jeudi 29 mars 2012

HAUSSE DU PRIX DU CARBURANT : panique à bord



Depuis quelques jours, les états-majors politiques découvrent que le prix des carburants est en hausse à un point que les français en font un sujet  - légitime – d’inquiétude.

Tout bon candidat à la présidentielle doit donc, en toute démagogie, chercher à la hâte LA proposition qui résoudra immédiatement le problème. Le PS nous ressort la TIPP flottante, l’UMP nous propose le recours aux stocks stratégiques.

Dans les deux cas, c’est une fuite en avant pour tenir jusqu’en mai.
Dans les deux cas, on baissera artificiellement et passagèrement les prix avec quelques conséquences collatérales délicates.

Baisser artificiellement les prix est une manière de masquer aux yeux des français la réalité d’un carburant dont le prix ne peut pas baisser durablement. Et quand la mesure viendra à terme car les deux mesures ne sont pas tenables plus de quelques mois, les prix rattraperont le retard et le choc sera alors extrêmement rude à supporter. Trop rude... mais la présidentielle sera passée ! PS et UMP le savent et ce cynisme est assez insupportable.

Les conséquences collatérales de la TIPP qui serait baissée c’est évidemment un manque à gagner considérable dans les caisses de l’Etat. Si on baissait le carburant de 10 cts d’euros via la TIPP, c’est près de 4 milliards d’euros de perte fiscale pour l’Etat. Imaginons que l’Etat veuille maintenir cette baisse de 10cts, il serait obligé de renouveler l’opération à chaque fois que le carburant connaîtrait une hausse de 10cts (si on prend référence sur les deux dernières années, c'est tous les 6 mois !). Quand la hausse aura atteint 60 centimes, l’Etat aura perdu 25 milliards et la TIPP sera dans les faits supprimée. Au delà, il faudra « subventionner » les carburants. Inimaginable au regard de la situation des finances publiques.

Pour ce qui concerne le recours aux stocks stratégiques, c’est une partie des 90 jours de nos réserves qui seraient ainsi injectée dans le réseau. Réserve qu'on devra reconstituer tôt ou tard... disons, après la présidentielle par exemple ?

Ces mesures socialistes ou UMP sont, de plus, des mesures qui ne cherchent pas réellement à penser les choses sur le long terme. Ceci démontre au passage que nous manquons de responsables politiques qui ont des visions de long terme et que le court-terme dans lequel nous gérons les pays est un réellement dramatique.

Le long terme sur le carburant c’est avant tout de considérer que, pour des raisons économiques et écologiques, nous devons nous défaire de notre dépendance au pétrole plutôt que de tenter de gagner du temps dans notre dépendance.
"Pour des raisons économiques" : rappelons que notre déficit commercial est en grande partie  à notre facture énergétique : Près de 60 milliards d’euros dépensés en achat de pétrole et de gaz à des pays du Moyen orient et à la Russie.
"Pour des raisons écologiques" : car rien ne sert de s’engager à réduire nos émissions de gaz à effet de serre si c’est pour poursuivre sans cesse à prendre des mesures qui, dans les faits, nous maintiennent dans une combustion, sans fin, d’énergie fossile.

Pour autant, le constat selon lequel beaucoup de foyers sont pris à la gorge avec ces hausses du prix du carburant est une réalité. Notons au passage que les socialistes auraient pu tempérer leur proposition d’une priorité aux plus démunis. Car tous les consommateurs de carburant ne sont pas logés à la même enseigne. Qu’un smicard puisse faire son plein sans que cela ne constitue jusqu’à 10% de son revenu, c’est souhaitable. Un français aux revenus mensuels dépassant les 5000 euros supportera plus aisément les hausses actuelles.

On peut par exemple imaginer des mesures d’urgence consistant à proposer un tarif social des carburants pour celles et ceux qui ont des tarifs sociaux électriques ainsi que pour les français à revenus faibles ou moyens résidant dans des zones rurales ou de montagne peu desservies en transport en commun. Cette « aide » pourrait se concevoir sous la forme d’un bon de réduction « carburant » à présenter aux stations.

Une réduction globale du prix des billets de tous les transports en commun agirait également comme une incitation pour le recours à des alternatives à la voiture individuelle. Agissons notamment pour que la SNCF proposent des tarifs à la fois plus transparents, plus stables et globalement moins couteux en seconde classe. 

Les deux mesures précédentes pourraient être financées par une nouvelle taxe appliquée au chiffre d’affaire des compagnies distribuant le carburant en France.

Sur le long terme, nous devons engager des réformes plus fortes encore :

- expérimenter dans les hyper-centres urbains les péages urbains visant à réduire encore davantage le nombre de voitures individuelles. L’objectif est de réduire les mobilités des véhicules individuels là où il est le plus commode de recourir à des alternatives de transport en commun, à savoir dans les grands centres urbains. Le bénéfice de ces péages irait directement dans le financement des transports en commun.  

- Faciliter en rendant plus commodes et plus agréable dans les zones urbaines les parcours piétons de courtes et moyennes distances (signalisation, zones piétonnes, incitation à rapprocher les commerces alimentaires de ces couloirs, …)

- Lancer un plan « Bus du 21e siècle », visant à développer massivement des modèles variés, modulables en taille, et souples, de bus plus confortables, plus modernes, munis de toutes les meilleures technologies et options et moins couteux et plus souple d’usage que les trams ou les métros. L’usage plus important du bus dans les zones urbaines sur des parcours complémentaires peut délester utilement les lignes les plus engorgées de tram et de métro ou de RER. Dans les zones rurales, des modèles de petites tailles peuvent répondre mieux aux besoins.

- Rendre plus vertueux la modulation du versement transport pour les entreprises menant des opérations favorisant, auprès de leurs employés, l’abandon de la voiture individuelle solo (co-voiturage, ligne privée de bus, parc de vélos…).

- Lancer un plan « mobilité et numérique » visant à favoriser l’usage des nouvelles technologies en vue de réduire les mobilités (télétravail, transport à la demande, auto-partage, co-voiturage via les smart-phones).

- Mettre en place sans plus tarder la taxe « poids lourds » européenne dont les recettes doivent alimenter les caisses de l’Agence de Financement des Infrastructure de Transport. L’Agence pourra notamment mener un dialogue avec les transporteurs afin d’établir une modulation de cette taxe (à recette globale constante) visant notamment à éviter les camions qui roulent à vide et favoriser les circuits courts avec des transports de courtes distance au détriment des transports de longues distances.

- Taxer le kérosène pour les vols intérieurs (1,3 Milliards d’euros selon la Cour des Comptes)

- Et enfin, biensûr, investir fortement dans la recherche, l'innovation et la production industrielle à la fois dans les voitures du futur (partagées, de petites tailles, peu voraces en énergie) et dans les nouveaux carburants verts (issus par exemple des micro-algues ou des déchets). De telles filières industrielles, à n'en pas douter, auraient un potentiel à devenir des industries exportatrices puissantes. 

jeudi 15 mars 2012

Les propositions "développement durable" de François Bayrou


La mutation que nous connaissons est une étape, irréversible, vers un autre modèle environnemental. On ne pourra plus revenir en arrière. C'est à une production et à une consommation plus durables, à un meilleur respect des ressources rares, à la lutte contre le réchauffement climatique que nous devons nous atteler. C'est le but de l'écologie positive, tout entière au service de l'homme et de la nature. La France doit être pionnière en la matière.

  1. Financer les politiques de développement durable : créer un fonds d’investissement dédié au développement durable, alimenté par les quotas carbone issus du protocole de Kyoto, l’investissement privé, et l’épargne populaire. Il investira dans l’efficacité énergétique du logement et des transports, dans le capital des projets industriels d’énergie renouvelable, la recherche dans le domaine des énergies nouvelles, et la restauration et la préservation de la biodiversité ; Créer un malus environnemental sur les produits de consommation les plus nuisibles à l’environnement
  2. Créer un consortium européen de l’énergie renouvelable, à l’image d’EADS, en lien avec nos partenaires européens
  3. Moduler dans un cadre européen l’impôt sur les sociétés en fonction de leurs performances environnementales ;
  4. Rénover le bâti ancien pour limiter nos émissions de CO2 : simplifier et amplifier significativement le mécanisme des certificats d’économie d’énergie ; 
  5. Créer un organisme public / privé pour accompagner les projets de rénovation énergétique, intervenant directement auprès des particuliers propriétaires ou des entreprises pour les conseiller dans les travaux les plus efficaces à envisager et pour faire le suivi des travaux afin que ces derniers soient effectués avec le plus d’efficience possible ; 
  6. Moduler la taxe sur le foncier bâti en fonction de la performance énergétique des bâtiments ;
  7. Conforter l’indépendance de l’Agence de Sureté Nucléaire en intégrant des experts européens et en donnant aux citoyens la possibilité de poser des questions avec obligation pour l’agence de donner une réponse publique ;
  8. Stabiliser et simplifier les règlementations administratives et fiscales pour les énergies renouvelables sur les 20 prochaines années ;
  9. Préserver la biodiversité : limiter l’imperméabilisation des sols en France à terme à 10 % maximum du territoire, en modulant notamment les dotations de l’Etat en fonction de la maitrise de l’étalement urbain ;
  10. Organiser un débat sur l’avenir de la production électrique en France, dès le début de la mandature, dont l’objectif est de définir un scénario et une feuille de route à un horizon 2030, avec des rendez-vous d’étape tous les 3 ans. Cette feuille de route devra assurer à la fois l’approvisionnement électrique nécessaire, réduire le plus possible le recours aux énergies carbonées en visant un développement massif des énergies renouvelables qui devraient atteindre en 2030 40% de la production électrique française ; Pour le nucléaire, énergie de transition, la garantie de sécurité des installations est non négociable.