une tribune ne permettent pas, surtout que le sujet principal était de lancer l'idée d'un tribunal d'opinion sur le climat et la biodiversité.

Mon analyse est, à ce stade, la suivante (à défaut de solutions meilleures que je suis prêt à entendre) :

La logique de la TVA verte telle qu'elle a commencé à être discutée au plan européen (mais avortée pour laisser la place à la TVA "restauration") ce peut être une opération "blanche" pour le consommateur, voire une opération bénéfique pour le consommateur vertueux. Ainsi, deux solutions sont imaginables : une TVA majorée pour les produits impactant l'environnement et une TVA minorée pour les produits bénéfiques. L'esprit c'est : rendre les produits bons pour l'environnement moins chers et les produits mauvais, plus chers. L'un dans l'autre, pas de changement ni pour le consommateur, ni pour les caisses de l'Etat... simplement, le signal donné est du côté des industriels qui sont incités à modifier leurs produits pour que la TVA majorée ne leur soit plus appliquée. Le problème de cette formule est l'absence totale de "crédits" pour l'Etat et donc aucun financement ne s'en dégage pour soutenir les évolutions des productions et des activités.

Autre formule, on applique simplement une TVA majorée pour les produits impactants (c'est ce que je suggère dans ma tribune).
1- à la différence d'une TVA uniforme sur tous les produits, elle n'est ciblée que sur certains produits parmi les plus altérant la biodiversité.
2- cela peut et doit conduire les consommateurs à orienter leurs choix vers les produits peu impactants;
3- cela peut et doit conduire, les producteurs à modifier leurs productions pour réduire les impacts environnementaux et donc, se voir appliquer une TVA moindre
4- cela permet d'alimenter un fonds d'investissement dans les techniques et recherches permettant de réduire les impacts de nos activités sur l'environnement (pollueur-payeur)
5- la logique générale est de laisser d'une certaine manière le choix aux consommateurs et aux industriels (c'est à dire éviter la forme règlementaire et normative), en agissant uniquement sur le volant économique des prix, en internalisant les coûts environnementaux dans les productions qui ne les ont, à ce jour, pas intégrées, et qui sont, d'ores et déjà, à la charge du contribuable (impacts sanitaires à la charge de la SECU, "réparation" des milieux naturels à la charge du ministère de l'écologie, etc...).

mercredi 27 octobre 2010

Les représentants de l'environnement au Conseil économique social et environnemental

quelqu'un pourrait-il me dire en quoi ...

Annick du ROSCOAT, présidente d’honneur du CNI
Ange SANTINI, maire UMP de Calvi,
Hugues MARTIN Adjoint au maire UMP de Bordeaux
Pierre CHARON Consultant en com de Sarkozy UMP
Claire GIBAULT conseillère d'arrondissement de Paris Majorité présidentielle
et Raymond-François LE BRIS, ex proche de Giscard

sont "des personnalités qualifiées en raison de leurs compétences en matière d’environnement et de développement durable" ?

« en raison de leur compétence en matière d’environnement et de développement durable »

mercredi 13 octobre 2010

L'Europe renonce au moratoire sur les forages en eaux profondes

La réalité rattrape vite les bons sentiments.
Ainsi, la glu visqueuse du pétrole continue-t-elle encore d'étouffer les oiseaux de mers de Louisiane que la fin de la récréation est déjà sifflée par les exploitants pétroliers, agissant avec le renfort de leurs gouvernements respectifs.

Comment pourrait-il en être autrement ?
La pression pour sortir de terre toujours et encore plus de pétrole est colossale.
Chercher le pétrole partout où il y en a, et toujours plus loin, sous les mers, sous les glaces des pôles, ...telle est la tendance.

Ceci se fait au moment même où se discutent les contenus des accords sur le réchauffement climatique pour le prochain sommet de Cancun, comme si deux mondes se côtoyaient, l'un avançant, l'autre reculant.

Oui, nous vivons dans deux mondes : celui du pétrole et celui du post pétrole. Il y a tension, fortes contradictions, et cette décision européenne en est la démonstration éclatante.

Preuve s'il en est que sans technologies de remplacement du pétrole et face à des économies qui ont besoin d'énergie, il est irrémédiable que du pétrole sorte des sous-sols pour nourrir cette économie. C'est un peu comme si celui qui a soif tentait en vain de fermer le robinet.

En réalité, si le robinet ne peut être maîtrisé, employons-nous enfin à financer notre intelligence, celle à trouver la solution non dans la seule sobriété sans doute nécessaire, mais indéniablement limitée, mais dans la recherche et l'innovation pour les énergies renouvelables par les énergies fossiles elles-mêmes. Les énergies fossiles sont et seront de plus en plus lucratives. Qu'elles financent lourdement les renouvelables. Là est le nerf de la guerre. Cancun doit assez franchement acter une forte taxation mondiale de l'énergie fossile, à proportion des profits qu'elle dégage, et alimenter un fonds mondial pour le climat. Il n'y a in fine, pas d'autres solutions que de faire financer l'alternative aux pollutions par les pollutions elles-mêmes : le pollueur doit être le payeur...

Et cessons de nous leurrer sur les garanties contre les accidents. Elles ne seront jamais suffisantes car il y a tant de forages et tant de volumes transportés, qu'il faut s'attendre à d'autres marées noires... la loi des probabilités rend cela inéluctable.

Nicolas Sarkozy salue le courage des chiliens

C'est bien de saluer le courage des chiliens et il est vrai que de tels grands élans d'humanité font chaud au coeur.
Encore faudrait-il ne pas oublier que l'Etat chilien fait preuve d'un engagement pour ce sauvetage qui contraste avec les moyens dérisoires qu'il a daigné consacré à la surveillance des mines au cours des dernières années.
Et puisqu'on parle de "courage", on aurait aussi aimé entendre notre Président saluer le courage du comité Nobel dans son choix en faveur de Liu Xiaobo

vendredi 8 octobre 2010

Courageux Comité Nobel

L'attribution du prix Nobel de la Paix au dissident chinois Lio Xiaobo est doublement courageux de la part du Comité Nobel.
Courageux parce que c'est une marque de résistance aux pressions qu'a exercées le gouvernement chinois.
Mais courageux surtout parce que le message principal est envoyé non pas à la Chine mais à la communauté internationale.
Ce message c'est celui de dire qu'il serait peut-être enfin temps d'ouvrir les yeux, et d'arrêter d'être faible. Car la force de ce régime repose essentiellement sur la faiblesse de la communauté internationale... aussi prompte à saluer la décision du comité Nobel que de normaliser aussi vite que possible les relations diplomatiques pour ne pas nuire aux relations commerciales.

Ne serait-il pas temps enfin, que les démocraties de cette planète osent enfin se réunir, entre démocraties, pour poser ouvertement le problème "chinois" dont l'irrespect des droits de l'Homme sur son territoire et au Tibet n'a d'égal que son irrespect des droits sociaux et environnementaux qu'il met à mal partout dans le monde ?

Le monde a besoin que ce grand Pays change, se démocratise. Certains ont pensé que leur développement économique et notre commerce avec eux les changeraient de l'intérieur. C'est un échec... du moins pour ceux pour qui l'argent avait moins d'importance que la démocratisation d'un immense pays. Mais même pour ceux qui ne pensent qu'aux "affaires", point trop d'illusions sur le long terme : on ne commerce pas durablement, dans la confiance et sans soucis avec un régime totalitaire. Rester faible, c'est laisser de fait les dissidents croupir en prison, mais c'est aussi, pernicieusement, devenir nous-mêmes des prisonniers, de plus en plus dépendants, de ce régime.

lundi 4 octobre 2010

la relève ?

Le dernier numéro du magazine du Monde titre sur la jeune garde de la politique française, et dresse le portrait des 10 responsables des formations de jeunesse des principaux partis français (lien sur l'article).

J'y ai jeté un œil attentif, me sentant à la charnière entre la génération "en place" et cette nouvelle génération qui arrive. Et ayant moi-même eu un parcours de "jeune militant", j'ai voulu voir si les choses s'amélioraient ou s'aggravaient.
Difficile d'être optimiste.

Ma sévérité de jugement est à la fois aisée et délicate.
Aisée, car je ne connais aucun des intéressés (ou presque) et je tiens donc globalement un jugement totalement déconnecté des personnes.
Délicate parce que j'ai moi-même connu en partie un pareil parcours dont j'ai toutefois su me défaire et dont je conclue qu'il n'est pas souhaitable qu'il se reproduise.

Quel est ce constat sévère :
- 2 permanents de la structure de jeunesse de leur parti (la socialiste et le communiste)
- 3 assistants parlementaires (la verte, le radical valoisien, le nouveau centre)
- 2 conseillers régionaux, donc élus sur un scrutin de liste (l'UMP et le FN)
- 3 employés sans rapport avec leur action politique (la radicale de gauche, le modem, et la NPA)
Autrement dit, sur les 10 flambeaux de la relève politique française, seuls 3 gagnent leur vie dans un monde qui n'est pas celui de la "politique".

Or, l'un des grands problèmes de la vie politique française, ainsi que le décrivent nombre de sociologues et de politologues, est le mode de sélection du personnel politique, à savoir que ce cercle s'autoreproduit selon un système où vous commencez "salarié d'élus ou de partis" avant de devenir vous-même élu. Ainsi, une vie de politique peut se dérouler sans que jamais vous n'ayez connu la vie de ceux que vous voulez administrer. C'est une véritable bulle qui vous déconnecte singulièrement des soucis, tracas, réflexions et préoccupations de millions et millions de personnes.

Il n'est pas aisé, pour tout dire, de faire autrement. Il faut une sacrée dose de volonté pour choisir d'avoir une action politique en ayant par ailleurs un emploi "sans rapport" avec la dite action politique. Faire de la politique sur "votre temps libre", c'est vous faire déborder et écraser par ceux qui font cela à plein temps. Ensuite, vous manquez de temps car les réunions, les déplacements, les tractations, etc... sont horriblement chronophages. Tout conduit à faire cela à plein temps. Tant et si bien que, par réalisme, pragmatisme, ou résignation, nombreux sont ceux qui, concernés ou observateurs, concluent que la politique est un métier et qu'il faut la professionnaliser.

Si cela semble faire consensus, c'est parce qu'une majorité des "politiques" (ainsi que le démontre cet article du magazine du Monde) sont pris à plein temps dans cette action politique.
Et pourtant, la politique n'est pas vraiment à comparer à n'importe quel métier où le temps passé, l'expérience, l'investissement à plein temps seraient gage de compétences et de capacité à "faire bien".
Ma propre observation aurait même tendance à me faire penser l'inverse. Ainsi ai-je pu constater que les idées nouvelles et les pratiques nouvelles étaient bien plus souvent le fait de personnes pour qui l'action politique était un temps de leur vie sans en être l'essentiel.

Michel Rocard répète souvent que "les qualités requises pour accéder au pouvoir sont exactement opposées à celles nécessaires pour l'exercer". Un pied dans la réalité de l'emploi, dans le privé, le public, le libéral, l'entreprise, ... n'importe où ailleurs que dans la politique, est un passage infiniment utile pour qui veut administrer les affaires publiques. Cela invite à la modestie, au sens des réalités, à la connexion indispensable avec d'autres métiers.

Bien entendu, député, maire ou président d'un conseil général est une fonction qui exige de s'y consacrer pleinement. Mais c'est un temps dans la vie et sans doute est-il infiniment souhaitable d'avoir fait autre chose, avant... et après. Souhaitable pour l'administré... souhaitable pour l'élu lui-même.

samedi 2 octobre 2010

Retraites : des chiffres et des lettres

Les chiffres : 899000 ou 3 millions de manifestants
Les lettres : malaise face à une bienveillance pour les uns, surdité pour les autres. 

Tel le jeu télévisé, on est dans le jeu des chiffres. Si ce n'était ridicule au regard des enjeux, cela en serait drôle. 
899 000 manifestants côté gouvernement. Un chiffre presque rond, comme les prix un poil en dessous pour faire "moins cher". Déjà le 23 septembre, le même amusement a prévalu. 
Côté syndicats : 3 millions. 
Qui dit vrai ? Peu importe au fond. 
Ce qui reste vrai, c'est que tout ceci est un gâchis. Pas de véritable négociation côté gouvernement... ne serait-ce qu'avec les syndicats les plus raisonnables... car en l'occurrence, une réforme est nécessaire, et le passage de 60 à 62 ans est raisonnable. Mais quand François Chéreque fait un geste en proposant un report de la décision sur les 67 ans, il accepte en creux et sans le dire les 62 ans et fait ce geste dont on aimerait voir l'équivalent côté gouvernement. Mais qu'il est regrettable de constater, en face, un orgueil gouvernemental qui ne correspond plus à la gouvernance qui prévaut de plus en plus dans la plupart des pays développés. Partout en Europe, les grandes réformes sont débattues avec une envie de consensus, ou du moins de large majorité. Les français auraient été majoritairement favorables à une réforme, y compris en acceptant l'allongement à 62 ans... mais cette manière de n'écouter rien ni personne heurte, clive, déroute, interroge.

Car pour tout dire, le malaise, on le sent bien, est plus profond. Cette majorité semble se fermer à une population qui, pour une partie, a pourtant voté pour elle. Les révélations de privilèges donnés aux plus aisés, que les lois et les faits confirment, entrent en choc frontal avec cette surdité face au malaise des classes moyennes et des plus faibles.  Le malaise naît de ce contraste si perceptible entre cette bienveillance accordée aux plus aisés et refusée à tous les autres. 

jeudi 5 août 2010

Le Vélib parisien fête ses 3 ans... et à Strasbourg, toujours rien !

A l'enthousiasme des débuts a succedé un peu de déception, mais au final, ça marche.
Le Vélib s'est installé à Paris et a trouvé son public : des citadins ou des touristes qui ont adopté le vélo, provisoirement, le temps d'un déplacement, sans se soucier de l'entretien et de la crainte du vol ou du vandalisme.

162000 abonnés parisiens en 2010 est la preuve du succès.
Une application Iphone permet de localiser les stations et le nombre de vélos disponibles..
Lyon s'y était mis et le concept se développe dans toutes les grandes villes à Marseille, Toulouse, Lyon, Besançon... mais pas à Strasbourg.

Pourquoi ?
Au départ, un certain dogmatisme de ceux qui refusent le partenariat avec un publicitaire.
Mais la demande est là. Le seul argument d'une ville déjà très "cyclophyle" ne suffit plus. Le concept, s'il a du succès dans les espaces urbains, vaut partout et indépendamment du fait qu'il y a déjà beaucoup de cyclistes. Ce concept : c'est le vélo facile et avec un minimum de contraintes (réparation, vol, points de stationnement nombreux, non obligation de rapporter le vélo au point initial, retrait par borne et par carte bancaire en quelques minutes, abonnement possible à la journée) pour un coût très très modeste. L'usager est autant le cycliste occasionnel, le touriste, que le cycliste régulier. Ce vélo libre service s'adapte aux contraintes des gens (notamment les non habitués du 2 roues) et non l'inverse. Au final, le bilan, c'est encore plus de déplacements à vélo.

Mais les élus strasbourgeois n'ont pas pu rester sourds aux pressions, et un système présenté comme "voisin" a été mis en place. Mais contrainte majeure au regard de l'efficacité du Vélib : rapporter le vélo au point où l'a cherché. Rien d'autre en réalité qu'un système de location de vélo qui ne permet pas la liberté du vélib. Quant au coût pour le denier public, sans partenaire privé, à n'en pas douter, il ne sera pas négligeable.

mercredi 4 août 2010

humanités

Un ami militant vient de diffuser cet échange de courrier entre une nonne et le secrétaire général de la CGT.
Rares sont les mails "militants" qui font rire positivement et qui donnent, avec plaisir, à découvrir les gens (les nonnes et Bernard Thibault) sous un jour bien sympathique qu'on ne soupçonnait pas.


Lettre adressée par Soeur M. à la C.G.T. :

Madame, Monsieur,

Religieuse cloîtrée au monastère de la Visitation de Nantes, je suis sortie, cependant, le 19 juin,
pour un examen médical. Vous organisiez une manifestation. Je tiens à vous féliciter pour l'esprit bon enfant qui y régnait.
D'autant qu'un jeune membre de votre syndicat m'y a fait participer !
En effet, à
mon insu, il a collé par derrière, sur mon voile, l'autocollant CGT après m'avoir fait signe par une légère tape dans le dos pour m'indiquer le chemin.
C'est donc en faisant de la publicité pour votre
manifestation que j'ai effectué mon trajet.

La plaisanterie ne me fut révélée qu'à mon retour au monastère. En communauté, le soir, nous

avons ri de bon coeur pour cette anecdote inédite dans les annales de la Visitation de Nantes.

Je me suis permis de retraduire les initiales de votre syndicat (CGT = Christ, Gloire à Toi).

Que voulez-vous, on ne se refait pas.

Merci encore pour la joie partagée. Je prie pour vous.


Au revoir, peut-être, à l'occasion d'une autre manifestation..


Soeur M.


Réponse du secrétaire général de la C.G.T.

Ma soeur,

Je suis persuadé que notre jeune camarade, celui qui vous a indiqué le chemin, avait lu dans vos
yeux l'humanité pure et joyeuse que nous avons retrouvée dans chacune des lignes de votre lettre.

Sans nul doute il s'est agi d'un geste inspiré, avec la conviction que cette pointe d'humour " bon

enfant " serait vécue comme l'expression d'une complicité éphémère et pourtant profonde.

Je vous pardonne volontiers votre interprétation originale du sigle de notre confédération, car

nous ne pouvons avoir que de la considération pour un charpentier qui a révolutionné le monde.

Avec tous mes sentiments fraternels et chaleureux.


Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT

vendredi 30 juillet 2010

EPR à 5 milliards d'euros = éolien 3 fois moins cher

Coût estimé à ce jour de l'EPR de Flamanville : 5 milliards d'euros.
Sa puissance : 1650 Mw

Coût estimé à ce jour d'un mat éolien de 80 m de diamètre : entre 1.5 et 2 millions d'euros
Sa puissance : 2Mw

Rapporté au coût du Mw : nucléaire = 3 millions €/Mw ; éolien = 1 million €/Mw. Donc, l'éolien est aujourd'hui 3 fois moins cher que le nucléaire. Même si l'EPR avait coûté effectivement 3 milliards d'euros, il resterait 1.8 fois plus cher que l'éolien.

Bien évidemment, des contestations tout azimut sur le coût réel du nucléaire et de l'éolien circulent... tant et si bien que le non expert y perd son latin. Approximativement, l'un dans l'autre, il devient de plus en plus évident que le ratio de 1 à 3 n'est pas loin de la vérité.
N'allons pas en déduire que nous devons couvrir tout le territoire de mâts éoliens. Cela étant, à choisir, personnellement, si on ne devait tenir compte que du denier public, mon choix est fait.

Mais il y a la question technique et il faut être - ou tenter d'être - objectif. L'éolien, du fait de son intermittence, implique ou du stockage ou une source de production de complément rapidement mobilisable (rapidement mobilisable, en gros, pour l'heure, c'est du charbon, du fioul ou du gaz).
En réalité, plus qu'une alternative nucléaire versus éolien, pour peu qu'on sorte des dogmes pro ou anti nucléaire ou pro et anti éolien, ou de logiques industrielles commerciales discutables, le vrai changement est un changement de mentalité : à savoir sortir d'une mentalité où une seule énergie pourvoit à tous les besoins, et aller vers un concept de "multiples sources" : un véritable "mixte énergétique". Le nucléaire existant produit de l'énergie, dont acte, utilisons la. Est-il nécessaire de construire de nouvelles centrales dans les 10-20 ans qui viennent ? C'est discutable tant du point de vue du coût que d'un point de vue environnemental.
Le mixte énergétique de demain, c'est aller beaucoup plus énergiquement (si je puis dire) vers les autres sources (centrale solaire, méthanisation, hydrolien, géothermie). Ces dernières, c'est vrai, n'ont pas encore cette rentabilité qui pourrait leur permettre de concurrencer aussi bien le nucléaire ou les énergies fossiles. Mais, comparativement au nucléaire par exemple, il faut dire qu'elles ne bénéficient pas encore de suffisamment de soutiens en R&D d'une part et de projets en nombre suffisant qui leur permettraient à la fois une amélioration des performances et une standardisation des composants et donc une baisse du coût de fabrication. Mais nous n'en sommes pas loin... et précisons de plus que le coût de démantèlement d'une centrale nucléaire est infiniment plus élevé que celui du démantèlement d'une unité de méthanisation ou d'une centrale solaire, ce dont il n'est pas tenu compte dans les calculs d'investissements initiaux.
Quant au gisement, rien que dans le solaire, il est époustouflant : en 6 heures, les déserts de la planète reçoivent par le soleil plus d'énergie que ce que toute l'humanité consomme en 1 an !

Last but not least, la France et plus encore l'Europe ne sont pas assez réactifs face aux mouvements qui se font tant aux Etats Unis qu'en Chine. Relever le défi des énergies de demain (soleil, vent, biomasse principalement) est un tournant industriel que ces deux grandes puissances sont sérieusement en train de prendre. Si la France poursuit sa stratégie de préférer le nucléaire, elle conquerra au mieux des marchés marginaux, au pire, continuera dans l'échec. Quant à l'Europe, nous avons heureusement quelques pays qui tentent de se positionner : l'Allemagne pour le photovoltaïque ou l'éolien, voire la méthanisation, l'Espagne sur les centrales solaires, le Danemark sur l'éolien... mais c'est une stratégie industrielle et commerciale qu'il faut mener à l'échelon européen et le nucléaire français contribue à bloquer la réflexion à ce niveau continental pourtant essentiel.
A la limite, pour être réaliste et constructif, compte tenu de la majorité politique en France qui, de manière assez transversale à gauche comme à droite, reste favorable à cette stratégie industrielle et énergétique, construisons un compromis politique qui consisterait à poursuive pendant quelques années, en quasi solo cette tentative de "vendre notre" nucléaire en mettant en place, en parallèle, des instruments de mesures indépendants du secteur nucléaire afin qu'ils évaluent la pertinence économique et technologique de poursuivre dans cette direction. Compromis toujours : rééquilibrons les investissements énergétiques du nucléaire vers les renouvelables. ET ouvrons grand le chantier d'une stratégie européenne industrielle, commerciale et énergétique (une PEC, Politique Energetique Commune) permettant à notre continent de ne pas rater le tournant historique du renouvelable que sont en train de prendre Etats-Unis et Chine.

jeudi 29 juillet 2010

FIn de la corrida en Catalogne




Au risque d'en agacer certains, je suis ravi que la Catalogne ait voté la fin des corridas.

Eh oui, chers amis partisans de la corrida...il faudra vous y faire. Maintenant, ce sera la feria sans le spectacle de la bête qu'on s'amuse à tuer à petit feu devant un public qui doit prendre un plaisir comparable à celui que prenait la foule massée dans le Colysée devant quelques gladiateurs qui s'écharpaient.

Nous avons, en majorité, un minimum de conscience qui nous évite de prendre un quelconque plaisir à tuer ou faire souffrir... y compris un animal. Et cette conscience, précisément, est, dit-on, ce qui nous sépare des bêtes.
Mais réflexion faite, il y a assez peu de bêtes qui prennent du plaisir à tuer ou faire souffrir un autre animal... sauf mon chat peut-être, quand il torture une souris avant de la manger. Les comportementalistes des animaux de compagnie vous expliqueront que ce jeu du chat résulte du fait que, enfermé et nourri aux croquettes, son instinct de chasseur est contrarié. Pour le satisfaire, il lui faut "faire semblant" de chasser en se dépensant physiquement avant de manger sa proie. Voilà qui expliquerait ce qui reste d'animal chasseur chez nous humains. Il nous faut un exutoire pour satisfaire cet instinct contrarié de chasseur.

Personnellement, contrairement à mon chat, je me suis pris un peu de temps pour réfléchir et j'ai décidé de contrôler quelque peu mon instinct contrarié... et somme toute, j'y arrive très bien... comme la majorité des députés catalans.

mardi 13 juillet 2010

villes et villages bio-diversifiés


Avec l'été, voilà revenu la course aux petites fleurs dans les rues des villes et villages et aussi sous les panneaux indicateurs d'entrée de communes.

Le concours "villes et villages fleuris" (les petites fleurs en bas des panneaux d'entrée de commune) existe depuis des décennies et si pour certains maires l’obtention des 3 ou 4 fleurs de labellisation est une fierté, pour d'autres, c'est une corvée.

Il est incontestable qu'un village fleuri est plus beau qu'un village qui ne l'est pas.
Et puis, qui oserait émettre une critique sur une démarche aussi bon enfant et sympathique.

Un rabat-joie, à coup sûr.

Je veux bien jouer ce rôle l’espace d’un instant. Car à y regarder de plus près :

- le budget consacré au fleurissement n’est pas négligeable pour les communes. Ce coût est d’autant plus important que la commune n’est pas naturellement (rareté d’espaces verts) ou spontanément (fenêtres, balcons et pignons des particuliers) fleurie.

- que ce même budget est souvent et opportunément rangé au chapitre du budget environnement et peut même constituer le principal poste de ces dépenses prétendument environnementales. L'opération de com (pas si rares) permet de masquer le fait que le conséquent budget "fleurissement"a pour effet le flétrissement des crédits des autres actions environnementales. Dès lors, le budget « environnement » n’implique pas – on le savait déjà – une politique dé développement durable digne de ce nom.

- toujours au plan environnemental, même si on utilise enfin moins de pesticides et d’engrais chimiques, qui n’a pas vu, ces derniers jours, aux heures les plus chaudes de la journée, des agents communaux arroser à grand jet les massifs et les pots de fleurs suspendus (60% d'évaporation pour 40% d'arrosage !)

Alors certes, en naviguant sur le site du comité national des villes et villages fleuris, on peut lire que les critères de jugement « tiennent compte » du développement durable. On en attendait pas moins. On peut toutefois deviner que cette « prise en compte », légitime et signe de l’air du temps, ne remplace pas les autres critères qui forment le cœur de ce concours : à savoir le « taux » de fleurissement de la commune.

Mais le propos n’est pas ici de dénigrer un concours qui a ses adeptes et qui, somme toute, transforme parfois très positivement une commune. Ceci d’autant plus que la participation à ce concours demeure une démarche non obligatoire et donc volontaire… même si, pour bien des maires, la participation au concours est devenu une obligation politique.

Par contre, la labellisation des communes pourrait fort bien connaître quelques variantes au moins aussi pertinentes que le fleurissement : l’action sociale, la préservation de la biodiversité, la qualité de l’eau, de l’air, etc…

Le Grenelle de l’environnement avait envisagé une telle démarche pour reconnaître les communes exemplaires dans la préservation de la biodiversité. Reste à le faire… et pourquoi pas sur le modèle de ce qui fut fait pour le concours des villes et villages fleuris, c'est-à-dire sous la forme d’une association impulseé et financée par le gouvernement et par la distribution, par concours, d’un label « biodiversité ». Un ensemble de critères (plantation de haies, pose de refuges, maintien d’îlots, renaturation de berges, champs d’expansion des crues de rivière, non usage de pesticides et d’engrais chimiques, plantation de prairies fleuries, fauchage tardif, …) serait défini au plan national par un comité scientifique. Seraient décernés, chaque année, des labels autorisant les communes à afficher à leurs entrées une, deux, et jusqu’à cinq libellules (par exemple, car la libellule est symbole d’une nature riche préservée).

Au gré de mes rencontres avec des maires, j’ai l’intuition qu’ils seraient nombreux à solliciter ce label, non seulement parce qu’il permettrait de rendre visibles des efforts qu’ils font d’ores et déjà depuis longtemps, mais aussi parce que ceci permettrait de valoriser une dépense publique hautement utile qui serait appreciée autant par le contribuable que par le touriste. Appreciée car - malgré les mauvaises herbes que certaines villes laissent aujourd’hui pousser (et qui, c’est vrai, ne sont pas d’un excellent effet dans l’opinion publique*) - il est établi qu’un bon état de la biodiversité dans une commune signifie en général que l’eau et l’air y sont également de bonne qualité.

En conséquence, l’objectif serait de viser, par l’exemplarité des premières communes labellisées, un effet d’entrainement qui poussera de plus en plus de communes à rechercher cette labellisation.




* une politique dite « zéro phyto » conduit certaines communes à ne plus désherber les pieds d’arbres, bordures de trottoirs et de rues. Cette visibilité d’une action pourtant positive est risquée car l’opinion publique (qu’on peut toujours tenter d’avoir à l’usure !) accepte mal ce qui reste à leurs yeux, un « non entretien ». Or, favoriser la biodiversité comporte des aspects qui peuvent être positivement perçus : ilots, renaturation des berges, pose de refuges, visibilité de nouvelles espèces, plantation de haies et de prairies fleuries…). L’acceptabilité par les citoyens de toute politique, aussi vertueuse soit-elle, est primordiale. Il serait très dommage de mettre en danger une politique favorable à la biodiversité simplement en provoquant un rejet de la part des habitants par la négligence de l’entretien des abords de trottoirs et des pieds d’arbres (ceci d’autant plus qu’existent des techniques mécaniques de binages et de désherbages thermiques. Pour les pieds d’arbres, on peut aussi envisager la plantation de plantes couvrantes plus esthétiques et étouffantes de ce qu’on appelle « les mauvaises herbes ». Ceci implique un coût qui reste toutefois comparable à ce que fut l’épandage d’engrais – tous coûts internalisés. Coûts par ailleurs nécessaires si on veut sauver le « zéro phyto ».

mardi 6 juillet 2010

le bébé et l'eau du bain... suite

On a vu le Président de la République plus prompt à proposer des réformes quand la société était prise de soubresaut après tel délit, tel crime ou tel méfait.
Les révélations quotidiennes sur l'affaire Bettencourt et son cortège de petits et grands dérapages comportementaux de ministres ne constituent-ils pas un émoi suffisant dans la société pour justifier une réforme ?

Écoutant comme tout le monde, tous les jours et toutes les heures les commentaires des uns et des autres, je ne suis pas vraiment favorable aux démissions demandées. Du moins, celles-ci n'auraient aucun sens si elles devaient masquer le problème de fond : le système des avantages et libéralités laissées aux élus qui gangrène structurellement l'exercice de la fonction élective.

Je serais à la place du Président, je n'hésiterais plus - et sans tarder - à poser sur la table du Parlement un texte de loi qui aurait la portée de ce que fut en son temps la réforme du financement des campagnes électorales et des partis politiques. A chaque crise de système comme le furent les affaires de financement des partis politiques, doit être tiré bénéfice d'une évolution positive et nécessaire des règles. La moralisation de la vie politique a connu un progrès avec le mode transparent et public de financement des campagnes électorales et des partis politiques, il doit connaître son second volet avec une loi de moralisation des droits et devoirs des élus de la République. Cette loi pourrait préciser en toute transparence les droits et devoirs financiers et comportementaux des élus, à tous les niveaux (gouvernement, parlements, collectivités locales). La limitation décente du cumul des indemnités devrait y figurer, y compris les revenus issus des fonctions annexes exercées dans des conseils d'administration d'établissements publics ou les revenus issus de retraites perçues alors même que l'élu exerce encore des fonctions suffisamment bien rémunérées. Cette loi devrait enfin mettre en place un véritable statut de l'élu permettant, entre autre, à ce dernier, de disposer de tous les outils nécessaires à son retour à la vie de "non élu".

Une telle loi, si elle était suffisamment forte, à savoir suffisamment exigeante pour remettre en cause immédiatement des cumuls et pratiques indécentes, au sommet de l'État mais aussi dans les collectivités locales mettrait devant leurs responsabilités celles et ceux qui sont aujourd'hui brocardés, mais aussi celles et ceux qui brocardent.

Une loi puissante en terme de moralisation remettrait bien légitimement beaucoup de privilèges acquis, dont profitent des élus de gauche comme de droite. Il y aura ceux qui admettront qu'ils peuvent "avoir" moins et ceux qui feront tout pour ne renoncer à rien.
A n'en pas douter, lors du vote au Parlement et dans les débats qui le précéderont, ce sera l'heure de vérité... et des masques tomberaient !

lundi 5 juillet 2010

Ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain, mais le bébé n'est quand même pas très propre




L'affaire Woerth, les cigares de Blanc, les voyages chers de Joyandet, le salaire de Christine Boutin, les logements de la République pour la famille, l'avion du Président, etc... créent une "overdose anti-politique" dans l'opinion publique. Le contexte de rigueur - qui ne veut pas dire son nom - et qui veut imposer aux français un régime minceur, rend cela encore plus insupportable.

Pour autant, comme le disait un politologue, les français dans leur majorité, ne reprochent pas vraiment aux politiques de bien se rémunérer, mais leur demandent de le faire à condition que cela serve l'intérêt général... bref, que cela serve à tous et pas seulement le simple confort personnel de l'élu ou de ses proches. Ce sentiment que le politique est impuissant face à une situation économique qu'il ne contrôle pas rendent ses libertés d'usage du denier public particulièrement détestables.

Dans ce contexte, la tribune Rocard-Veil, venant tel un seau d'eau visant à éteindre le feu, n'a qu'un effet limité sur un brasier déjà bien fort. Nous apprendrions que ses deux sages de la vie politique - ordinairement peu virulents à propos du Président de la République - ont été mis sur la voie de cette expression commune par un proche de l'Elysée, que je n'en serais pas surpris. Cela étant, je ne peux que partager la raison à laquelle ils appellent. Entre le déni des uns et le lynchage par les autres, on a en effet besoin d'appeler au calme.
Mais ce calme doit servir à résoudre le problème car problème il y a malgré tout. Calme pour pousser la classe politique, dans son ensemble et par délà les clivages, à traiter un problème qui touche la droite comme la gauche.

Car en réalité, même s'il sait cyniquement que la montée de l'extrême droite qui découle de tout cela, inéluctablement, le sert électoralement, le PS aurait bien tort de penser que les braises sur lesquelles il souffle ne l'emporteraient pas lui aussi. Les études d'opinion ne disent d'ailleurs pas autre chose : la gauche n'est pas épargnée par cette majorité de français qui ne disent pas que seule l'UMP serait corrompue, ils disent que TOUs les politiques sont corrompus.

Rien ne servirait de demander l'arrêt général des lynchages si, dans le même temps, on ne cherche pas à éteindre toutes ces petites étincelles qu'on a mis sous la paille. Ces étincelles sont celles de tous ces dérapages d'argent des élus, de droite, comme de gauche : au sommet de l'Etat, mais aussi dans les assemblées parlementaires et les grandes collectivités locales. Les abus sont bel et bien là et tout le monde le sait. Ils sont nombreux, et équitablement répartis entre gauche et droite (cela aussi tout le monde le sait et rend les envolées de la gauche quelque peu risibles). Et les premières victimes ne sont pas vraiment les élus concernés, souvent protégés dans leurs tours d'ivoire, mais les élus de terrain, petits maires, conseillers généraux ruraux, disposant rarement de hauts niveaux de rémunérations et d'avantages (bien au contraire), mais injustement mis dans le même grand sac.

Le pire n'est d'ailleurs pas vraiment que ces abus existent, mais que ceux qui en sont responsables, les élus eux-mêmes, ne comprennent plus en quoi le montant de leurs revenus ou avantages en nature sont devenus indécents. Beaucoup d'entre eux ont pris l'habitude de niveaux élevés, voire très élevés, de rémunération. Ils se comparent entre eux et non plus avec les français exerçant des responsabilités comparables. Ils trouvent tout à fait normal de gagner et cumuler des milliers d'euros de revenus par mois.

On repère bien cette déconnexion avec les règles élémentaires d'éthique ou de décence dans l'affaire Woerth. Les principaux intéressés continuent - et sans doute avec sincérité - de ne pas voir où est le problème de conflits d'intérêts entre les fonctions de ministre du budget et les relations professionnelles familiales avec de très gros contribuables qu'ils sont censés imposer ou contrôler, ou entre les fonctions de ministre du budget et de trésorier du parti au pouvoir.
Il en va de même pour le régime indemnitaire des parlementaires et des élus des grandes collectivités. Ils ne voient pas où est le problème de gagner tant d'argent.
C'est exactement le même problème avec le cumul des mandats. Les principaux concernés ne voient pas où est le problème.

Et on le sait bien, notre Pays, comme ont su le faire d'autres pays avant nous, doit faire un lourd de travail de moralisation de sa vie politique : limitation du niveau de rémunération des parlementaires et des élus des grandes collectivités locales (indemnités + jetons de présence dans les organismes où ils siègent - transparence sur la totalité des rémunérations et avantages en nature) - en parallèle de quoi revalorisation des indemnités des élus des petites communes - statut de l'élus pour permettre un retour aisé à la vie de "non élus" - limitation stricte du cumul de mandat et de rémunérations, ....

Les fusibles, exemples, ou décisions unilatérales de renoncement à tel mandat ou privilège sont tout à l'honneur des intéressés, mais seule la règle générale éteindra le feu.

Cet indendie, à la faveur de toutes ces affaires, ne s'arrêtera pas. Les logiques des médias sont ainsi faites que la machine est lancée et après le gouvernement, viendra, comme en Grande Bretagne, le tour des parlementaires, puis celui des élus des grandes collectivités locales. Les concernés, comme ils le font depuis trop longtemps, auront beau jeu de dénoncer le populisme de leurs détracteurs. Ce sera un peu court pour l'opinion publique.

Ne perdons plus trop de temps dans la moralisation générale de l'action politique... c'est avant tout une question de décence et d'éthique vis à vis des contribuables. C'est aussi une nécessaire anticipation d'effets dangereux sur notre démocratie par la montée du vrai populisme... celui qui se traduira immanquablement - si rien n'est fait de sérieux - dans les urnes, par un splendide retour de l'extrême droite.

mercredi 5 mai 2010

malgré tout, il faut voter le Grenelle 2

Il faut voter le Grenelle 2 car, malgré certaines avancées qu'on n'y trouve pas, il en contient d'autres absolument nécessaires et qu'il serait dommageable de rejeter ou retarder.

Par ailleurs, il est faux de dire que le texte est un recul pour justifier un vote négatif.
Il ne contient certes pas tout ce qu'on aurait aimé qu'il contienne, mais ne pas avancer, ce n'est pas forcément reculer.
Soyons assez objectifs pour faire la part des choses entre ce qu'il faut appeler "avancées" et ce qu'il faut qualifier de "statuquo" et non de "recul".
On ne peut pas être contre tout le volet d'efficacité énergétique dans le bâtiment ou l'idée de trame verte bleue. Ce sont des avancées incontestables.
Ne pas réduire vraiment les pesticides, c'est un statu quo, pas un recul. C'eut été un recul que de proposer quelque chose qui revienne à augmenter l'usage des pesticides.
Ne pas se donner les outils règlementaires pour un vrai développement de l'éolien, ce n'est pas arracher du sol les éoliennes existantes... c'est un statuquo, pas un recul. Et encore, l'amendement le plus problématique des 15Mw minimum de tout nouveau parc a été supprimé et, in fine, le développement de l'éolien restera possible, bien que plus contraint.

Je ne veux pas excessivement défendre un texte qui me déçoit, notamment sur les pesticides, c'est vrai.
Mais je ne supporte plus les prises de positions qui ne se fondent pas sur une analyse objective mais sur des visions ou jusqu'au boutiste (ça va pas assez loin donc je suis contre), ou politicienne (c'est la droite qui propose, donc je suis contre).

Deux petites phrases me reviennent en conclusion :
- celle entendue l'autre jour de Claude Coasguen, député UMP : "Le Grenelle, on l'a fait. On aurait aussi bien ne rien faire du tout".
- celle de Michel Rocard, qui la répète souvent : "les réformes importantes, si on veut les voir aboutir, il ne faut pas les rendre trop médiatiques"

En effet, il n'y avait aucune raison pour le gouvernement actuel de s'engager dans une démarche que fut celle du Grenelle. Ils l'ont fait. Et comparativement à ce que firent les gouvernements précédents, de gauche comme de droite, avec ou sans verts dedans, ils ont fait mieux. L'air du temps me direz-vous. Peut-être. Il n'en reste pas moins que c'est mieux.
Et paradoxalement, le fait de l'avoir médiatisée, d'avoir mis de la passion là où on a besoin de raison... a fini par affaiblir la démarche.

Avancées, il y a.
Avancées, il devra continuer à y avoir, c'est certain.

vendredi 30 avril 2010

L'horreur écologique dans le golfe du Mexique

Les chiffres sont terrifiants :
5 barils par jours se déversent dans la mer et il faudra des dizaines de jours pour colmater la brèche à plus de 1500 mètres de fond.
40 000 m3 déjà dans l'océan
entre 2 et 4 fois plus que l'Erika
5 navires sont sur place, 1000 hommes, 2 plate forme, 5 avions,
400 espèces animales seront touchées, vraisemblablement gravement, avec la disparition possible des espèces les plus endémiques.

A n'en pas douter, il doit y avoir dans nos têtes une vague et inavouable pensée selon laquelle tout ceci est trop loin de nous pour nous concerner.
Et pourtant, ce qui se profile fait mal au ventre.
Doit-on nous repasser tous les petits films de notre enfance qui expliquent en quoi consiste la "chaîne alimentaire" et l'interdépendance d'une espèce sur l'autre. Que lorsqu'une espèce disparaît ici, c'est un enchaînement en cascade qui provoque la disparition de toutes les espèces qui se nourrissaient ou vivaient grâce à cette espèce qui a disparu ?

Une marée noire c'est un concentré de tout le mal que nous arrivons à faire à la planète.
C'est un éclairage peu glorieux de notre dépendance épouvantable au pétrole que nous cherchons partout et avec frénésie
C'est un gaspillage sévère et massif, en peu de temps, de l'eau, ressource naturelle autrement plus essentielle que le pétrole,
C'est enfin et surtout un coup de napalm sur la biodiversité d'un coin de la planète... et pour le coup, l'une des plus riches en biodiversité (les marais et les zones côtières).

Je serais un dirigeant de BP, j'inviterais qui veut dans le monde à venir sur les côtes souillées pour aider au nettoyage et au sauvetage des animaux englués. Je défraierais chaque personne et lui donnerais une combinaison complète de protection. Si une telle offre était faite, je donnerais une semaine de mon temps pour y aller.

Mais de deux choses l'une :
Ou bien on se résigne à se lamenter ainsi à raison d'une à deux fois par an, au rythme des grosses marées noires qui se succèdent immanquablement. Quand on sait combien de forages existent (il y a quelques 3500 plate-formes identiques à celle qui a sombré rien que dans le golfe du Mexique), combien de navires sillonnent les océans, on peut aisément comprendre avec un simple calcul de probabilité, que des marées noires, nous en aurons d'autres.
Seconde solution, on commence enfin sérieusement à mettre le paquet sur les énergies de remplacement au pétrole.

Car on pourra toujours imaginer de nouvelles mesures de sécurité, à ce niveau de dépendance, avec une telle quantité de pétrole en circulation, l'épée de Damoclès tombera encore et encore. A chaque fois que nous ferons le plein d'essence, nous saurons que nous en déversons quelques gouttes dans les mangroves de Louisiane, sur quelques oiseaux marins de Vendée, et sur quelques goélands de l'Alaska.

Des choix sont à faire pour la voiture électrique et des chauffages sans fioul de nos maisons, et pas seulement à la marge dans des micro-mesures expérimentales et gadget qui concernent moins d'1% de nos consommations.
Une course contre la montre est engagée. Il faut aller plus vite que la raréfaction d'une ressource fossile qu'on ira chercher toujours plus loin tant qu'on en demandera. Il faut aller plus vite parce qu'à chaque nouvelle marée noire, ce seront à nouveau un bout de biodiversité en moins, biodiversité qu'on ne remplace pas, qu'on ne répare pas, qui disparaît à jamais.

Par exemple, il faudrait investir 10 milliards d'euros par an pendant 40 ans dans un espace comprenant l'Europe et le pourtour méditerranéen pour que des centrales solaires thermiques fournissent la totalité des besoins énergétiques de la même zone géographique. A titre de comparaison, un EPR coûte environ 4 milliards d'euros et nous achetons chaque année pour 50 milliards d'euros de pétrole et de gaz à la Russie et au Moyen Orient.
Et aux atermoiements, y compris de certains écologistes qui ont fini par trouver quelques imperfections à ces projets de centrales solaires, je leur demande s'ils préfèrent continuer de regarder avec consternations les mangroves pleines de vie se transformer en cimetière-bouillie d'hydrocarbures.

Marchant dans la rue, utilisant ma voiture, voyant les parkings, je m'impatiente de voir toutes ses voitures devenir plus petites, donc moins gourmandes, (en énergie et en place occupée au sol). J'aimerais les voir rouler toutes à l'électrique avec des bornes électriques de recharge sur les parkings ou des stations service transformées en station d'échange de batteries déchargées contre des batteries chargées.
Rentrant chez moi, allant chez d'autres, allant au bureau, je m'impatiente de voir tous nos bâtiments alimentés par des réseaux de chaleurs alimentés eux-mêmes par des chaudières au bois ou au méthane.

Je ne crois pas que ce soit encore une question d'argent tant le retour sur investissement me semble évident (sans parler des économies non délocalisables que cela induit). C'est vraiment une décision politique et stratégique à prendre dans l'intérêt des contribuables et des espèces animales et végétales, et donc en toute indépendance des lobbies vendeurs de vieilles énergies.

mardi 27 avril 2010

l'environnement et l'agriculture, un mariage à consolider .






Le Ministre de l'Agriculture a indiqué, ce matin, qu’en raison de la crise, il eut fallu être plus « souple » sur les normes environnementales. Il a par ailleurs évoqué deux pistes d’amélioration des revenus des exploitants : le rapprochement des filières céréalières et d’élevage d’une part et les agro carburants à base de colza d'autre part.

Concernant les mesures environnementales, notamment sur la question de la gestion de l’eau : de deux choses l’une.
Soit les mesures environnementales sont injustifiées et il faut donc les abroger définitivement, où elles sont pertinentes en terme de durabilité de l’agriculture et alors il n’y a pas d’assouplissement qui se justifie. En matière environnementale, l'argument d'une crise revient à sous-entendre que la protection de l'environnement est une affaire de riches qui se fait quand la situation économique est bonne. Autrement dit, quand ça va mal, on peut dégrader l'environnement. Plus personne ne peut raisonner ainsi. On sait que ce qui est gâché aujourd'hui est à réparer demain de façon très coûteuse pour les générations futures... y compris les générations futures d'agriculteurs. Économiser l’eau et améliorer la qualité biologique des terres sont des mesures environnementales, mais aussi des mesures de durabilité pour l’agriculture de demain.

Par contre, l'idée de rapprocher les filières est une illustration souhaitable de ce qu’on appelle les « circuits courts ». Puisqu’il s’agit de trouver les productions et activités qui augmentent les revenus des agriculteurs, oser dire que nous devons privilégier les circuits internes à l’Union européenne et moins l’exportation internationale n’est pas du protectionnisme, c’est du bon sens environnemental, et c'est bon pour notre agriculture. Il s’agirait également de diversifier et valoriser les cultures maraîchères et fruitières et développer les réseaux de distributions plus directs vers le consommateur.

Enfin, dans le domaine de l’énergie, les rapports se multiplient pour mettre en garde contre un usage non alimentaire des terres agricoles. A choisir (et nous savons que dans les années à venir, nous aurons de plus en plus à choisir), nos terres doivent nous nourrir plutôt que faire rouler nos voitures. Or, dans le monde, la valorisation énergétique des déchets agricoles et alimentaires se révèle productrice d’énergie. Nous devrions sans tarder développer cette filière qui, confiée à des exploitants agricoles, serait source de revenus complémentaires non négligeables.

Ainsi, circuits courts, préservation des fonctions écologiques de la terre et de l'eau, qualité alimentaire et énergie renouvelable constituent vraisemblablement les solutions rémunératrices des agriculteurs et sont non seulement compatibles avec les mesures environnementales mais sont surtout totalement liées à ces dernières.

mercredi 14 avril 2010

Homo = pédophile ?

J'ai lu dans la presse les propos du cardinal Tarcisio Bertone, commentant les affaires de pédophilie qui secouent l'Eglise catholique. Il disait en gros qu'il y avait "un lien entre pédophilie et homosexualité".
On aurait volontiers envie d'ignorer ce catholicisme rétrograde que certains religieux peuvent incarner.

Mais le problème est que, dans la bouche d'une personne de haut rang, (le n°2 du Vatican !), elle accrédite ce que beaucoup trop de gens pensent encore et que traduit cette manière très ancienne de qualifier les homosexuels quand ont dit d'eux que sont des pédés. Même racine que "pédophile" et pour cause puisque l'origine de ce terme est à rechercher dans un passé pas si lointain où l'homosexualité était illégale et où on définissait faussement l'homosexualité masculine comme l'attrait pour les jeunes hommes, voire de très jeunes hommes.

Les temps ont changé. Les législateurs de bien des pays du monde (pas assez) ont enfin compris que l'homosexuel aime une personne de même de sexe, mais pas les enfants. Que le pédophile quant à lui aime les enfants, y compris ceux de sexe opposé au sien. Heureusement, distinction est enfin faite dans le droit et on a aujourd'hui le droit d'être homosexuel et la pédophilie est condamnable et condamnée. Distinction reconnue dans le droit, mais l'est-elle dans l'esprit de certains catholiques et plus généralement de certains religieux extrémistes ? L'est-elle dans l'esprit de tout un chacun ? On sait bien que non. L'objectif est clair : la pédophilie est une perversion; si homosexualité et pédophilie sont liées, donc l'homosexualité est une perversion.
Et comme toute différence minoritaire n'est jamais à l'abri de l'arbitraire de l'opinion majoritaire, tout propos de ce type, loin d'être une liberté d'opinion, est un retour en arrière nauséabond menaçant le droit juridique de chacun de vivre sa différence.

L'Eglise est accusée d'avoir fermé les yeux sur la pédophilie avérée de nombreux prêtres. L'omerta ou le déni dans lesquels elle s'est enfermée ne sont pas excusables. Les propos du cardinal donnent comme le sentiment d'une volonté de détourner l'attention des pratiquants qui voudraient bien l'entendre (et il y en a malheureusement). Détourner leur attention sur cette cible déjà mainte fois utilisée par l'Eglise : l'homosexualité.
Tout cela ne fait qu'aggraver la crise dans laquelle se trouve l'Eglise. Jouant dans le registre de l'attaque pour se défendre, elle régresse de manière bien préoccupante au moment même où tout le monde lui demande de rompre avec ses vieux démons.

Ses vieux démons sont ceux de son obscurantisme lié à sa doctrine et sa morale dépassée sur la sexualité de manière générale. Bien des croyants, et des catholiques, ont une autre vision de la sexualité, moins puritaine, plus ouverte, et moins susceptible d'ailleurs de couvrir de véritables perversions que sont la pédophilie. On peut avoir une interprétation différente de la Bible. C'est aussi une question d'adéquation avec son temps.

mardi 30 mars 2010

Il faut sauver le soldat Grenelle



Les associations ne doivent pas quitter le processus de Grenelle car cela le condamnerait.


Le Grenelle est certes en recul et le retrait du projet de taxe carbone en est la marque. Cela étant, il faut rester constructif et continuer de faire avancer tout ce qui peut l’être. Sans quoi, tous ceux qui, dans la majorité actuelle et leurs alliés ou amis, veulent détricoter ce qui a été construit gagneront la partie et au manque d’avancées succédera des reculs tout azimut.


Le Grenelle n’a jamais été autre chose qu’une négociation entre des parties a priori en désaccord mais désireuses de trouver les compromis auxquels une large majorité de la population aspire.


L’attitude actuelle du gouvernement et du Président de la République a une explication, peu défendable au regard de la planète, compréhensible du point de vue politique.

En effet, avoir lancé le Grenelle, c’était donner un éclairage indéniable à un nombre important d’associations, leurs revendications, et leurs représentants. Si des avancées ont été obtenues, une des conséquences peu agréables pour le gouvernement qui a initié ce processus est la récupération politique et électorale qui en fut faite au travers d’Europe Écologie lors des élections européennes et régionales. Plusieurs associations qui ont participé au Grenelle et y participent toujours ont également joué un rôle dans la construction d’Europe Écologie alors même qu'on attend des associations une distanciation du champ politique afin de garantir leur caractère de contre-pouvoir : Le soutien affiché de Nicolas Hulot la veille des européennes, des têtes de liste dans la Grand Est et le grand Ouest issus de deux des principales associations partie prenante du Grenelle, FNE et Greenpeace… tout cela a donné le sentiment que le Grenelle a renforcé un tissus associatif qui n'a pas résisté aux sirènes d'Europe Ecologie. Le tout ayant eu pour résultat de créer une force politique qui a renforcé l’opposition au gouvernement actuel en participant partout à des alliances avec le PS. Bref, pour une majorité de responsables UMP, ils se sont dit, "à quoi bon faire le Grenelle si c'est pour renforcer l'opposition". On peut les comprendre même s'il est affligeant de constater que la conséquence collatérale est la planète. C'est ce qui s'appelle "jeter le bébé avec l'eau du bain"... autrement dit " jeter l'écologie avec les écologistes".


Mais la planète ne saurait faire les frais de ces considérations « électorales ».


Sauver le Grenelle, c’est réunir urgemment tous les acteurs et mettre à l’ordre du jour tous les sujets qui fâchent, y compris, pourquoi pas, cette question politique de la confiance qui doit revenir entre un gouvernement et un réseau associatif qui doit garantir son indépendance au regard du jeu politique. Les associations doivent aussi clarifier leur indépendance ... ou y renoncer... mais être claires.


Sur les dossiers, un bilan d’étape est indispensable et doivent être posés sur la table les dossiers qui font aujourd’hui désaccord, mettre de côté ceux sur lesquels on ne pourra plus avancer maintenant, et lister tous les sujets sur lesquels il est encore possible d’avancer… quitte à revenir au point de départ sur un certain nombre de dossiers tels que la fiscalité écologique.


Parce que les atteintes à la planète sont en général des actes irréversibles, on ne peut admettre des reports à des lendemains meilleurs.