mardi 27 décembre 2011

2011, année la plus chaude depuis 1900.

Et une de plus !

Meteo France l'annonce, 2011 aura été l'année la plus chaude jamais enregistrée depuis 1900.
Durant ce même long laps de temps, les 13 années les plus chaudes se concentrent sur les 15 dernières années, s'accompagnant au passage d'un déficit de pluie de -20% en moyenne. Tout cela laisse assez peu de place au doute sur la réalité d'un réchauffement climatique en cours. C'est, à ce stade, au regard des références de la période 1971-2000, +1.5° en plus. Le dernier record de 2003 était de +1,3°. L'accélération fait "froid" (si je puis dire) dans le dos. Récemment encore, le GIEC estimait que si rien n'était fait (et globalement, rien n'a été fait), on prendrait +0.12 à +0.26 ° par décennie. Les récentes mesures tendent à confirmer cela en fourchette haute. Quand on sait, toujours d'après les travaux du GIEC que 1° de changement de température déplace une zone climatique donnée de 200 à 300 km, on peut, à peu de choses près, mesurer les profondes modifications climatiques en Europe.

Bref, je ne me complairais pas dans l'alarmisme de certains dont la délectation à prédire le pire est détestable... mais cette annonce ne doit pas nous laisser indifférent.
Bien entendu, je lirais encore et toujours des commentaires de prudence sur l'interprétation à avoir de ces données. Et je suis tout disposé à les entendre. Pour autant, rien ne serait pire que d'attendre je ne sais quel autre signal pour réagir car réduire notre dépendance aux énergies fossiles demeure un objectif nécessaire. Si ce n'est pour des raisons climatiques, un tel objectif est au minimum nécessaire pour des raisons économiques.

En attendant, on a que trop parlé de l’obsédante question du nucléaire qui a dramatiquement absorbé le débat sur notre dépendance aux énergies fossiles et ses conséquences climatiques dramatiques, au moins aussi graves d'un point de vue environnemental... si ce n'est plus. Souhaitons que cette campagne présidentielle française n'oublie pas cet enjeu essentiel... vital.

mercredi 14 décembre 2011

La protection de la nature dans la campagne présidentielle ?


Honnêtement, avouons que ce sujet est complètement passé aux oubliettes. Mais aujourd'hui, avec François Bayrou, nous sommes allés observer les oiseaux sauvages en forêt d'Orient dans l'Aube. Un vent à décorner les boeufs (pour être plus juste : à décorner des aurochs que nous avons croisés dans cette forêt) ne nous a pas empêché de parler de protection de la nature à un moment où aucun politique n'en parle.

Depuis des mois, la question de l’environnement s’est résumée au nucléaire. Et des sujets fondamentaux tels que la protection de la nature ont été passés aux oubliettes. Lisez l’accord Verts-PS, on en dit presque rien. C’est un comble.

Après tout, mesure-t-on à quel point on parle là de questions vitales. Sans la nature, on ne respirerait pas (photosynthèse), on ne mangerait pas (production alimentaire), ou ne boirait pas (qualité de l’eau). La nature est tout simplement un patrimoine (oublié) de l'humanité.

La nature  rend des services « gratuits » dont nous mesurons chaque jour l'intérêt : intérêt dans la production alimentaire (les pollinisateurs tels les abeilles permettent la production de près de 30% de ce que nous mangeons), intérêt en terme de ressources génétiques et techniques pour des applications dans la santé et la chimie verte, intérêt pour les retenues d'eaux de pluie et de réservoir carbone des plantes, etc, etc...

L’enjeu pour moi n’est pas seulement de préserver une nature « extra-ordinaire » à l’aide de parcs comme celui que nous avons visité. Cette démarche de protection via des parcs est indispensable bien évidemment, mais demain, nous devrons aussi mieux considérer cette nature « ordinaire » qui nous entoure tous et que nous ne voyons plus. Pour cela, je crois nécessaire de contenir à terme l'imperméabilisation des sols en France à 10 à 15 % maximum du territoire (on estime qu'on est aujourd'hui à 8%). Par « imperméabilisation des sols » on désigne tout aménagement urbanistique (logements, zone d'activité) ou d'infrastructure (routes...). 

Comment ? : favoriser réglementairement le "re-usage" des friches et des espaces déjà construits, rendre inintéressante financièrement et réglementairement l'imperméabilisation d'espaces de nature ou agricole, valoriser les actions des protection des zones agricoles ou de nature menées par les communes, poursuivre et renforcer la mise en place de corridors biologiques permettant une circulation ininterrompue de la faune et de la flore (autrement appelés « trames vertes et bleues), et inverser la logique consistant à tirer plus d'avantages financiers à occuper des sols non bâtis que du foncier bâti. Il faudra à ce titre, évidemment dans une impérieuse nécessité de concertations locales réelles, que les documents d’urbanisme et les trames vertes et bleues deviennent compatibles.

Nous devrons aussi donner plus d’importance à ce fléau pour la biodiversité que constituent les espèces envahissantes tels le frelons asiatiques ou certaines plantes qui colonisent et étouffent des milieux fragiles.

Pour coordonner les actions sur le terrain, nous pourrions nous doter d’une Agence nationale de la Nature à l’image de l’Ademe.

L'écologie positive dont a parlé François Bayrou aujourd'hui est une écologie à laquelle tout un chacun doit pouvoir adhérer à la hauteur de ses moyens. S’il y a un sujet qui devrait assez aisément réunir les français sur des objectifs clairs et partagés, précisément parce qu’on parle de questions vitales d’air, de nourriture et d’eau et donc de santé et de bien-être, c’est bien la protection et le devenir de la planète, autrement dit, une réconciliation entre activités humaines et équilibres naturels.

dimanche 11 décembre 2011

sommet de Durban : grande lassitude

Au fil des ans, les sommets sur le climat se succèdent et l'habitude commence à être prise qu'ils ne sont qu'échecs plus ou moins patents. On s'y est presque autant habitué que le réchauffement climatique inéluctable qui est devant nous.

Je ne reviendrai pas sur les conclusions de ce sommet de Durban qui n'est qu'un gain de temps avec une remise à plus tard d'un nouveau traité pour succéder à celui de Kyoto. "Remise à plus tard", et en attendant, le temps passe aussi sûrement que les émissions augmentent et plus personne ne croit plus en notre capacité à limiter à +2° l'augmentation de la température d'ici la fin du siècle. Puisqu'on doit parler d'habitude à prendre, il faudra donc se faire à l'idée que nous aurons plus chaud, de notre vivant.

Au fond, la question qui se pose est : pourquoi stagne-t-on depuis le protocole de Kyoto ?
La réponse n'est-elle pas dans les opinions publiques ? La méthode même de ces sommets devraient nous poser question. Des délégations diplomatiques cotoient en cercle fermés des ONG internationales. Le tout dans une ambiance surréaliste où on se demande comment il est possible que des gens qui doivent vraisemblablement se parler tout au long de l'année attendent les 24 dernières heures de leurs débats pour convenir d'un micro-accord. Tout cela parait si lointain. Evidemment, quand on a le privilège d'en être, ce sentiment n'existe pas. Et pourtant, quand une démarche éloignée des peuples se perd dans des labyrinthes, les peuples se désintéressent. Il en va ainsi de la grande idée européenne... il semble en aller ainsi du climat.

De ce désintérêt, les chefs d'Etat les plus défenseurs des énergies fossiles profitent.
Beaucoup des opinions publiques ont évidemment compris ce qu'était le réchauffement climatique. Mais ces sommets internationaux sont devenus trop lointains, obscurs et décourageants. Quasiment aucun débat public préalable à ces sommets n'a existé en France. Pas même un débat au Parlement pour dire quelle position allait défendre la France. De toute évidence, il faut rapprocher ces sommets des citoyens, créer de l'émulation et l'enthousiasme, voire de la polémique. L'idéal serait évidemment que ces sommets fassent l'objet de débats publics, politiques et médiatiques, préalables, dans tous les pays du Monde. On a bien des évènements sportifs mondiaux qui réussissent à réunir vers un même objet au même moment toutes les opinions publiques du monde. Est-il si insensé de penser que, si nos décideurs le voulaient bien, l'espace de deux semaines, nous fassions du climat de notre planète un enjeu au moins aussi important qu'une coupe de monde de foot ?

jeudi 29 septembre 2011

stress test de Greenpeace... vraiment stressant à lire !

Je viens de prendre connaissance du second stress test "présidentielles 2012" publié par Greenpeace France sur son site internet.

Je veux dire d'entrée de jeu que j'apprécie souvent, par ailleurs, l'action de Greenpeace... notamment dans le domaine de la biodiversité où elle pointe avec pertinence les horreurs commises dans les forêts tropicales.

Mais là, ce stress test, est à l'image de tous ces questionnaires aux candidats qui vont fleurir dans les mois qui viennent. Je me demande d'ailleurs quand les ONG et les candidats vont se lasser de ce manège qui, à mon sens et au regard de mon expérience, ne sert pas à grand chose.
En effet, à chaque échéance électorale, les ONG envoient des questionnaires aux candidats. Ces questionnaires, sorte de cahiers de doléances, listent les revendications des dites associations et demandent aux candidats de se positionner. Pour les candidats, les marges de manoeuvres sont limitées. Répondez dans la nuance (et donc avec une certaine sincérité), et vous risquez le déclassement !
Que se passe-t-il dès lors ? Les candidats disent, dans la plupart des cas et avec une totale démagogie, oui à tout.
Ainsi, tout particulièrement sur des sujets "à la mode" dont on sait que la population attend que vous preniez quelques engagements généreux, le candidat n'hésitera pas à dépasser franchement sa pensée profonde (et donc ce qu'il fera effectivement une fois élu). Typiquement, sur les questions de lutte contre la pauvreté, de droits de l'Homme, de défense des libertés publiques ou d'environnement, chacun va y aller de sa surenchère.
Souvenez-vous du Pacte écologique de Nicolas Hulot en 2007. Quasiment tous les candidats à la présidentielle et les candidats aux législatives l'ont signé. J'ai par ailleurs beaucoup d'estime pour Nicolas Hulot mais à l'époque, je lui avais signifié avec franchise ce que je pensais de sa démarche de "blanc seing écologique" qu'il avait généreusement distribué à 80% de la classe politique. Le pire dans une telle démarche est que le candidat quelque peu scrupuleux, honnête et cohérent avec lui-même, qui chercherait à répondre avec précision et subtilité, se retrouve déclassé et jugé défavorablement par les dites ONG.

C'est exactement ce que je relève avec le stress test de Greenpeace. Lisez attentivement les réponses des candidats. Très franchement, j'ai du mal à trouver crédible certaines réponses de candidats pourtant jugées au top par Greenpeace. Une fois de plus, l'engagement vaut plus que la crédibilité de l'argumentaire. Après tant d'années passées à lire des programmes politiques, je ne peux tout simplement plus croire aux engagements vagues. J'ai besoin de lire dans le détail le scénario précis pour vérifier que derrière les engagements, il y a un travail de réflexion qui permet de rendre cela possible et réalisable. Or, là, je ne vois rien de tel.

Regardons un peu les réponses de ce stress test :

- Première question : sortir du nucléaire d'ici 2050. Comment ? personne ne le détaille.

- Réduire la part du nucléaire : Greenpeace a-t-il regardé ce qui est derrière les chiffres ? Hollande dit vouloir arriver à 50% de nucléaire en France d'ici 2025 pour la production électrique. Il est "engagé" selon Greenpeace. Bayrou dit que la part du nucléaire dans la production énergétique en 2050 doit être de moins de 5%, il est "attentiste" selon Greenpeace. Or, comparons ce qui est comparable. La part de production électrique en France est de 75% environ. Passer à 50% comme le dit Hollande, c'est descendre la part globale du nucléaire dans la production énergétique de 17% à 11%. Les 5% envisagés par Bayrou, c'est passer à 22.5 % au lieu des 75 % ... certes avec des différences de tempo... mais derrière tout cela, il y a la question du renouvellement des centrales qu'on va fermer. Il n'est pas très engageant de dire qu'en 2025, il y aura moins de nucléaire. Ceci est la simple résultante du rythme incontournable des fermetures des plus vielles centrales qu'il faudra programmer dans les 15 prochaines années. Ne pas s'engager au delà de 2025, c'est évidemment laisser la porte ouverte à des mises en service d'EPR qu'on aura décidé dans le même laps de temps.

- Sur les gaz de schiste, Bayrou serait attentiste en disant que la loi interdisant la fracturation hydraulique va dans le bon sens tout en demandant une vigilance. Les plus engagés sont mieux jugés sur des déclarations plus vagues car s'opposant de manière générale à l'exploitation des gaz de schiste. Or, en réalité, je doute que si des exploitations sans fracturation hydraulique  était possibles, plusieurs candidats en responsabilité, y compris Martine Aubry, n'étudieraient pas la question autrement. La réalité est qu'aucune autre technique que la fracturation hydraulique n'est aujourd'hui en mesure d'aller chercher ces hydrocarbures. S'opposer à la fracturation hydraulique répond donc à la vraie question posée, à savoir les dégâts environnementaux connexes sur les nappes phréatiques. Dès lors, en toute logique, la question de fond posée par Greenpeace est le fait de sortir de nos sols des hydrocarbures. Là encore, il faut donc comprendre dans les réponses des "engagés" qu'ils cesseront toute exploitation d'hydrocarbures dans les sous-sols... Je doute franchement que tous les candidats aient réfléchi à leurs réponses et leurs conséquences. En tout cas, si c'est bien cela, le croira qui voudra. Pas moi.

- Sur les exploitations hydrocarbures off shore, idem. La catastrophe du golfe du Mexique impose des règles internationales de protection. Mais autant dire qu'un tel engagement, tout le monde peut le prendre... pas seulement Martine Aubry qui, à mon sens, enfonce une porte ouverte. Ce type de questions, comme tout dossier impliquant un accord international, est parmi les plus complexes. Et il n'est rien de plus aisé que d'être engagé sur des questions dont la résultat dépend de nombreux paramètres indépendants de la volonté propre du futur Président. Quoiqu'il en soit, actons qu'il peut arriver que des chefs d'Etat fassent parfois bouger les lignes au plan international et que la France, avec l'Europe, seraient en effet bien inspirées de proposer un encadrement fort de toute exploitation nouvelle... et pas seulement offshore, mais aussi dans des contrées aujourd'hui épargnées telles que les pôles. Mais au fond, sachons aussi mesurer à quel point la pression est immense. Les demandes en hydrocarbures sont colossales et les convoitises américaines, russes, chinoises et même européennes sont immenses. C'est de tout cela dont il faudra aussi tenir compte et je crains d'ores et déjà une réal-politik dont j'aurais aimé que te tels questionnaires pointent... ou analysent...  de sorte que des engagements de bon aloi soient développés sur le "comment faire" au regard des ces contextes de demandes extrêmement contraignantes.

- Continuons : Sur l'offshore de Guyanne. Oui, il faut éviter ce projet pour des raisons de richesses en biodiversité qu'il faut désormais à tout prix privilégier. Mais au fond, ce qu'il faut assumer par ailleurs, c'est de ne pas faire sur nos territoires ce qui continuera de se faire partout ailleurs. Nous aurons bonne conscience, et peut-être donnerons-nous un exemple suivi par d'autres (ce n'est pas totalement impossible). Mais ceci doit évidemment s'accompagner d'une pression sur tous les pays qui ont des projets équivalents, notamment dans la même zone, qui, comme tout le monde sait, est déjà truffée d'exploitations pétrolières maritimes.

- sur le "wagon isolé", une des variantes du fret ferroviaire. Là encore, les candidats engagés disent oui sans avoir, de toute évidence, regardé de plus près le sujet. Il suffit de lire la réponse d'un responsable SNCF sur les pages débats de la SNCF  pour voir que le problème n'est pas tant d'être pour ou contre le wagon isolé mais de trouver les solutions de rentabilité du fret ferroviaire de manière générale, et de cette question du wagon isolé en particulier. Remettre les marchandises sur les trains est évidemment un objectif que tous les candidats doivent poursuivre et en gros, à cette question, tous devraient être en zone "engagé" (je note d'ailleurs que ceux que Greenpeace qualifie de "rétrogrades" sur cette question ne le sont aucunement. Ils n'ont juste pas répondu et je doute que leur réponse, quand elle interviendra, sera négative tant la question est en réalité incomplète). Mais encore une fois, la différence se fera moins sur les engagements que sur les moyens réalistes de les atteindre. Je ne développerai pas ici le sujet qui implique avant toute chose une solutions crédible de financement du réseau ferré que nous pourrions consacrer au fret. Cette question du financement est cruciale et donnera toute sa crédibilité aux réponses car on ne peut d'une part se prononcer pour une maîtrise sérieuse du déficit public et donc de la dette, et dire oui à toutes les mesures dont on sait qu'elles coûteront quelques millions, voire milliards d'euros. Je ne veux pas pour autant dire qu'on ne pourra pas le faire, mais ceci impliquera qu'on ose parler alors de solutions de financement qui, quelque part, passeront ou par des arbitrages difficiles dans les budgets publics et/ou des recettes nouvelles avec des taxes nouvelles.

- Ecotaxe "poids lourds"... autrement dit la simple application de la directive européenne déjà mise en place en Allemagne par exemple. Évidemment, sauf à s'opposer à une directive européenne (ce que semblent envisager Boutin et Nihous), on ne peut qu'être d'accord. Plus concrètement, cette question aurait du être "quand"... car, en réalité, le problème est celui de la transposition qui tarde. Elle a été demandée depuis plusieurs années par les alsaciens qui pâtissent d'un transfert du trafic poids lourds depuis l'Allemagne. Borloo n'a pas souhaité la mettre en oeuvre quand il était ministre. NKM ne semble pas plus diligente. Dès lors, la question est le quand et le plus tôt sera le mieux.

- L'aéroport Notre Dame des Landes ! Ah, c'est la question de cohérence. Notez qu'aucun candidat socialiste ne se prononce contre (et pour cause, tous les socialistes du coin défendent ce projet inutile)... alors même que certains sont très engagés par ailleurs sur la non-exploitation des hydrocarbures (mais au fait... les avions volent comment ?).

- Les autoroutes : Je me souviens d'un Grenelle de l'environnement qui avait à peu près conclu à quelque chose qui ressemble à ce que dit Martine Aubry... et au final, les interconnexions ont fini par être la validation de tous les grands contournements et tronçons qui sont dans les cartons. Quant à Montebourg classé en engagé quand il dit que la priorité doit aller dans les transports collectifs, j'en reste encore une fois sur ma faim. Qu'un candidat dise aujourd'hui que la priorité doit aller au transport collectif, n'est-ce pas un peu enfoncer une porte ouverte ? Et une "priorité", du point du vue du sens du mot "priorité", n'exclue nullement que, de manière non prioritaire, on réalise d'autres choses (des autoroutes par exemple). L'art de la rhétorique semble suffire à Greenpeace. Dont acte.

- Sur la limitation de la vitesse à 120km/h sur autoroute... réponse amusante de Ségolène Royal : "oui sauf en cas de dépassement". On fait comment pour vérifier qu'il s'agissait d'un dépassement ? Un flic à côté de chaque radar ? Autre réponse : celle d'Aubry. Elle préfère la limitation de la puissance des voitures... et ça lui vaut d'être "rétrograde" au yeux de Greenpeace. Preuve s'il en était que dans ce genre d'exercice, mieux vaut rester dans les clous de l'ONG qui vous jugera sans discernement. En l’occurrence, d'un point de vue environnemental, l'idée de limiter la puissance des véhicules est une mesure tout aussi intéressante que la limitation de vitesse (les deux pouvant d'ailleurs fort bien être décidées).

- Péage urbain. Quelle indulgence pour Eva Joly. Elle dit tout simplement, avec une formule alambiquée, qu'elle est contre (et d'ailleurs, je sais que les Verts sont contre)... mais Greenpeace la laisse dans la catégorie "attentiste"... quelle impartialité de la part de Greenpeace, nettement moins indulgent pour les autres candidats sur toutes les autres questions. Au passage, je pense que la mesure vaut la peine d'être expérimentée dans certaines grandes villes avec accès gratuit pour les habitants et commerçants des zones ciblées. Toutes les études menées sur ce système ont démontré l'efficacité sans coût social particulier. On peut d'ailleurs en exonérer les résidants... du moins les résidants aux revenus faibles. Une mesure environnementale pourra toujours comporter des ajustements sociaux s'ils s'avèrent vraiment nécessaires...

- Normes européennes sur l'efficacité des moteurs. Idem, les rétrogrades ne sont jamais que ceux qui n'ont pas répondu. Comment être contre le renforcement de l'efficacité énergétique des moteurs ? Et pour le coup, c'est peut-être Nihous qui fait la bonne remarque. En effet, les normes européennes, si elles s'appliquent aux constructeurs européens seuls, et si ceci devait impliquer un surcoût pour eux, il faudra enfin en venir à des taxes d'ajustement au frontières européennes de sorte que les produits importés non soumis aux normes européennes aient un prix réévalué pour y intégrer ce qu'aurait coûté une application des dites normes.

- Réductions des GES à -30% d'ici 2020. Il y a ceux qui disent oui sans dire comment ils vont faire et sans rappeler qu'au rythme actuel, on n'y arrivera pas. Il y a ceux qui n'ont pas compris la question en reprenant les objectifs initiaux de 20%, et les pauvres sont donc rétrogrades (quand même, si on arrivait à -20% en effet, ce sera déjà bien), et il y a ceux qui ont compris mais font part de leur scepticisme quant à notre capacité collective de répondre dans le futur à des objectifs qui ne sont pas sur la voie d'être atteints. Très franchement, pour ceux qui parlent des 30%, je serais très curieux de lire dans le détail leur scénario et surtout son financement. Car il est aisé d'envisager des réductions importantes d'émissions dans le domaine du bâtiment si on ne dit pas comment on finance la rénovation du colossal parc ancien. Il est aisé d'envisager une réduction importante dans le domaine du transport si on ne dit pas comment on finance les lignes ferroviaires nécessaires pour faire du fret et des nouveau réseaux de transports collectifs dignes de ce nom. Pour ma part, mon regard sur la question me porte à croire qu'il est possible d'envisager une réduction de 25% par rapport à 1990... mais comme le soulignent fort justement plusieurs candidats, la réduction française depuis 1990 à aujourd'hui est plutôt de l'ordre de la stagnation que d'une réelle baisse. Dès lors, réduire même de 20% en moins de 10 ans nécessitera un effort considérable et une inventivité très importante ... assez éloignée des slogans de campagne qu'on découvre ici dans la bouche de candidats qui semblent avoir peu étudié le sujet.

- Obligation de rénovation thermique dans le bâtiment ancien. Là encore, il faudra dire comment on fait. Cela me fait penser à cette mesure consistant à obliger les gens qui sont à proximité d'installation classée Seveso de faire des travaux de renforcement de leur habitation. La plupart ne le font pas parce qu'ils n'en ont pas les moyens. Encore une fois, le problème doit être pris à l'envers. Rendons les choses financièrement possibles, puis, quand ce sera fait, rendons la chose obligatoire. L'inverse est injuste et inefficace. Par ailleurs, même si cela ne concernera que le bâti neuf, je pense tout à fait souhaitable de programmer une prochaine Rt (réglementation thermique), celle de 2020, qui soit aux normes du passif.

- Taxe carbone. Les réponses des candidats sont imprécises. On ne sait pas de quoi on parle au juste. S'agit-il du projet présenté par le gouvernement issu de la réflexion de la commission Rocard ? Ou d'un autre système ? L'important eut été dans une telle question de demander aux candidats s'ils pensent ou non nécessaire de mettre en place une fiscalité sur l'énergie de manière générale, d'indiquer quelle forme elle pourrait prendre, (sur le carburant seulement ou une sorte de TVA carbone sur tous les produits en fonction de leur poids en carbone), de leur demander s'ils sont pour une redistribution aux ménages ou pour une affectation des recettes à un fonds d'investissement dans les alternatives aux énergies fossiles, ...etc... Là, en l'état, je ne suis pas certain que ce classement de Greenpeace fasse clairement apparaître les divergences/engagements/refus sur ce sujet complexe. Au passage, je me demande en quoi la réponse claire de Bayrou en faveur d'une telle taxe le maintient en "attentiste" pendant que la réponse de Montebourg le placerait en "engagé" !?

- ENR en majorité dans le mix énergétique. Alors là, c'est la foire à la démagogie. Aubry et Royal nous proposent un bouquet majoritairement en énergie renouvelable en 2030 ! Ben voyons, pourquoi pas dès la fin du prochain mandat... de toute façon, une fois élu sur de telles promesses, le tout est de les faire oublier. Boutin dit, "à terme, il faudra que ce soit 100% d'ENR"... et hop, la voici dans la gamme des "engagés". Facile, non ? Moi aussi, je pense qu'à terme, on aura 100% d'ENR... en 2100. Hollande répond qu'il faut préparer le post Fukushima... Ok, mais ça répond à la question d'ENR en majorité et quand ? Non... mais ça suffit à la placer dans les engagés. Eva Joly affirme qu'on aura 100% d'ENR en 2050. Ça ressemble un peu à la réponse de Boutin ...même Negawatt qui a donné aujourd'hui son scénario arrive au mieux à 90% d'ENR en 2050. Enfin Valls propose qu'on fasse plus de renouvelable sans dire s'il sera majoritaire dans le bouquet et sans dire à quel horizon... mais c'est un "engagé" sur le sujet. Baylet, Mélanchon et Montebourg qui n'en disent pas moins qu'Hollande et Valls sont "attentistes". Bayrou qui a l'honnêteté de s'engager sur au moins 35% (traduisant au passage qu'il a réfléchi et mesuré la question) est attentiste.

Bref... cet exercice de com réalisé par Greenpeace, par ses multiples imprécisions et partialités, est franchement contestable...

Au regard de tout cela, même si les ONG semblent a priori faire leur travail d'interpellation de la classe politique, sans doute serait-il utile qu'elles réfléchissent à une nouvelle manière d'agir avec les décideurs politiques. Un dialogue peut-être plus constructif serait nécessaire, moins teinté de "com", plus soucieux de recherches de solutions effectivement applicables. 

Je ne peux espérer qu'une chose : que le débat sur cette question cruciale de l'énergie nous permette de débattre sérieusement des scénarios possibles tant pour réduire notre production nucléaire que notre recours aux énergies fossiles. Je publierai dans les prochains jours les quelques idées "raisonnables" (à mes yeux) qui pourraient, je pense, faire compromis national sur cette question énergétique.

mercredi 28 septembre 2011

Un bonus/malus automobile émetteur de Co2 !

Ça vient de tomber, l'Insee évalue négativement l'impact en émission de Co2 de la mesure de bonus malus automobile mise en place après le Grenelle de l'environnement.

En réalité, il y a quelques temps déjà, d'un point des finances publiques, la mesure avait déjà fait l'objet de critiques tant elle avait coûté cher à l'Etat. Le bonus ayant été plus engageant que le malus si bien que le second n'avait pas réussi à rééquilibrer le premier.

Le problème de base était évidemment un arbitrage politique quelque peu trop favorable aux constructeurs automobiles. On favorisait l'achat de véhicules neufs moins émetteurs et on taxait les véhicules les plus émetteurs (au passage, on mettait un peu sous le boisseau l'histoire des particules fines afin de ne pas trop léser le diesel qui, en France, reste particulièrement soutenu).

 Pourtant, en théorie, la mesure a de l'intérêt et il ne faudrait pas, après ces deux mises en cause budgétaires et environnementales en enterrer le principe. Ce principe est celui qui demeure le plus efficace en terme d'incitation fiscale (reconnu par de récents rapports de l'OCDE). Ce principe c'est celui du pollueur-payeur auquel je crois beaucoup. Autrement dit, vous adaptez votre fiscalité de sorte que les produits les plus polluants soient plus taxés que ceux qui sont moins impactants pour l'environnement.

En l'occurrence, ce qui a posé problème, c'est le déséquilibre entre la part "bonus" et la part "malus". Si l'objectif avait été avant tout écologique, il eut fallu rendre le "malus" plus lourd que le "bonus" de sorte qu'a minima le malus finance effectivement le "bonus". Mais en réalité, le bonus s'est révélé une version actualisée de la prime "Balladur" pour favoriser l'industrie automobile.

Bref, ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain. Il faudra non seulement conserver une telle fiscalité, mais l'étendre à d'autres produits. En tout état de cause, ne serait-ce que pour des raisons de réduction des déficits publics, l'évolution immédiate de la mesure devrait être de ne conserver que le versant "malus" de la mesure (peut-être pourrait-on même l'accenter) et supprimer le versant "bonus".

Cette formule contient par ailleurs un autre avantage : celui de dégager des recettes fiscales. Vous disposez de fonds nouveaux non pas pour financer un bonus en faveur de voitures plus propres (qui, comme l'a démontré l'Insee a un impact environnemental discutable), mais pour financer plus globalement une politique de déplacements favorisant toutes les différentes formes d'alternatives au déplacement des personnes en voiture individuelle.

jeudi 22 septembre 2011

L'abandon du nucléaire aurait un coût exhorbitant ?

Je viens de lire l'interview donnée au Figaro de Bernard Bigot, Haut commissaire à l'énergie atomique.


Dans ce débat sur la question du nucléaire, qui va devenir de plus en plus fort dans la campagne présidentielle qui s'amorce, je ne m'attendais guère à un silence passif de la part des partisans du nucléaire. Et pour dire vrai, je suis d'avance déprimé à l'idée que ce débat se fera sur des torsions de la réalité, des surinterprétations de chiffres dans tous les sens qui évidemment ne permettront aucunement d'envisager des options raisonnables sur la question énergétique.

D'où vient ce chiffre de 750 milliards d'euros ? De nulle part...Simple extrapolation des chiffres allemands, eux-mêmes sujets à controverse en Allemagne :
- controverse du fait que le démantèlement des centrales est un coût incontournable et que personne ne peut estimer aujourd'hui car on n'a encore jamais vraiment démantelé une centrale. Et surtout, dans la mesure où les centrales ont une fin de vie, il faudra les démanteler, qu'on soit pour ou contre le nucléaire. C'est une donc une dépense qu'on ne peut imputer à une décision d'arrêt du nucléaire. Elle est devant nous, quelle que soit la décision prise.
- controverse du fait qu'on n'intègre nullement les probables gains d'efficacité des énergies renouvelables dès lors qu'on s'y engage fortement, que l'industrie qui en fera le développement deviendra leader en standardisant les process et en vendant des brevets nouveaux,  que ceci sera créateur de richesse et donc de recettes fiscales pour l'Etat, et que ces gains sont à déduire des coûts éventuels de l'arrêt du nucléaire (et encore une fois, sortons de ces coûts celui du démantèlement car ceci est inéluctable avec ou sans sortie du nucléaire).
- controverse enfin car aucun scénario énergétique n'intègre l'idée qu'on pourrait réduire notre consommation énergétique par un gain en efficacité énergétique (potentiellement considérable) du parc de logement, du parc automobile, des process industriels et de toutes les machines, appareils et autres engins. 

Bref, j'entends souvent des procès faits aux anti-nucléaires qui sont traités d'irresponsables incapables de prouver que ce qu'ils avancent est réaliste. Accordons que c'est parfois vrai et admettons que la puissance de travail d'un CEA et d'un Etat pour défendre une option n'est en rien comparable aux moyens dont disposent des ONG anti-nucléaires. Mais quand on est un Etat ou une grande agence comme le CEA, qu'on a les moyens de démontrer son propos, comment peut-on se permettre de dire des choses aussi imprécises qu'affirmatives.

A quand un avis objectif et impartial sur ce sujet ?

mardi 20 septembre 2011

12 mois de dessins d'actu


Je viens de mettre en ligne sur mon site une soixantaine de dessins retraçant les 12 derniers mois de dessins d'actu présentés lors de mes points presse hebdomadaires du Modem :
http://yann.wehrling.pagesperso-orange.fr/recueil12moisdeDESSINS-ACTU

mercredi 31 août 2011

L'éco-fiscalité actuelle peu efficace selon l'inspection des finances

Le Rapport que vient de rendre au gouvernement l'Inspection des finances est riche d'enseignement pour l'avenir.

Le crédit d’impôt développement durable qui a été mis en place en 2005 pour favoriser les investissements des ménages pour l'économie d'énergie est jugé coûteux.

A y regarder de plus près, non dans ce rapport, mais dans les études autres qui détaillent quelle est la destination des travaux liés à ce crédit d'impôt ainsi que ceux liés à l'éco-prêt, on réalise que la majorité concerne des équipements de chauffage et le remplacement des fenêtres. Or, d'un point de vue du rapport "efficacité énergétique/coût", autrement dit du retour sur investissement, le plus efficace est l'isolation des combles, puis des murs, puis seulement (et pas dans tous les cas) le remplacement de la chaudière ou du système de chauffage et le remplacement des fenêtres. Certains organismes qui délivrent des aides directes à l'efficacité énergétique (je pense à l'ANAH par exemple) exigent maintenant une priorisation vers les actions les plus efficaces d'un point de vue énergétique. J'ai tendance à penser que nous aurions intérêt à réorienter les crédits d’impôts et les prêts à taux 0 vers cette priorisation des actions.
Ceci est d'autant plus justifié, que, le rapport indique par ailleurs que le tissus industriel français n'a pas particulièrement pris une avance sur ses concurrents étrangers. Ainsi, si la France est devenu un marché pour les technologies d'énergies renouvelables (panneaux solaires photovoltaïque ou thermique), pompes à chaleur, ..., ce n'est pas pour autant que ceci a profité au développement réel d'un tissus de production industriel dans ce domaine.

De ce point de vue (celui du développement d'un tissu de production), sans doute faudra-t-il en venir à des solutions d'aides directes aux PME innovantes, à savoir des aides à l'offre plutôt qu'à la demande.

Mais pour en rester sur l'efficacité énergétique des bâtiments, l'efficacité économique des dispositifs est évidemment difficile à évaluer dès lors que le bénéfice économique va principalement aux ménages (qui devraient voir leur facture énergétique se réduire) et non à l'Etat. Là encore, il nous faudra imaginer un dispositif fiscal ou financier qui soit plus "donnant-donnant" entre l'Etat qui aide et le ménage qui en tire bénéfice.
Que l'Etat investisse dans l'efficacité énergétique des ménages doit impérativement demeurer. Qu'il n'en retire aucun bénéfice est une chose à revoir en période de réduction des déficits publics. Ceci est d'autant plus justifié que tous les experts s'accordent à dire que l'efficacité énergétique est un investissement hautement rentable. Ainsi, la prise en charge par l'Etat des intérêts bancaires (donc au seule bénéfice des établissements bancaires) dans le cadre des éco-prêts se justifient-ils ? Un fonds public dédié ne pourrait-il octroyer directement de tels prêts remboursables de sorte qu'il n'y ait pas de coût de prise en charge des intérêts à la charge du denier public ? Par ailleurs, ne peut-on imaginer une prise en charge directe des travaux par un tel fonds qui pourrait ensuite se rétribuer en devenant, pour le bâtiment concerné, fournisseur ou revendeur d'énergie pendant un temps suffisant pour amortir son investissement ? Quel que soit le dispositif retenu, il me semble en tout cas nécessaire de faire en sorte que le denier public dépensé pour l'efficacité énergétique permette un retour sur investissement pour le denier public et pas uniquement au bénéfice exclusif des ménages ou des industriels vendeurs de solutions énergétiques.

Autre point souligné par le rapport : les mesures liées aux énergies fossiles auraient un bilan globalement négatif. Ainsi l'exonération dont bénéficie les carburants utilisés dans l'aviation commerciale ainsi que le remboursement partiel des taxes aux transporteurs routiers "ne favorisent pas les comportements économes en énergie" et "donnent un signal-prix totalement contraire à l'objectif assigné à la fiscalité de l'énergie et de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre". Quant au volet économique, le rapport indique que "l'impact de ces mesures sur l'emploi est vraisemblablement non significatif".

Voilà de quoi justifier, dans les mois et années à venir, une remise à plat de la fiscalité écologique telle qu'elle est. Son principe devrait d'être bien évidemment et prioritairement d'être le plus efficace possible d'un point de l'objectif d'économie d'énergie : favoriser les dépenses efficaces (par des crédits d'impôts et éco-prêts mieux ciblés)- décourager les dépenses inefficaces voire contraires (remise à plat des exonérations ou remboursements partiels - malus sur les produits les plus émetteurs de gaz à effets de serre).

En tout état de cause, il est évident que chaque kwh de pétrole ou de gaz que nous ne consommerons plus est en théorie une recette nette pour notre Pays... reste à le partager plus équitablement à hauteur des efforts financiers de chacun : denier public/ménages/industriels...

Par contre, espérons que les seules conclusions qu'en tirera le gouvernement ne sera pas de profiter d'un tel rapport pour faire un coup de rabot à l'aveuglette sur tous ces dispositifs fiscaux qui, si encore une fois, sont revus sans discernement, n'auront qu'un seul effet : décourager tout effort.

jeudi 18 août 2011

efforts partagés

Au fur et à mesure que vont approcher les échéances présidentielles, les "bonnes idées" pour trouver des ressources nouvelles vont affluer.

Ce qui est aujourd'hui certain, c'est qu'on ne sortira pas de l'endettement actuel de notre Pays sans un effort collectif, et au delà de cela, sans un changement durable dans la gestion de nos deniers publics. Ce changement durable sera grosso modo de cesser de dépenser plus (en tout cas pour les dépenses de fonctionnement) que ce que nos ressources nous autorisent.

Bien sûr que les banques sont originellement responsables non pas de l'endettement de nos Pays, mais de l'intenabilité de cette dette qui a explosé de leur fait. La revendication selon laquelle les banques devraient payer seule les conséquences de leur inconséquence se revendique facilement et surtout exonère à peu de frais de tout effort des autorités publiques. Or la situation des banques n'est pas durablement stabilisée (il suffit de voir avec quelle rapidité certaines peuvent plonger en quelques jours seulement). Et, quoiqu'en pensent certains partis politiques très à gauche, nous avons tous besoin des banques et les banques alimentent l'économie réelle... Qui d'autre le pourrait ? Les affaiblir, voir contribuer à leur chute serait évidemment un jeu de boomerang rapide.

Pour autant, ne tournons pas le dos à nos responsabilités de réformer un certain nombre de choses qui leur sont aujourd'hui toujours encore permises et qui expliquent le crash d'il y a deux ans. Entre autre chose, le G20 ne devrait pas abandonner l'idée d'obliger (de re-obliger) les banques à dissocier clairement leurs activités d'affaires de celles du dépôt. En somme : que le dépôt, notre argent grosso modo, ne serve plus à éponger les échecs des risques faramineux pris par les branches affaires de ces mêmes banques.

Mais là n'est pas le propos de ce billet que je voudrais consacrer à la responsabilité des politiques. Leur responsabilité est et sera lourde dans les prochains mois. Elles sera ni plus ni moins de trouver les mesures les plus courageuses et les plus justes pour résorber la dette publique. Plus simple à dire qu'à proposer. Il faudra faire preuve de courage pour oser annoncer une hausse de la TVA, une hausse des impôts, de la CSG, la suppression de niches fiscales... chaque électeur sera soumis à l'effort à hauteur de ses revenus...
Et si je parle d'électeurs et non pas de contribuables c'est bien pour souligner qu'il y aura l'année prochaine, des candidats qui trouveront les solutions uniquement en cherchant les ressources auprès d'une partie seulement des français (ceux qui, d'après eux, ne votent pas pour eux), et ceux qui demanderont un effort à tout le monde.

En tout cas, ce qui me semble indispensable est que la classe politique donne l'exemple de l'effort financier à faire en réduisant son train de vie.

J'entends déjà celles et ceux qui s'accrochent à ce train de vie rétorquer que ce que je dis là alimente l'antiparlementarisme et le rejet de la classe politique. Je crois au contraire d'une part qu'il n'est un secret pour personne qu'il y a eu, au fil du temps, des exagérations qui aboutissent à des situations inacceptables. Et d'autre part, que, au contraire, faire et afficher l'effort exemplaire, c'est redonner une image positive de la classe politique auprès de français qui la décrie largement. A voir l'opinion positive qu'ont les scandinaves de leurs classes politiques, on sait que rien n'est du au hasard et que tout est affaire de transparence, d'éthique et d'exemplarité.

Second argument qu'on m'opposera : ce n'est pas cela qui résoudra le problème de l'endettement. Certes, le volume global d'argent public destiné à la rémunération et aux frais directs des élus de la République (hors frais de personnel des mêmes élus), tant au plan national qu'au plan local doit avoisiner à la louche quelques 300 ou 400 millions d'euros, ce qui, même si la somme peut paraitre élevée, n'est pas une part considérable des budgets cumulés de l'Etat et des collectivités locales.
Mais encore une fois, au fond, l'affaire est davantage une question de symbole, de crédibilité... et osons le dire, d'éthique.

Je ne trouverais pas choquant d'établir quelques nouvelles règles :
- le niveau maximum actuel des rémunérations des élus, à tout niveau, est d'une fois et demi l'indemnité parlementaire (5500 euros x1.5 = 8250 euros). Il ne me paraitrait pas choquant de penser qu'on peut vivre aisément avec 1x l'indemnité parlementaire au maximum, à savoir 5500 euros.
- je pourrais aisément imaginer qu'on puisse appliquer cette rémunération maximum aux membres du gouvernement car au fond, je ne fais pas de corrélation entre la rémunération et le pouvoir qu'on a. La différence se fait bien plus par les moyens humains, les crédits et les délégations qu'on peut avoir.
- l'imposition des élus devrait pour l'ensemble de leurs revenus être identique à une base commune à tous les français.
- des enveloppes sont versées directement aux parlementaires pour leurs frais de représentation. Ces enveloppes dépassent l'indemnité de base. Je proposerais que ces enveloppes soient réduites de 20% et ne soient plus versées directement aux parlementaires mais transformées en crédits (ou droit de tirage) auprès de leurs assemblées, à dépenser contre facture, à savoir sur frais réel.
- en cas de dépassement du montant maximum autorisé parce que l'élu serait en cumul de mandat et donc d'indemnité, la règle actuelle permet à l'élu concerné de verser le trop perçu à l'élu de son choix dans l'une des assemblées où il est élu. Je proposerais que ce trop perçu soit reversé au budget général de la collectivité locale où siège l'élu en question.

En période de crise où un effort général sera demandé, ceux qui décideront de cet effort arriveront d'autant mieux à le faire accepter qu'ils se l'appliqueront fortement à eux-mêmes.

jeudi 23 juin 2011

Fessenheim prolongé de 10 ans

La gestion de ce dossier est entre légèreté et entêtement.

Alors que sa durée de vie initiale était de 30 ans, c'est en 2006 qu'on aurait du commencer à examiner la prolongation de Fessenheim afin que la date anniversaire des 30 ans, à savoir 2008, soit une année de décision. Nous voilà en 2011 et on nous annonce qu'on décide de la prolonger alors que c'est déjà une prolongation de fait de 3 ans !.

Et c'est près de 14 autres réacteurs qu'on aurait du fermer aujourd'hui si on avait respecté le délai des 30 ans et pour lesquels ont octroie des prolongations de fait.

On joue vraiment avec le feu et je ne trouve pas cela responsable.

Le vrai débat au fond sera de trancher la question de la durée de vie au delà des 40 ans car certains préparent activement l'idée de les faire vivre 60 ans, ce qui serait hautement irresponsable de mon point de vue. Outre le risque évident qui augmente, c'est aussi un coût.

Quoi qu'il en soit, gardons bien à l'esprit que même si on passe à 40 ans tous nos réacteurs, à partir de 2018, il faudra fermer près de 45 réacteurs sur 58 en seulement 10 ans ! Dès lors, n'attendons pas pour se préparer à cela très très vite.

mercredi 22 juin 2011

Jean-Paul Huchon échappe à l'inégibilité

Je viens d'apprendre que le Conseil d'Etat a estimé que l'élection de Jean-Paul Huchon ne "justifiait pas d'être annulée" mais que son compte de campagne pour les régionales méritait malgré tout d'être rejeté.

Je n'ai évidemment aucune inimitié à l'égard du Président du Conseil régional d'Ile de France et je suis plutôt content pour lui qu'il puisse conserver son mandat.
Mais les décisions du Conseil d'Etat ont quelque chose d'infiniment désagréable... ce quelque chose est qu'elles me donnent le sentiment qu'on n'est pas jugé de la même manière selon le poids politique que l'on peut avoir.

Soyez un "candidat" sans grand relais, et vous serez à coup sûr, pour une broutille, écrasé sans recours possible. J'en fus lors des dernières régionales, avec, à la clef, quelques petits articles et commentaires désagréables dans la presse locale qui vous font passer pour un homme malhonnête ou léger dans sa gestion. Je m'étais alors penché sur les décisions de la commission des comptes de campagne et les décisions du Conseil d'Etat. Pour le moins, c'est le règne de l'aléatoire : avec, d'une part, des préconisations de rejets sur des erreurs qui sont de toute évidence non intentionnelles et qui valent à leurs auteurs des sanctions très lourdes, et d'autre part des remarques sur certains comptes qui relèvent manifestement de détournements d'argent public et qui restent, contre toute attente, sans poursuite.

Soyez puissant (Président de la République, Premier Ministre, Maire d'une grande commune ou Président d'un conseil régional de première importance) et vous aurez de grande chance de vous en sortir alors même que les griefs portés à vos comptes de campagne sont au moins aussi importants que ceux qui ont conduit quelques autres illustres inconnus à être sanctionnés.

"Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir"

jeudi 16 juin 2011

le référendum italien : une envie de maitriser l'avenir

Le référendum italien n'a finalement pas eu beaucoup d'impact dans notre actualité nationale.
Et pourtant, à bien y réfléchir, il comporte tout de même quelques questions intéressantes qui dépassent largement le contexte italien.

Première remarque : en Italie, on peut faire des référendum d'initiative populaire. En France, la Constitution le permet, mais, évidemment, la loi d'application n'a toujours pas été proposée au Parlement... et pourtant, on ne peut pas dire que ce gouvernement est avare en proposition de loi de toute nature.

Deuxièmement, j'ai été évidemment surpris par l'ampleur des réponses : plus de 90% de oui aux questions posées. 90% d'un avis qui est exactement l'inverse de ce que le gouvernement Berlusconi voulait faire. Alors évidemment, on dira que ce sont les électeurs opposés à Berlusconi qui constituent la majorité des 57% de participants (les partisans de Berlusconi ayant été appelé à rester chez eux par Berlusconi lui-même... et finalement, bien mal lui en a pris car s'il n'avait rien dit, la participation aurait été encore plus élevées, mais avec un rejet sans doute moins fort). Mais peu importe, 57% des italiens qui disent oui à plus de 90%, cela veut dire quelque chose de très fort.

Ce "quelque chose", certains simplifieront en disant que c'est un rejet de Berlusconi. Ce que cela m'inspire plutôt, c'est qu'un peuple a voulu se saisir d'une opportunité de manifester un choix sur des options lourdes pour le Pays : l'énergie, l'eau en l'occurrence.

Cela me rappelle un propos de Michel Serre. Il avait souvent constaté que dans notre démocratie pourtant d'un niveau correct, les grandes modifications de notre quotidien n'ont que rarement été un choix qu'on a proposé aux électeurs. Son exemple, pas si farfelu que cela, concernait nos paysages. Il parlait de son enfance et comparait ses paysages d'enfance à ceux d'aujourd'hui. Ses paysages d'enfance étaient ceux d'une France vallonnée et couverte de petits bosquets ou vergers. Les paysages d'aujourd'hui, fruit d'une agriculture hautement mécanisée, ont été si arasés que les collines se sont aplanies et que là où il y avait des vallons, il y a aujourd'hui des plaines plates. Il constatait que jamais on avait demandé leur avis aux français sur la transformation probable de leurs paysages. En effet, si on leur avait dit que les paysages vallonnés et les vergers allaient disparaître au profit de vaste plaines plates de céréales, un petit débat aurait existé. En réalité, ceci eut été difficile car je devine qu'au lendemain de la guerre, l'impérieuse nécessité de rendre plus efficace notre agriculture primait sur tout autre considérant et que nul ne pouvait imaginer les conséquences environnementales et paysagères. Et puis, il y a 60 ans, quand la PAC fut pensée, l'idée de demander son avis au peuple sur des sujets pareils relevait de la plaisanterie.

Cette réflexion de Michel Serre, je la mets en parallèle de ce référendum italien car cet avis des italiens nous montre à quel point une orientation voulue par des gouvernants peut être très fortement contraire à ce que pense le peuple. Et ce n'est pas la première fois que sur des sujets bien précis, on constate que la majorité des parlementaires ne pensent pas comme la majorité du peuple. On peut bien évidemment se dire qu'il faut parfois avancer de manière éclairée par rapport à un peuple qui peut rester dans l'émotion. Tout le monde garde en mémoire ces remarques récentes d'un Robert Badinter qui avouait qu'en 1981, le candidat François Mitterand n'avait pas gagné en faisant de l'abolition de la peine de mort le point principal de son programme. Pire, s'il l'avait fait, il aurait perdu. Et pourtant, cette abolition, alors qu'elle était minoritaire dans la population, restera comme une des plus grandes avancées des années Mitterand.

Ne tombons pas pour autant dans un élitisme dangereux. Il appartient à cette élite élue de faire de cette démocratie un objet éclairé (et le moins que l'on puisse dire, c'est que le débat politique actuel n'éclaire pas grandement le peuple). Ce qui est certain, c'est que les grands choix de société doivent faire l'objet de vrais et longs débats... surtout si ce qui est envisagé nous engage sur des dizaines d'années. Le nucléaire et l'eau sont de ces sujets, l'éthique en politique également. Et les italiens ont eu raison d'aller aux urnes.

Et évidemment, là où les responsables politiques font mal leur travail, c'est quand ils laissent ce type de référendum se faire en vitesse, sans le débat, la contextualisation et la mise en perspective absolument nécessaire. Ne surestimons, ni ne mésestimons un peuple dans sa capacité de comprendre les tenants et aboutissants des problèmes, mais le climat dans lequel le référendum italien a été mené - même si son résultat me satisfait -, ne nous leurrons pas, a forcément laissé la place à un niveau d'émotion trop élevé (ambiance politique délétère, affaires, catastrophe de Fukushima...).

Il y a donc, dans ce référendum italien plusieurs leçons à tirer :
- oui, l'outil référendaire est nécessaire pour recaler peuple et gouvernants, régulièrement, sur des sujets engageant le pays sur de longues années.
- mais, puisqu'il s'agit de sujets "engageants sur du long terme", donnons nous les outils et les moyens de prévoir quelles doivent être ces questions avec un temps long préalable à ces consultations. Temps long durant lequel un débat serein et argumenté tenterait précisément de faire une prospective de long terme sur les conséquences de nos décisions ...

... pour éviter dorénavant de subir que nos vallons variés deviennent des plaines monotones, ou que ... nos enfants gèrent une radioacitivité dont ils ne tireront plus aucune énergie, que notre eau perdent son caractère de bien commun de l'humanité pour devenir une ressource chère, inaccessible à des milliards d'humains, et ouverte à toutes les spéculations commerciales.

vendredi 20 mai 2011

Leçon politique : ça s'en va et ça revient

Lors des régionales, je me moquais des sondages et de ces médias qui, à l'appui de leurs études d'opinion fort chères, nous expliquent que les jeux sont faits, qu'un tel est "out", pendant que tel autre est assuré de l'emporter.

Quand un politique répond à une question sur un sondage, le journaliste qui est face à lui est un mur quand le politique répond qu'il faut rester prudent car beaucoup de choses peuvent encore se passer.

Moins d'une semaine après l'affaire qui a secoué notre paysage politique (et au delà), pas un seul média ne se remet en cause, pas une seule envie d'être plus prudent, plus objectif, plus serein dans le déroulé de cette campagne, laissant à chacun ses chances d'exposer ses idées au lieu de bombarder tout le monde de sondages.

Moins d'une semaine après ces évènements, nous voilà à nouveau avec 1 sondage par jour dont les commentaires sont aussi définitifs que ceux de la semaine dernière.

Et pourtant, si une leçon devait être tirée de tout cela - au moins une (plus tard, viendra le temps de tirer d'autres leçons) - c'est qu'il peut se passer beaucoup de choses d'ici la présidentielle. Et que ce que nous aurions de mieux à faire, c'est de se calmer un peu. Échafauder moins de scénarios de victoires, défaites, bons ou mauvais scores, ... et laisser le procès de DSK se dérouler et penser maintenant à autre chose.




Et pour détendre un tout petit peu les choses, comme je le fis pendant les régionales, revoici le clip vidéo qui chantonne "ça s'en va et ça revient"... comme beaucoup de choses en politique.

mardi 17 mai 2011

jeudi 5 mai 2011

Nucléaire : crédibilité et réalisme ?

Je lisais, il y a deux jours, une déclaration du Président de la République en déplacement sur la centrale nucléaire de Gravelines : "« Ceux qui veulent qu'on sorte du nucléaire, (...) est-ce qu'ils sont prêts à trouver les 45 milliards d'euros pour compenser ? C'est irresponsable. »

Pour commencer, on peut se demander à quoi correspondent ces 45 milliards ? Mais prenons ce chiffre comme étant celui que le Président de la République n'a pas pour répondre aux besoins de production électrique.

Or, voici mon petit calcul :
La France a 58 réacteurs nucléaires qui ont pour la plupart une durée de vie déjà bien entamée et qui ont chacun entre 900 et 1300 MW de puissance chacun (disons, environ 1100 MW de puissance en moyenne).
Ceux qui plaident pour une sortie du nucléaire, admettent que ceci ne pourra se faire qu'en 20 ou 30 ans et ceux qui sont pour le nucléaire n'osent pas raisonnablement pousser la durée de vie de ce parc de 58 réacteur au delà des 20 ou 30 ans en question. Donc, tout le monde est d'accord pour dire que nous allons, dans les 30 années qui viennent, fermer 58 réacteurs nucléaires.
L'EPR, censé venir remplacer nos 58 réacteurs est d'une puissance de 1600 MW. Pour remplacer les quelques 64000 MW de puissance produite par nos 58 réacteurs, il faudrait environ 40 réacteurs EPR.
Aux dernières nouvelles, le coût d'un réacteur est de quelques 2.5 à 3 milliards d'euros (avec un coût réel qui a plutôt tendance à monter comme en Finlande). Donc, il en coûtera au minimum entre 100 à 120 milliards d'euros au bas mot dans les 30 prochaines années pour ne pas réduire, comme le souhaite le Président de la République, la production électrique d'origine nucléaire (et c'est largement le double des 45 milliards qu'il dit ne pas avoir).
Ajoutons à cela qu'entre le moment où la décision est prise de construire un réacteur EPR, et sa mise en fonction, on en est aujourd'hui à quelques 8 années (temps estimés aujourd'hui pour le réacteur finlandais).
Imaginons que nous prenions, aujourd'hui, la décision de remplacer à terme tous nos réacteurs par des EPR (et c'est mal parti au regard de ce qu'on apprend aujourd'hui sur l'ajournement de l'EPR de Penly) les premiers réacteurs EPR n'entreraient en service que dans 8 ans. Il nous resterait 22 ans pour remplacer les 58 réacteurs... ce calendrier étant très généreux car il ne tient pas compte du fait que nous devrons fermer plusieurs des plus vieux réacteurs avant. Ceci veut dire environ deux réacteurs EPR qui sortiraient de terre chaque année à partir de 2020 et ce jusqu'en 2042 pour un coût annuel de 5 à 6 milliards d'euros.

Bon, ... je crois qu'on a un gros problème devant nous. D'abord parce que je pressens que nous n'avons ni le temps ni l'argent (et l'argent, c'est le Président lui même qui dit que nous ne l'avons pas) de renouveler le parc nucléaire actuel par un autre parc nucléaire de puissance équivalente. Et ensuite, parce que, finalement, la France ne procède à aucune programmation. Si bien que dans une dizaine d'années, il y a tout lieu de craindre que notre Pays sera en grave pénurie de production électrique, après quelques fermetures de centrales qui ne seront pas remplacées dans les temps par d'autres productions.

En somme, alors que le discours ambiant est à donner une "prime" de crédibilité et de réalisme au nucléaire face à toute autre solution, je pense que tout cela n'est pas si crédible et réaliste qu'on veut bien nous le présenter. Tout ceci confirme en tout cas que nous avons urgemment besoin de tout remettre à plat, avec nos voisins européens et méditerranéens, et programmer un mix énergétique urgent, qui, études objectives à l'appui, nous permette de répondre, dans le siècle, aux besoins futurs, et de manière sérieuse, non dogmatique, et durable (dans tous les sens de ce terme "durable" : économiquement et environnementalement).

mercredi 4 mai 2011

Monopole d'EDF... ou pas ?

J’ai récemment prix position dans le dossier du prix du Mw/h fixé à 40 euros (puis 42 euros dès 2012) par l’Etat dans le cadre des obligations européennes d’ouverture du marché de l’électricité à la concurrence.

J’ai notamment prix position pour remettre en cause la pertinence d’une situation de fait de monopole d’EDF. Cette prise de position m’a valu un nombre important de messages de désapprobation dont je résumerai le contenu par le fait que le monopole public d’EDF était une bonne chose pour la France et les consommateurs d’électricité.

Je crois donc nécessaire d’aller dans le détail de ce que je pense à ce sujet.

La règle européenne (le marché économique intérieur européen doit permettre aux entreprises un exercice concurrentiel libre, ouvert et non faussé de leurs activités). Cette règle voulue par tous les Etats de l’Union (y compris la France quelle que soit la couleur politique des gouvernement qui se sont succédés au cours des dernières décennies) implique que ce que nos entreprises peuvent faire dans les Etats de l’Union (y compris les entreprises publiques telle EDF), d’autres entreprises issues des pays de l’Union doivent pouvoir le faire dans notre pays. C’est pour cette raison que la plupart des monopoles d’Etat sont peu à peu contraints de laisser de la place à la concurrence. J’admets fort bien que certains puissent trouver cette idée contestable et se battent pour maintenir un certain nombre de monopoles publics. Mais au quel cas, allons jusqu’au bout de cette logique : il faudrait alors négocier au plan européen un retour en arrière et la garantie de pouvoir garder des monopoles publics dans certains domaines comme ceux qui ont existé fortement jusqu’à aujourd’hui : l’électricité, le train, le courrier… mais si c'est cela que nous voulons, alorssoyons fair play et admettons que nos voisins en fassent de même et interdisent du coup à nos entreprises de l’électricité, du train ou du courrier de décrocher des marchés chez eux. (je suis loin de penser que ceci serait à notre avantage). En gros, il en serait fini du marché économique européen et je n’y suis pas favorable.

Revenons à l’affaire énergétique française. A l’origine, la Commission Européenne, qui, au regard des Traités, ne fait rien d’autre que son travail d’exécutant, a demandé à la France de procurer aux fournisseurs alternatifs un accès régulé à la base nucléaire à un prix leur permettant d’être rentables compte tenu du fait que les tarifs sont réglementés.

Depuis plusieurs mois, EDF a plaidé pour un accès à la base nucléaire à un prix minimum de 42 euros le MWh, seuil au dessous duquel le président d’EDF estimait que l’on assisterait à un « pillage » de son entreprise.

Pourquoi 42 euros pose problème ? Sur la base du prix d’accès à la base nucléaire à 42€, 6 phénomènes vont se concrétiser :

1. Le premier est un retour au monopole d’EDF sur le marché des particuliers et petits professionnels : quel fournisseur serait suffisamment « suicidaire » pour accepter d’acheter de la base nucléaire à 42 euros le MWh pour concurrencer une offre à 35 euros ? En effet, le prix aux particuliers et petits professionnels étant réglementé (tarif bleu), on estime que, au prix actuel réglementé, un électricien ne peut faire des marges que s’il produit/achète de l’électricité à 35 euros.

2. Il y a donc un risque qu’il y ait de la concurrence uniquement sur le marché dérèglementée des industriels (3 à 4000 sites) avec des marges infimes à se partager entre une dizaine de fournisseurs. Les opérateurs alternatifs devront se concentrer sur la production d’électricité et sur la commercialisation d’électricité essentiellement aux industriels.

3. Les premiers perdants vont donc être les consommateurs français. D'une part parce que tout ceci engendre des hausses futures de prix, et d'autre part parce qu'il annule la concurrence qui aurait pu "en partie" réduire les hausses futures inéluctables par l'innovation (notamment dans les services d'efficacité énergétique...) et par une tension sur les marges (impossible en monopole). De ce point de vue, la position du MODEM est donc celle défendue par l'ensemble des associations de consommateurs...particuliers et entreprises...

4. La loi prévoit en outre que la différence entre 34 euros et 42 euros devra être résorbée, c'est-à-dire que le tarif bleu devra être augmenté d’ici 2015. Cette disposition n’a pas de sens en soi. Ce qui est vrai est que avec l’augmentation des prix de 35 à 42 euros, les opérateurs alternatifs vont perdre de moins en moins d’argent, mais il est probable que cela sera déjà trop tard et que les éventuels concurrents auront du mal à tenir jusque là. En outre, peut-on imaginer d’un point de vue politique, une telle augmentation de 20% sur 3 ans après 2012 ?

5. Comme je l’ai expliqué plus haut, le processus d’ouverture du marché s’effectue dans le cadre d’un engagement européen pris par la France (et mis en œuvre chez nos voisins). Un retour au quasi-monopole sera perçu, par les services de la Commission Européenne, au mieux comme une provocation, au pire comme un désaveu. Sauf à changer les Traités et les directives qui en découlent, les conséquences juridiques pourraient même aller jusqu’à un démantèlement de l’entreprise EDF qui se verrait alors, à l’instar de ce qu’a subi EON en Allemagne, obligée de procéder à des cessions.

6. Dernière remarque : la relation entre EDF et l’option d’une production nucléaire très majoritaire est historique. A tel point que le PDG d’EDF Henri Proglio ne se cache pas de vouloir faire main basse sur Areva. Ce que ceci confirme, c’est l’état d’esprit selon lequel il faudrait lier le métier de producteur et fournisseur d’électricité à celui de fabricant de l’outil permettant de produire cette électricité : en l’occurrence, le nucléaire. Valider l’idée d’un monopole d’EDF, c’est de fait valider un choix technologique du 80% d’électricité d’origine nucléaire. C’est là que la concurrence peut précisément permettre de faire entrer d’autres options telles que le renouvelable.

Admettons pour un moment que les obligations européennes ne se posent pas. Faudrait-il augmenter les prix de l’électricité ? La réponse est oui. Il s’agit de veiller à fixer le tarif à son juste prix.

Les prix de l’électricité pour les particuliers n’ont pas augmenté pour le particulier, en valeur nominale, entre 1994 et le milieu des années 2010. Pendant ce temps là, les coûts de fonctionnement de l’électricité ont fortement augmenté. Il y a des raisons à cela. Nombre d’entre elles sont dues à la mauvaise gouvernance d’EDF et au corporatisme : coût des aventures d’EDF à l’étranger (qui, au passage, est ravie d’agir en multinationale bénéficiant de règles de libre concurrence au-delà de nos frontières, et qui fait tout pour les empêcher en France) augmentation de salaires (encore 8% depuis l’arrivée de Proglio), régime spécial des retraites injuste par rapport aux autres salariés, gestion lamentable du comité d’entreprise. Ces raisons ne justifient pas une augmentation des tarifs (voir l’interview dans Libération de JM Chevalier). .

Mais il y a d’autres raisons. Même amorti, le nucléaire coûte de plus en plus cher (les récents développements qui viennent de conduire le Président de le République à demander à la Cour des Comptes un rapport sur le vrai prix du nucléaire sera d’un utile éclairage à cette effet). Et quel que soit les sources de production, la croissance des coûts est inéluctable. Sans même prendre position dans le débat sur la pertinence du nucléaire, maintenir ou construire des centrales nucléaires va renchérir le coût de cette énergie, ne serait-ce que pour renforcer la sûreté. De même, augmenter la part des énergies renouvelables, dont les coûts de revient restent eux aussi élevés, viendra aussi accroitre la facture. Et, dans l’après-Fukushima, plus que jamais la majorité des experts considère maintenant que le prix des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) sera à la hausse dans les prochaines années. Tout cela sera encore plus vrai au cours de la transition énergétique de sortie du nucléaire vers des énergies alternatives propres, si ce choix est fait.

La facture d’électricité en France est la plus faible en Europe. Nous en avons tiré une fierté jusqu’ici, mais reconnaissons-le avec un certain degré d’illusion. A l’heure où les choix énergétiques sont à nouveau sur la table, ouvrons aussi ce débat. Fixons le prix de l’électricité à son prix de revient :

Cela veut dire qu’il faudra repenser les tarifications et la fiscalité de l’énergie pour que les plus aisés et les plus consommateurs soient incités à réduire leur consommation ou à engager des travaux d’économie énergie.

Cela veut dire que les plus aisés des Français ne bénéficieront plus d’une énergie à des tarifs aussi avantageux. Mettons en place un tarif minimum juste et redistributif, incitatif pour les économies d’énergie (voir la tribune que j’ai cosignée publiée sur le monde.fr)

Enfin, cela veut dire qu’EDF au titre de son monopole ne doit pas être en mesure de faire pression pour dire qu’il doit investir, renouveler ses capacités, que l’EPR coûte plus cher, qu’il faut plus de sûreté, mais aussi payer pour ces mauvaises stratégies etc…Le régulateur de l’énergie doit fixer le prix en toute indépendance.

Je peux comprendre qu'on soit attaché à une certaine "Histoire" qui fait qu'en France, on reste attaché à "notre" entreprise nationale EDF. Cela véhicule à la fois de la fierté pour nos fleurons industriels, et aussi un attachement à ce qu'on continue encore de penser comme un service public. Ainsi, l'idée selon laquelle EDF serait à la fois public et en monopole serait la garantie d'approvisionnement et tarif bas. La réalité n'est pas (plus) celle-la et c'est pour toutes les raisons détaillées dans cette note que je suis convaincu que le monopole, pour l'électricité (et en règle générale, pour tout secteur) n'est pas souhaitable.

mardi 5 avril 2011

les annonces du gouvernement sur l'énergie

Le gouvernement prend visiblement et enfin la mesure du problème de l'augmentation du prix de l'énergie.

Mais il le fait vraisemblablement plus pour des raisons électoralistes que pour des raisons de fond. A y regarder de plus près, on voit que c'est d'ailleurs une "tradition" : un an avant les présidentielles, les gouvernements annoncent maintenant systématiquement des mesures de réduction de la facture énergétique : en 2001, Jospin (pourtant chef d'un gouvernement PS+Verts) annonçait la TIPP flottante (mesure assez peu écolo) ; et en 2005, Villepin annonçait la prime à la cuve (en plein été d'ailleurs !).

Sur les carburants, la mesure annoncée n'est pas vraiment celle qu'on aurait pu espérer. Elle met certes à contribution les pétroliers (ce qui est une bonne nouvelle au regard de l'effet d'aubaine qui gonfle leurs bénéfices, et qui - appelons un chat un chat - commence à ressembler à une taxe carbone), mais elle sera générale et s'appliquera à tous, ce qui est non seulement électoraliste mais aussi anti-écologique.

Pourquoi "anti-écologique" ?
En diluant cette mesure sans la cibler sur les ménages et professions sur double condition de ressource et de non accès à des solutions alternatives (transports en commun notamment), elle ne tient pas compte d'un constat qui est que l'augmentation du prix du carburant contribue à la baisse générale de la consommation (baisse souhaitable au regard des enjeux environnementaux de réduction des gaz à effet de serre - et au regard de notre dépendance à une énergie que nous achetons en dehors de nos frontières).
Cette tendance générale, il fallait la préserver. Et ce qu'il fallait privilégier, c'est de cibler les mesures d'aides sous condition de ressource et de non accès aux transports en commun, notamment en milieu rural (cette limitation de population cible rendait d'ailleurs la mesure nettement moins onéreuse, plus juste et cohérente d'un point de vue environnemental et social).

Quant à la contribution des pétroliers, il fallait l'envisager à une hauteur suffisamment conséquente pour qu'elle puisse abonder un fonds qui aurait
- financé ces mesures d'aides ciblées,
- financé les nouvelles formes d'alternatives qui pourraient trouver leur sens pour les foyers dont le seul mode de déplacement reste la voiture individuelle (TAD, co-voiturage-voiture partagée-télétravail),
- mais aussi financé la politique évidemment coûteuse d'efficacité énergétique des logements.

Globalement, le mécanisme fiscal selon lequel les bénéfices des vendeurs d'énergie fossile doit financer l'efficacité énergétique reste à inventer.

Sur le gaz, après avoir annoncé il y a un an qu'il n'interviendrait plus sur le tarif du gaz, le gouvernement revient sur cet engagement et annonce des tarifs à la carte. Après le moratoire de début d'année sur le photovoltaïque, le gouvernement continue d'avancer à tâtons en matière énergétique montrant par là une absence de vision générale et créant de ce fait une incertitude forte tant dans les ménages qu'auprès des opérateurs, fournisseurs et investisseurs.

Il n'en reste pas moins que les augmentations du gaz demeurent obscures. Les opérateurs et la Commission de régulation de l'énergie (CRE) entretiennent - sans doute volontairement - une confusion et une illisibilité qui créent légitimement une suspicion. Nous aurons évidemment besoin d'obtenir de la CRE plus de transparence, de lisibilité afin que soit connue de tous la vérité sur les prix de l'énergie.

Enfin, sur l'électricité, l'annonce d'une augmentation moindre au 1er juillet, ne répond pas à une question majeure qui est, encore une fois, celle des impacts sociaux. Le fait que tous les ménages soient logés à la même enseigne quels que soient leurs revenus n'est pas juste et défendable. Pourquoi ne pas, par exemple, élargir le million de bénéficiaires des tarifs sociaux (ceux qui ont droit à la CMU) à près de 8 millions de foyers (les bénéficiaires des allocations logement) ? Et puisqu'il faut équilibrer les comptes, les augmentations nécessaires pourraient alors être plus conséquentes sur les autres foyers chez qui, dans leur budget général, une augmentation de quelques % du tarif électrique restera supportable. On peut même imaginer un malus appliqué aux surconsommations en période de pointe.

En tout état de cause, le débat énergétique reste devant nous. Ces micro mesures énergétiques n'ont rien de structurel, elles ne construisent en rien l'avenir énergétique de notre Pays qui doit répondre aux enjeux environnementaux et sociaux liés à l'énergie. Et tout ceci n'a plus réellement de sens au strict niveau hexagonal. C'est bien à l'échelle continentale européenne que nous trouverons les solutions et les moyens pour les mettre en œuvre.

vendredi 18 mars 2011

sondage de lecteur du monde.fr sur le nucléaire

Après publication de plusieurs tribunes sur le même sujet, mais développant des points de vue différents, le Monde propose aux lecteurs un sondage pour évaluer quel point de vue est le plus partagé. La tribune que j'ai co-signée avec Stéphane Cossé et Christophe Droguère arrive légèrement en tête.

Bien que ce sondage soit évidemment loin d'être fiable, pour une fois, c'est un sondage comme on aimerait en voir davantage : à savoir un sondage appuyé sur des positions de fond (tellement plus intéressant que les quasi quotidiens sondages nous annonçant Marine Le Pen au second tour !)

De plus, sur le fond précisément, ce sondage confirme une intuition personnelle : celle qu'une position médiane de "réduction" de la part du nucléaire dans un mix énergétique est sans doute aujourd'hui, en France, la position que les français approuveraient majoritairement. Or, un référendum réclamé par certains, ne permettrait pas l'émergence d'une telle position médiane.
Pire, alors que je reste convaincu (ni plus ni moins qu'avant le drame du Japon) que le nucléaire est une énergie qu'il faudra abandonner à terme, je crains, dans l'idée d'un référendum "pour ou contre le nucléaire", une fois l'émotion passée et la machine à communiquer d'Areva en route, une possible réponse "pour". Le résultat ne serait pas dans la nuance et alors que la réduction eut été possible, nous ferions un pas en arrière vers le tout nucléaire encore plus fort qu'avant.

Question du vendredi 18 mars 2011

Selon vous, la France doit-elle sortir du nucléaire ?

Non, le nucléaire est une énergie indispensable qui pourrait être cependant plus fiable. Il faut renforcer la sécurité (Jacques Percebois).
22,7 %


Non, la sûreté est l'obsession d'EDF et la demande énergétique va doubler d'ici 2050 (Henri Proglio).
4,2 %


Il est plutôt temps de créer un conseil de sûreté et de sécurité nucléaire mondial sous l'égide des grandes agences internationales (Jean-Pierre Mignard, Raphaël Romi, Sébastien Mabile et Michel Mabile).
5,1 %


Il faut surtout trouver un équilibre entre le nucléaire et les énergies renouvelables (Stéphane Cossé, Christophe Droguère, Yann Wehrling).
24,5 %


Oui, il faut arrêter ce mode de croissance et sortir d'urgence de cette soif terrifiante d'énergie (Agnès Sinaï).
12 %


Oui la France doit tourner la page de l'atome et cesser de favoriser le nucléaire au détriment des renouvelables (Michèle Rivasi).
22,2 %


Oui, le temps est venu de sortir de la religion de l'atome, la France doit rompre avec ce dogme du nucléaire (François Géal).
9,3 %


Nombre de votants : 216

mardi 15 mars 2011

Nucléaire - entre le marteau et l'enclume

Il n'est plus de mot assez terrible pour décrire l'angoisse dans laquelle les 35 millions d'habitants de Tokio doivent vivre alors qu'il est quasi certain qu'ils vont devoir subir des niveaux de radiation proches de ce que fut Tchernobyl (catastrophe de niveau 7 à Tchernobyl - de niveau 6 au Japon).
Face à cette peur sur place, il ne faut pas faire peur chez nous, et encore moins en faire une exploitation « intéressée », ni d’un côté, ni de l’autre.

Il n’est pas adapté à la situation que de jouer les VRP du nucléaire quand on est ministre de l’industrie ou président de la République.
- ils disent que le parc nucléaire est le plus sécurisé du monde. Il ne suffit pas de le dire, il faut convaincre aujourd’hui les français et nos voisins européens qui n’en sont pas certains
- on a d’autant moins envie de les croire quand le Président affirme que l’EPR résisterait au crash d’un boing 747, ce qui est précisément faux.
- Quant à l’indépendance énergétique de la France, rappelons quand même que le nucléaire ne répond qu’à 16% de la consommation énergétique totale de la France, la grande majorité restant la consommation de pétrole et de gaz.

Il n’est pas non plus adapté à la situation de la part de certains écologistes de tenter une exploitation intéressée de ce drame à quelques jours des élections cantonales.

Les français sont pris entre le marteau gouvernemental et l’enclume écologiste. Il n’existe pas dans notre pays de voie neutre et objective sur le sujet. Même l’ASN (agence de sécurité du nucléaire) est pilotée par une commission dont le Président, André Claude Lacoste, dit travailler à la vérification du nucléaire français afin d’en assurer la pérennité et la crédibilité. Or, une telle agence doit vérifier la fiabilité des centrales sans objectif autre, notamment pas de sauver une filière (pas plus que de la détruire d’ailleurs).

Pour l’heure, l’attention qui doit être la nôtre est sur les besoins des japonais. S’ils ont besoin de notre aide, il faudra la leur donner.
En France, il ne faut pas faire peur aux gens, il ne faut pas non plus leur mentir. Un débat et une information objective est donc absolument nécessaire


Ensuite, et de préférence quand l’émotion sera retombée, il faudra examiner la situation en France et en Europe et tirer les enseignements de ce qui s’est passé au Japon.

L’accident nucléaire au Japon est le résultat non pas d’un dysfonctionnement des centrales (cas de Tchernobyl) mais d’une cause « extérieure » (séisme et tsunami).

Cet accident au Japon pose la question du nucléaire en France car le Japon est, comme la France, un pays riche qui a les moyens d’assurer surveillance et sécurité de ses installations (ceci n’avait pas été le cas à Tchernobyl et pose toujours question dans certaines installations des ex pays de l’est). De toute évidence, ceci n’a pas permis d’éviter le pire au Japon. Cet accident fait donc apparaître que le problème de sécurité dans un pays riche est moins un problème « interne » qu’un problème « externe ». En cas de catastrophe naturelle majeure ou d’agression extérieure, de toute évidence, les centrales ne résistent pas. Ceci avait déjà été pointé après les attentats du 11 septembre avec l’hypothèse d’un crash d’un avion sur une centrale.

Peut-on dire que notre pays n’est pas dans une situation équivalente car nous ne pouvons connaître un séisme de cette ampleur et le tsunami consécutif ?
C’est une réponse de spécialiste et à ce que j’ai pu lire ou entendre, je n’évacuerais pas cette hypothèse dans certaines parties du territoire français. Pour mémoire, 16 réacteurs (dont 14 ont entre 25 et 32 ans – les plus vieux) sont placés sur des zones à risque sismique dit « modéré » (dont Fessenheim en Alsace). Des situations de sécheresse ou d’inondations (à craindre avec les perturbations climatiques) peuvent nuire au système de refroidissement.

Tout ceci crée une inquiétude légitime dans l’esprit des français.
Cette inquiétude est alimentée par les mensonges à répétition auxquels nous ont habitués les autorités publiques (le nuage de Tchernobyl s’était arrêté aux frontières avec l’Allemagne !).
Les écologistes, pour leur part, alarment sans cesse, à tel point que, telle la fable du berger qui criait au loup, les gens ne savent plus si c’est vraiment grave.



Ce qui me semble utile de demander :
- répondre favorablement à la demande de l’Autriche qui a demandé un « test de résistance» de toutes les centrales nucléaires en Europe, en commençant par les plus vieilles dont la fermeture est à programmer de toute façon. Le problème énergétique est en effet un problème européen (surtout en matière de risque car si une centrale explose en Europe, le nuage radioactif touchera tout le continent. C’est aussi une question d’approvisionnement dans un marché de l’énergie désormais ouvert). Un tel test de résistance doit être réalisé par des gens qui n’ont aucun avis sur le nucléaire afin que ce test soit transparent et indépendant.

- Répondre favorablement à l’idée d’un débat qui a toujours été refusé en France y compris lors du Grenelle de l’environnement. Ce débat doit porter sur l’avenir non pas du nucléaire mais de l’énergie en France et en Europe. En effet, ne parler que du nucléaire c’est comme parler d’un ingrédient d’un plat sans parler du plat lui-même. Les pays qui ont décidé de se passer du nucléaire on du rouvrir des centrales à charbon ou au gaz (avec les effets d’émissions de CO2 qui en résultent). La consommation énergétique de notre pays est à 80% basée sur des énergies de « flux », à savoir le pétrole et le gaz, un peu la biomasse (circulation des véhicules, chauffage, industries) et à 20% d’électricité. L’électricité est produite à 80% par le nucléaire et à 20% par un mixte charbon, gaz, hydroélectrique et une faible part d’énergies renouvelables que sont l’éolien ou le solaire ou le bois énergie (environ 5%). Quand on additionne tout (électricité+flux), le renouvelable constitue moins de 15% de notre production d’énergie en France, le nucléaire 16%.

- Quant à conclure ce débat par un référendum, pourquoi pas, mais attention aux deux écueils :
  1. la réponse oui/non est une simplification d’un débat forcément complexe. Rappelons-nous le débat TCE qui était une question complexe à laquelle il a fallu répondre de façon simple… trop simple. Il faut être conscient que l’équation énergétique n’est pas simple aujourd’hui : le débat reste dogmatique et tendu entre pro et anti-nucléaire ; nous restons dépendants des énergies fossiles dont il faut se défaire au plus vite ; les solutions renouvelables et d’efficacité énergétique ne sont pas encore en capacité de fournir tous les besoins ; Tout ceci est dans un contexte de demande énergétique en expansion
  2. quelle sera la question posée ? le nucléaire seul ou le mix énergétique, à savoir la réduction progressive de la part du nucléaire dans notre production énergétique ? Au risque de retours en arrière brutaux ou de réouverture de centrales charbon ou gaz, je préfère une ligne directrice de réduction du nucléaire qu’une décision tranchée qu’on ne pourrait assumer.
La question de fond, qui doit être posée à froid, est celle de savoir si notre pays doit continuer de considérer le nucléaire comme une énergie en soi ou une énergie de transition dont il serait préférable de se passer à terme. Autrement dit, énergie durable ou énergie de transition en attendant d’avoir les alternatives permettant de couvrir tous nos besoins ? Quoi qu’il en soit, nous devons avoir à l’esprit que nos choix ne doivent pas empêcher les générations futures d’en faire d’autre. Comme le dit Arnaud Gossement sur son blog, une éolienne, les générations futures peuvent les démonter. Une centrale nucléaire, non.

A ce stade, à titre personnel, les pistes raisonnables, serait d’envisager une réduction de notre production électrique d’origine nucléaire, avec un objectif de 50% (au lieu de 80%), à un horizon de 20 ans. Dans un premier temps, ceci doit permettre de fermer les centrales nucléaires les plus vieilles, dont celle de Fessenheim (qui, pour être refroidie, a été arrosé au jet d’eau lors d’un des derniers étés caniculaires !). Il faudra donc trouver en 20 ans une source de remplacement de l’énergie nucléaire pour 30% de notre production électrique. Il faudra donc rééquilibrer considérablement les moyens de la recherche publique pour les énergies renouvelables (la majorité de ces moyens étant aujourd’hui dévolu au nucléaire), et cesser de mettre des bâtons dans les roues de leur développement, notamment le photovoltaïque et l’éolien. J’estime que la moitié (15 à 20%) peut être fournie par l’éolien, le photovoltaïque et la biomasse (bois+énergie issue des déchets). L’autre moitié (10 à 20%) doit être le résultat d’une politique offensive de réduction et d’efficacité énergétique (nous devons notamment booster une filière de l’efficacité énergétique, à savoir l’amélioration optimum de la performance énergétique des machines d’une part, et le développement à grande échelle d’un réseau électrique intelligent qui permettrait en temps réel, dans chaque foyer d’optimiser les consommations énergétiques).