vendredi 29 octobre 2010

Nagoya "Une heureuse nouvelle pour la planète qui nécessitera un engagement sans faille pour l'avenir'

L'accord survenu à Nagoya pour enrayer l'érosion de la biodiversité est une très heureuse nouvelles pour la planète. Cet accord rompt avec la longue liste des échecs des sommets internationaux pour l'environnement. C'est un signal donné à tous les pays pour passer enfin à l'action, au même titre qu'ils le firent pour le climat.

Car comme toujours, l'accord est un point de départ qui doit mobiliser maintenant tous les Etats signataires afin que les engagements pris soient traduits dans les faits.

Cet accord n'est en effet pas contraignant et nécessitera une observation attentive, par exemple, des décisions de la probable future présidente brésilienne, Dilma Roussef, connue pour son soutien aux grands aménagements en forêt amazonienne, de la poursuite ou non des déboisements à Sumatra et Bornéo pour y faire pousser de l'huile de palme qui sert à produire un bio-fuel utilisé partout dans le monde, et des efforts de la France qui figure parmi les 10 pays hébergeant le plus grand nombre d'espèces animales et végétales en danger. Enfin, une fois de plus, il restera indispensable de continuer le dialogue avec les Etats Unis qui ne sont pas signataires de cet accord et dont on peut deviner la part de responsabilité dans l'érosion mondiale de la biodiversité.

Au delà de l'enthousiasme de Chantal Jouanno, l'absence remarquée du Ministre de l'Ecologie et du Président de la République à ce sommet majeur ont donné le sentiment d'un désintérêt au plus haut sommet de l'Etat sur cette question cruciale. Le gouvernement doit donc désormais démontrer qu'il entend respecter les engagements pris dans le cadre de cet accord, en présentant aux Français son plan et les moyens mis en oeuvre pour appliquer les décisions prises à Nagoya.

jeudi 28 octobre 2010

Pour un tribunal d'opinion international sur le climat et la biodiversité

TRIBUNE publiée sur le monde.fr le 27 octobre 2010, à deux jours de la fin du Sommet de Nagoya sur la biodiversité.

J'ajoute ici une réponse que j'apportais au sujet de cette idée que j'avance d'une taxe "biodiversité" qui, dès qu'on parle de "taxe" suscite des réactions hostiles (compréhensibles par ailleurs vu le contexte économique et la pression économique exercée sur les ménages) :

Cette idée de "bio-taxe" (forme de TVA) mérite en effet quelques développements qu'une tribune ne permettent pas, surtout que le sujet principal était de lancer l'idée d'un tribunal d'opinion sur le climat et la biodiversité.

Mon analyse est, à ce stade, la suivante (à défaut de solutions meilleures que je suis prêt à entendre) :

La logique de la TVA verte telle qu'elle a commencé à être discutée au plan européen (mais avortée pour laisser la place à la TVA "restauration") ce peut être une opération "blanche" pour le consommateur, voire une opération bénéfique pour le consommateur vertueux. Ainsi, deux solutions sont imaginables : une TVA majorée pour les produits impactant l'environnement et une TVA minorée pour les produits bénéfiques. L'esprit c'est : rendre les produits bons pour l'environnement moins chers et les produits mauvais, plus chers. L'un dans l'autre, pas de changement ni pour le consommateur, ni pour les caisses de l'Etat... simplement, le signal donné est du côté des industriels qui sont incités à modifier leurs produits pour que la TVA majorée ne leur soit plus appliquée. Le problème de cette formule est l'absence totale de "crédits" pour l'Etat et donc aucun financement ne s'en dégage pour soutenir les évolutions des productions et des activités.

Autre formule, on applique simplement une TVA majorée pour les produits impactants (c'est ce que je suggère dans ma tribune).
1- à la différence d'une TVA uniforme sur tous les produits, elle n'est ciblée que sur certains produits parmi les plus altérant la biodiversité.
2- cela peut et doit conduire les consommateurs à orienter leurs choix vers les produits peu impactants;
3- cela peut et doit conduire, les producteurs à modifier leurs productions pour réduire les impacts environnementaux et donc, se voir appliquer une TVA moindre
4- cela permet d'alimenter un fonds d'investissement dans les techniques et recherches permettant de réduire les impacts de nos activités sur l'environnement (pollueur-payeur)
5- la logique générale est de laisser d'une certaine manière le choix aux consommateurs et aux industriels (c'est à dire éviter la forme règlementaire et normative), en agissant uniquement sur le volant économique des prix, en internalisant les coûts environnementaux dans les productions qui ne les ont, à ce jour, pas intégrées, et qui sont, d'ores et déjà, à la charge du contribuable (impacts sanitaires à la charge de la SECU, "réparation" des milieux naturels à la charge du ministère de l'écologie, etc...).

mercredi 27 octobre 2010

Les représentants de l'environnement au Conseil économique social et environnemental

quelqu'un pourrait-il me dire en quoi ...

Annick du ROSCOAT, présidente d’honneur du CNI
Ange SANTINI, maire UMP de Calvi,
Hugues MARTIN Adjoint au maire UMP de Bordeaux
Pierre CHARON Consultant en com de Sarkozy UMP
Claire GIBAULT conseillère d'arrondissement de Paris Majorité présidentielle
et Raymond-François LE BRIS, ex proche de Giscard

sont "des personnalités qualifiées en raison de leurs compétences en matière d’environnement et de développement durable" ?

« en raison de leur compétence en matière d’environnement et de développement durable »

mercredi 13 octobre 2010

L'Europe renonce au moratoire sur les forages en eaux profondes

La réalité rattrape vite les bons sentiments.
Ainsi, la glu visqueuse du pétrole continue-t-elle encore d'étouffer les oiseaux de mers de Louisiane que la fin de la récréation est déjà sifflée par les exploitants pétroliers, agissant avec le renfort de leurs gouvernements respectifs.

Comment pourrait-il en être autrement ?
La pression pour sortir de terre toujours et encore plus de pétrole est colossale.
Chercher le pétrole partout où il y en a, et toujours plus loin, sous les mers, sous les glaces des pôles, ...telle est la tendance.

Ceci se fait au moment même où se discutent les contenus des accords sur le réchauffement climatique pour le prochain sommet de Cancun, comme si deux mondes se côtoyaient, l'un avançant, l'autre reculant.

Oui, nous vivons dans deux mondes : celui du pétrole et celui du post pétrole. Il y a tension, fortes contradictions, et cette décision européenne en est la démonstration éclatante.

Preuve s'il en est que sans technologies de remplacement du pétrole et face à des économies qui ont besoin d'énergie, il est irrémédiable que du pétrole sorte des sous-sols pour nourrir cette économie. C'est un peu comme si celui qui a soif tentait en vain de fermer le robinet.

En réalité, si le robinet ne peut être maîtrisé, employons-nous enfin à financer notre intelligence, celle à trouver la solution non dans la seule sobriété sans doute nécessaire, mais indéniablement limitée, mais dans la recherche et l'innovation pour les énergies renouvelables par les énergies fossiles elles-mêmes. Les énergies fossiles sont et seront de plus en plus lucratives. Qu'elles financent lourdement les renouvelables. Là est le nerf de la guerre. Cancun doit assez franchement acter une forte taxation mondiale de l'énergie fossile, à proportion des profits qu'elle dégage, et alimenter un fonds mondial pour le climat. Il n'y a in fine, pas d'autres solutions que de faire financer l'alternative aux pollutions par les pollutions elles-mêmes : le pollueur doit être le payeur...

Et cessons de nous leurrer sur les garanties contre les accidents. Elles ne seront jamais suffisantes car il y a tant de forages et tant de volumes transportés, qu'il faut s'attendre à d'autres marées noires... la loi des probabilités rend cela inéluctable.

Nicolas Sarkozy salue le courage des chiliens

C'est bien de saluer le courage des chiliens et il est vrai que de tels grands élans d'humanité font chaud au coeur.
Encore faudrait-il ne pas oublier que l'Etat chilien fait preuve d'un engagement pour ce sauvetage qui contraste avec les moyens dérisoires qu'il a daigné consacré à la surveillance des mines au cours des dernières années.
Et puisqu'on parle de "courage", on aurait aussi aimé entendre notre Président saluer le courage du comité Nobel dans son choix en faveur de Liu Xiaobo

vendredi 8 octobre 2010

Courageux Comité Nobel

L'attribution du prix Nobel de la Paix au dissident chinois Lio Xiaobo est doublement courageux de la part du Comité Nobel.
Courageux parce que c'est une marque de résistance aux pressions qu'a exercées le gouvernement chinois.
Mais courageux surtout parce que le message principal est envoyé non pas à la Chine mais à la communauté internationale.
Ce message c'est celui de dire qu'il serait peut-être enfin temps d'ouvrir les yeux, et d'arrêter d'être faible. Car la force de ce régime repose essentiellement sur la faiblesse de la communauté internationale... aussi prompte à saluer la décision du comité Nobel que de normaliser aussi vite que possible les relations diplomatiques pour ne pas nuire aux relations commerciales.

Ne serait-il pas temps enfin, que les démocraties de cette planète osent enfin se réunir, entre démocraties, pour poser ouvertement le problème "chinois" dont l'irrespect des droits de l'Homme sur son territoire et au Tibet n'a d'égal que son irrespect des droits sociaux et environnementaux qu'il met à mal partout dans le monde ?

Le monde a besoin que ce grand Pays change, se démocratise. Certains ont pensé que leur développement économique et notre commerce avec eux les changeraient de l'intérieur. C'est un échec... du moins pour ceux pour qui l'argent avait moins d'importance que la démocratisation d'un immense pays. Mais même pour ceux qui ne pensent qu'aux "affaires", point trop d'illusions sur le long terme : on ne commerce pas durablement, dans la confiance et sans soucis avec un régime totalitaire. Rester faible, c'est laisser de fait les dissidents croupir en prison, mais c'est aussi, pernicieusement, devenir nous-mêmes des prisonniers, de plus en plus dépendants, de ce régime.

lundi 4 octobre 2010

la relève ?

Le dernier numéro du magazine du Monde titre sur la jeune garde de la politique française, et dresse le portrait des 10 responsables des formations de jeunesse des principaux partis français (lien sur l'article).

J'y ai jeté un œil attentif, me sentant à la charnière entre la génération "en place" et cette nouvelle génération qui arrive. Et ayant moi-même eu un parcours de "jeune militant", j'ai voulu voir si les choses s'amélioraient ou s'aggravaient.
Difficile d'être optimiste.

Ma sévérité de jugement est à la fois aisée et délicate.
Aisée, car je ne connais aucun des intéressés (ou presque) et je tiens donc globalement un jugement totalement déconnecté des personnes.
Délicate parce que j'ai moi-même connu en partie un pareil parcours dont j'ai toutefois su me défaire et dont je conclue qu'il n'est pas souhaitable qu'il se reproduise.

Quel est ce constat sévère :
- 2 permanents de la structure de jeunesse de leur parti (la socialiste et le communiste)
- 3 assistants parlementaires (la verte, le radical valoisien, le nouveau centre)
- 2 conseillers régionaux, donc élus sur un scrutin de liste (l'UMP et le FN)
- 3 employés sans rapport avec leur action politique (la radicale de gauche, le modem, et la NPA)
Autrement dit, sur les 10 flambeaux de la relève politique française, seuls 3 gagnent leur vie dans un monde qui n'est pas celui de la "politique".

Or, l'un des grands problèmes de la vie politique française, ainsi que le décrivent nombre de sociologues et de politologues, est le mode de sélection du personnel politique, à savoir que ce cercle s'autoreproduit selon un système où vous commencez "salarié d'élus ou de partis" avant de devenir vous-même élu. Ainsi, une vie de politique peut se dérouler sans que jamais vous n'ayez connu la vie de ceux que vous voulez administrer. C'est une véritable bulle qui vous déconnecte singulièrement des soucis, tracas, réflexions et préoccupations de millions et millions de personnes.

Il n'est pas aisé, pour tout dire, de faire autrement. Il faut une sacrée dose de volonté pour choisir d'avoir une action politique en ayant par ailleurs un emploi "sans rapport" avec la dite action politique. Faire de la politique sur "votre temps libre", c'est vous faire déborder et écraser par ceux qui font cela à plein temps. Ensuite, vous manquez de temps car les réunions, les déplacements, les tractations, etc... sont horriblement chronophages. Tout conduit à faire cela à plein temps. Tant et si bien que, par réalisme, pragmatisme, ou résignation, nombreux sont ceux qui, concernés ou observateurs, concluent que la politique est un métier et qu'il faut la professionnaliser.

Si cela semble faire consensus, c'est parce qu'une majorité des "politiques" (ainsi que le démontre cet article du magazine du Monde) sont pris à plein temps dans cette action politique.
Et pourtant, la politique n'est pas vraiment à comparer à n'importe quel métier où le temps passé, l'expérience, l'investissement à plein temps seraient gage de compétences et de capacité à "faire bien".
Ma propre observation aurait même tendance à me faire penser l'inverse. Ainsi ai-je pu constater que les idées nouvelles et les pratiques nouvelles étaient bien plus souvent le fait de personnes pour qui l'action politique était un temps de leur vie sans en être l'essentiel.

Michel Rocard répète souvent que "les qualités requises pour accéder au pouvoir sont exactement opposées à celles nécessaires pour l'exercer". Un pied dans la réalité de l'emploi, dans le privé, le public, le libéral, l'entreprise, ... n'importe où ailleurs que dans la politique, est un passage infiniment utile pour qui veut administrer les affaires publiques. Cela invite à la modestie, au sens des réalités, à la connexion indispensable avec d'autres métiers.

Bien entendu, député, maire ou président d'un conseil général est une fonction qui exige de s'y consacrer pleinement. Mais c'est un temps dans la vie et sans doute est-il infiniment souhaitable d'avoir fait autre chose, avant... et après. Souhaitable pour l'administré... souhaitable pour l'élu lui-même.

samedi 2 octobre 2010

Retraites : des chiffres et des lettres

Les chiffres : 899000 ou 3 millions de manifestants
Les lettres : malaise face à une bienveillance pour les uns, surdité pour les autres. 

Tel le jeu télévisé, on est dans le jeu des chiffres. Si ce n'était ridicule au regard des enjeux, cela en serait drôle. 
899 000 manifestants côté gouvernement. Un chiffre presque rond, comme les prix un poil en dessous pour faire "moins cher". Déjà le 23 septembre, le même amusement a prévalu. 
Côté syndicats : 3 millions. 
Qui dit vrai ? Peu importe au fond. 
Ce qui reste vrai, c'est que tout ceci est un gâchis. Pas de véritable négociation côté gouvernement... ne serait-ce qu'avec les syndicats les plus raisonnables... car en l'occurrence, une réforme est nécessaire, et le passage de 60 à 62 ans est raisonnable. Mais quand François Chéreque fait un geste en proposant un report de la décision sur les 67 ans, il accepte en creux et sans le dire les 62 ans et fait ce geste dont on aimerait voir l'équivalent côté gouvernement. Mais qu'il est regrettable de constater, en face, un orgueil gouvernemental qui ne correspond plus à la gouvernance qui prévaut de plus en plus dans la plupart des pays développés. Partout en Europe, les grandes réformes sont débattues avec une envie de consensus, ou du moins de large majorité. Les français auraient été majoritairement favorables à une réforme, y compris en acceptant l'allongement à 62 ans... mais cette manière de n'écouter rien ni personne heurte, clive, déroute, interroge.

Car pour tout dire, le malaise, on le sent bien, est plus profond. Cette majorité semble se fermer à une population qui, pour une partie, a pourtant voté pour elle. Les révélations de privilèges donnés aux plus aisés, que les lois et les faits confirment, entrent en choc frontal avec cette surdité face au malaise des classes moyennes et des plus faibles.  Le malaise naît de ce contraste si perceptible entre cette bienveillance accordée aux plus aisés et refusée à tous les autres.