jeudi 23 juin 2011

Fessenheim prolongé de 10 ans

La gestion de ce dossier est entre légèreté et entêtement.

Alors que sa durée de vie initiale était de 30 ans, c'est en 2006 qu'on aurait du commencer à examiner la prolongation de Fessenheim afin que la date anniversaire des 30 ans, à savoir 2008, soit une année de décision. Nous voilà en 2011 et on nous annonce qu'on décide de la prolonger alors que c'est déjà une prolongation de fait de 3 ans !.

Et c'est près de 14 autres réacteurs qu'on aurait du fermer aujourd'hui si on avait respecté le délai des 30 ans et pour lesquels ont octroie des prolongations de fait.

On joue vraiment avec le feu et je ne trouve pas cela responsable.

Le vrai débat au fond sera de trancher la question de la durée de vie au delà des 40 ans car certains préparent activement l'idée de les faire vivre 60 ans, ce qui serait hautement irresponsable de mon point de vue. Outre le risque évident qui augmente, c'est aussi un coût.

Quoi qu'il en soit, gardons bien à l'esprit que même si on passe à 40 ans tous nos réacteurs, à partir de 2018, il faudra fermer près de 45 réacteurs sur 58 en seulement 10 ans ! Dès lors, n'attendons pas pour se préparer à cela très très vite.

mercredi 22 juin 2011

Jean-Paul Huchon échappe à l'inégibilité

Je viens d'apprendre que le Conseil d'Etat a estimé que l'élection de Jean-Paul Huchon ne "justifiait pas d'être annulée" mais que son compte de campagne pour les régionales méritait malgré tout d'être rejeté.

Je n'ai évidemment aucune inimitié à l'égard du Président du Conseil régional d'Ile de France et je suis plutôt content pour lui qu'il puisse conserver son mandat.
Mais les décisions du Conseil d'Etat ont quelque chose d'infiniment désagréable... ce quelque chose est qu'elles me donnent le sentiment qu'on n'est pas jugé de la même manière selon le poids politique que l'on peut avoir.

Soyez un "candidat" sans grand relais, et vous serez à coup sûr, pour une broutille, écrasé sans recours possible. J'en fus lors des dernières régionales, avec, à la clef, quelques petits articles et commentaires désagréables dans la presse locale qui vous font passer pour un homme malhonnête ou léger dans sa gestion. Je m'étais alors penché sur les décisions de la commission des comptes de campagne et les décisions du Conseil d'Etat. Pour le moins, c'est le règne de l'aléatoire : avec, d'une part, des préconisations de rejets sur des erreurs qui sont de toute évidence non intentionnelles et qui valent à leurs auteurs des sanctions très lourdes, et d'autre part des remarques sur certains comptes qui relèvent manifestement de détournements d'argent public et qui restent, contre toute attente, sans poursuite.

Soyez puissant (Président de la République, Premier Ministre, Maire d'une grande commune ou Président d'un conseil régional de première importance) et vous aurez de grande chance de vous en sortir alors même que les griefs portés à vos comptes de campagne sont au moins aussi importants que ceux qui ont conduit quelques autres illustres inconnus à être sanctionnés.

"Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir"

jeudi 16 juin 2011

le référendum italien : une envie de maitriser l'avenir

Le référendum italien n'a finalement pas eu beaucoup d'impact dans notre actualité nationale.
Et pourtant, à bien y réfléchir, il comporte tout de même quelques questions intéressantes qui dépassent largement le contexte italien.

Première remarque : en Italie, on peut faire des référendum d'initiative populaire. En France, la Constitution le permet, mais, évidemment, la loi d'application n'a toujours pas été proposée au Parlement... et pourtant, on ne peut pas dire que ce gouvernement est avare en proposition de loi de toute nature.

Deuxièmement, j'ai été évidemment surpris par l'ampleur des réponses : plus de 90% de oui aux questions posées. 90% d'un avis qui est exactement l'inverse de ce que le gouvernement Berlusconi voulait faire. Alors évidemment, on dira que ce sont les électeurs opposés à Berlusconi qui constituent la majorité des 57% de participants (les partisans de Berlusconi ayant été appelé à rester chez eux par Berlusconi lui-même... et finalement, bien mal lui en a pris car s'il n'avait rien dit, la participation aurait été encore plus élevées, mais avec un rejet sans doute moins fort). Mais peu importe, 57% des italiens qui disent oui à plus de 90%, cela veut dire quelque chose de très fort.

Ce "quelque chose", certains simplifieront en disant que c'est un rejet de Berlusconi. Ce que cela m'inspire plutôt, c'est qu'un peuple a voulu se saisir d'une opportunité de manifester un choix sur des options lourdes pour le Pays : l'énergie, l'eau en l'occurrence.

Cela me rappelle un propos de Michel Serre. Il avait souvent constaté que dans notre démocratie pourtant d'un niveau correct, les grandes modifications de notre quotidien n'ont que rarement été un choix qu'on a proposé aux électeurs. Son exemple, pas si farfelu que cela, concernait nos paysages. Il parlait de son enfance et comparait ses paysages d'enfance à ceux d'aujourd'hui. Ses paysages d'enfance étaient ceux d'une France vallonnée et couverte de petits bosquets ou vergers. Les paysages d'aujourd'hui, fruit d'une agriculture hautement mécanisée, ont été si arasés que les collines se sont aplanies et que là où il y avait des vallons, il y a aujourd'hui des plaines plates. Il constatait que jamais on avait demandé leur avis aux français sur la transformation probable de leurs paysages. En effet, si on leur avait dit que les paysages vallonnés et les vergers allaient disparaître au profit de vaste plaines plates de céréales, un petit débat aurait existé. En réalité, ceci eut été difficile car je devine qu'au lendemain de la guerre, l'impérieuse nécessité de rendre plus efficace notre agriculture primait sur tout autre considérant et que nul ne pouvait imaginer les conséquences environnementales et paysagères. Et puis, il y a 60 ans, quand la PAC fut pensée, l'idée de demander son avis au peuple sur des sujets pareils relevait de la plaisanterie.

Cette réflexion de Michel Serre, je la mets en parallèle de ce référendum italien car cet avis des italiens nous montre à quel point une orientation voulue par des gouvernants peut être très fortement contraire à ce que pense le peuple. Et ce n'est pas la première fois que sur des sujets bien précis, on constate que la majorité des parlementaires ne pensent pas comme la majorité du peuple. On peut bien évidemment se dire qu'il faut parfois avancer de manière éclairée par rapport à un peuple qui peut rester dans l'émotion. Tout le monde garde en mémoire ces remarques récentes d'un Robert Badinter qui avouait qu'en 1981, le candidat François Mitterand n'avait pas gagné en faisant de l'abolition de la peine de mort le point principal de son programme. Pire, s'il l'avait fait, il aurait perdu. Et pourtant, cette abolition, alors qu'elle était minoritaire dans la population, restera comme une des plus grandes avancées des années Mitterand.

Ne tombons pas pour autant dans un élitisme dangereux. Il appartient à cette élite élue de faire de cette démocratie un objet éclairé (et le moins que l'on puisse dire, c'est que le débat politique actuel n'éclaire pas grandement le peuple). Ce qui est certain, c'est que les grands choix de société doivent faire l'objet de vrais et longs débats... surtout si ce qui est envisagé nous engage sur des dizaines d'années. Le nucléaire et l'eau sont de ces sujets, l'éthique en politique également. Et les italiens ont eu raison d'aller aux urnes.

Et évidemment, là où les responsables politiques font mal leur travail, c'est quand ils laissent ce type de référendum se faire en vitesse, sans le débat, la contextualisation et la mise en perspective absolument nécessaire. Ne surestimons, ni ne mésestimons un peuple dans sa capacité de comprendre les tenants et aboutissants des problèmes, mais le climat dans lequel le référendum italien a été mené - même si son résultat me satisfait -, ne nous leurrons pas, a forcément laissé la place à un niveau d'émotion trop élevé (ambiance politique délétère, affaires, catastrophe de Fukushima...).

Il y a donc, dans ce référendum italien plusieurs leçons à tirer :
- oui, l'outil référendaire est nécessaire pour recaler peuple et gouvernants, régulièrement, sur des sujets engageant le pays sur de longues années.
- mais, puisqu'il s'agit de sujets "engageants sur du long terme", donnons nous les outils et les moyens de prévoir quelles doivent être ces questions avec un temps long préalable à ces consultations. Temps long durant lequel un débat serein et argumenté tenterait précisément de faire une prospective de long terme sur les conséquences de nos décisions ...

... pour éviter dorénavant de subir que nos vallons variés deviennent des plaines monotones, ou que ... nos enfants gèrent une radioacitivité dont ils ne tireront plus aucune énergie, que notre eau perdent son caractère de bien commun de l'humanité pour devenir une ressource chère, inaccessible à des milliards d'humains, et ouverte à toutes les spéculations commerciales.