mardi 24 décembre 2013

Aéroport Notre Dame des Landes : si vous n’y renoncez pas pour la biodiversité, renoncez-y pour préserver l’argent public.


Ainsi donc, avec les tout récents arrêtés qui portent sur la biodiversité et l’eau bientôt sacrifiées à Notre Dame des Landes, il se confirme que le temps donné à la concertation n’était qu’une concession passagère.

Mais au fait, quels sont les arguments en faveur de cet aéroport ?

Une exigence des compagnies aériennes ? La plupart laissent prudemment la défense de ce projet aux politiques… bien conscientes sans doute que cette affaire est plus une question politique qu’économique. A tel point qu’il se murmure que ce projet fait sourire les responsables des grands aéroports européens.

Des perspectives de faire de cette plateforme un hub régional avec des longs courriers ? Une illusion sans fondement réel. Tout porte à penser que cette idée sera rapidement un échec. En dehors de Paris, quasiment aucune ville française n’y parvient. Pourquoi Nantes y arriverait-elle alors qu’elle est à 2 heures de Paris et ses hubs internationaux de Roissy et Orly ?

Développer des liaisons vers les grandes capitales européennes ? Pourquoi pas. Mais quelques aménagements bien moins coûteux de l’aéroport existant seraient largement suffisants, ainsi que l’ont démontré Bordeaux et Marseille. Sans parler des coûts d’exploitation dus à l’éloignement largement sous-estimés dans le projet. Coûts qui laisseront aux contribuables de demain de bien amères factures à régler.

Les bocages et la biodiversité ne semblent pas émouvoir le gouvernement, pas plus que l’anticipation d’une économie marquée demain par la pénurie du pétrole. Ce serait peine perdue de le convaincre sur ces points. La réponse est « l’intérêt général ». Un jour peut-être, saura-t-on considérer que la préservation de la biodiversité est un intérêt général majeur.

En attendant, évoquons dès lors un autre intérêt général : celui du denier public. Ce projet est une dépense somptuaire. De celles qui sont censées montrer toute la puissance d’un territoire…parfois et souvent au détriment de bien des besoins publics qui demeurent insatisfaits. N’a-t-on pas changé d’époque ? Et si ce n’est pas le cas, ne devrait-on pas changer d’époque ? L’argent public se fait rare. L’économie réelle qui l’alimente est exsangue. Il est bien normal de faire des sacrifices en période de crise. Chaque français en fait aujourd’hui. Mais tout cela n’est acceptable qu’à condition que les responsables politiques qui exigent ces sacrifices veillent dans le même temps à des réductions du train de vie de l’Etat et des collectivités locales, un autre rapport à la dépense publique, plus efficace, plus essentielle, consistant à ne faire que ce qui est absolument nécessaire. 

Aucun argument économique solide ne peut être mis en avant pour justifier une telle dépense. La seule justification qui reste est donc le « prestige ». Cet aéroport n’est donc pas indispensable, on peut s’en passer.

Chantal Jouanno, Laurence Vichnievsky, Yann Wehrling, Franck Laval, Gilles Lacan

jeudi 19 décembre 2013

Intervention à une table ronde sur le réchauffement climatique


Intervention à la table ronde « quel rôle pour l’Europe dans les négociations internationales sur le climat ». Rome, lundi 2 décembre 2013.

Yann Wehrling

En premier lieu, je veux faire ce qu’il conviendrait que chaque individu convaincu du réchauffement climatique fasse en tout lieu public où il peut s’exprimer : expliquer et rappeler qu’il y a bel et bien un réchauffement climatique dont l’activité humaine est responsable.

On pourrait être tenté de dire que j’enfonce une porte ouverte. Malheureusement, il n’en est rien. Mon souhait n’est pas tant de convaincre cette assemblée qui, j’en suis certain, partage largement le constat du dérèglement climatique. A tel point que nos discussions commencent souvent par un débat technique sur les moyens de réduire nos émissions avant même de vérifier si tout le monde autour de nous est bien d’accord sur la nécessité de le faire.

 En dehors des colloques dédiés à ce sujet, comme aujourd’hui, le scepticisme, souvent discret et sourd, est réel. La pause, constatée depuis quelques années, dans le réchauffement climatique alimente ce scepticisme et nombre de décideurs politiques et économiques doutent. Ils sont malheureusement plus nombreux qu’on ne le croit. Avec la crise économique actuelle, ce scepticisme se révèle d’ailleurs davantage. C’est pourquoi, je crois utile que chacun relaie plus encore les faits : A l’échelle de la vie de notre planète, il y a eu certes d’autres périodes de réchauffement, appelée « aires interglaciaires ». La corrélation entre ces périodes et la quantité de CO2 dans l’atmosphère a été vérifiée dans les carottages effectués dans les glaces des pôles. L’élévation progressive des degrés et du taux de CO2 s’est en moyenne déroulée à raison de +80ppm (partie par millions) sur quelques 5000 ans pour atteindre, dans le maximum des cas, près de 300 ppm dans l’atmosphère. C’est en moins d’un siècle que nous avons connu cette augmentation de quantité de CO2, pour être aujourd’hui à 388 ppm. Autrement dit, sans se perdre dans ces données techniques : en quelques décennies, l’augmentation de CO2 dans l’atmosphère a dépassé les niveaux les plus élevés jamais enregistrés, et ce en un petit siècle au lieu des 5000 ans habituellement remarqués. Un seul phénomène terrestre peut expliquer cela : l’aire industrielle de l’activité humaine et de son recours massif aux énergies fossiles.

Seconde remarque : Nos débats politiques ont l’épouvantable défaut de ne pas relier les sujets entre eux. Nous débattions de la crise économique ce matin et nous évoquions à cette occasion l’indépendance énergétique, le gaz récemment découvert en Méditerranée, les débats autour des gaz de schiste dont on dit qu’ils ont changé la donne aux Etats Unis et dont de nombreux milieux économiques aimeraient voir le développement en Europe, ou encore la renaissance probable du charbon (j’ose à peine évoquer les nouveaux gisements ouverts près des pôles grâce précisément à la fonte des banquises). Tout cela, bien évidemment, étant présenté positivement comme autant d’opportunités de développements économiques. Cet après-midi, nous parlons des changements climatiques et de la nécessité de réduire nos émissions de CO2. L’incohérence entre les deux débats est manifeste. Je ne sais pas si nous sommes schizophrènes. En réalité, la même personne peut défendre à la fois le pragmatisme sur le recours aux nouvelles énergies fossiles présentes sur notre sol, et défendre la lutte contre le changement climatique. Le débatteur du matin est dans le présent, celui de l’après-midi est dans le futur. Les temps ne sont pas les mêmes.

Or, nous devons se faire se rejoindre le temps court et le temps long. C’est cela en réalité le développement durable : mettre un lien entre le présent et le futur. Autrement dit, prendre des décisions aujourd’hui en cohérence avec ce futur que nous voulons. Ceci n’empêche nullement le pragmatisme, bien au contraire. Car ne raisonner le futur sans jamais tenir compte du point de départ, sans faire l’effort réformiste de définir précisément les très très nombreuses étapes intermédiaires, … ne pas faire tout cela s’appelle l’utopie. Bref, gérer le présent sans penser au futur, c’est foncer dans le mur. Mais inversement, penser le futur sans gérer le présent, c’est foncer dans le mur de la même manière.

Ayant dit tout cela, comment répondre à la question posée : donner à l’Europe un rôle dans les négociations internationales. A première vue, le constat est noir. Les derniers rounds de discussion sont au point mort. Tandis que l’Europe avance seule, les autres continents sont, au mieux, nuls, au pire, augmentent leurs émissions de gaz à effets de serre (GES).

A l’échelle de l’Europe, nous n’avons certes pas à rougir de ce que nous avons fait et des objectifs que nous nous sommes donnés. Nous sommes les meilleurs. Mais cela ne suffit pas. Nous ne représenterons bientôt plus qu’une toute petite partie des émissions mondiales. Ce sera un paradoxe, mais parce que nous aurons été les meilleurs et les autres les pires, nous aurons de moins en moins voie au chapitre. Or, nos efforts n’ont pas qu’un seul aspect : la baisse de nos émissions de GES. Il y a derrière cela une expertise diffuse, technique, financière, et industrielle en économie d’énergie, en efficacité énergétique et en énergies renouvelables. En faisons-nous une force ? Je ne le ressens pas. Au contraire, nous constatons des faiblesses insupportables : nos entreprises du solaire, en France par exemple, sont dans l’échec, ferment ou partent. Nous subissons une concurrence déloyale du photovoltaïque chinois. Ce sont des anomalies inacceptables dans un continent qui est le plus engagé sur le terrain de la lutte contre le réchauffement climatique.

Je suis convaincu que la solution est dans le dépassement des logiques nationales dans le champ industriel de l’énergie. Je n’ignore pas qu’il y a des freins puissants à la mise en commun des solutions industrielles et commerciales dans le domaine de l’énergie… notamment dans mon propre pays. Dans le même temps, je ne crois pas possible de continuer ainsi. Il est temps qu’une politique énergétique commune voit le jour… même si cela ne devait se faire, dans un premier temps, que sous la forme d’une coopération renforcée à l’échelle d’un groupe moteur d’une demi-douzaine de pays de l’Union. Même à 6 pays, elle pourrait être de même ampleur et de même nature que la PAC par exemple. Il pourrait en naître des géants industriels européens de l’énergie renouvelable. Il pourrait en naitre un programme européen financièrement de grande ampleur consistant par exemple à demander à la BEI d’octroyer des prêts à taux zéro à tout pays désireux de faire des investissements lourds dans le domaine de l’efficacité énergétique et de la maîtrise d’énergie, des réseaux, ou du stockage d’énergie.

Une étude de 2011 de la Commission européenne estimait qu’une politique ambitieuse dans le domaine de l’économie et l’efficacité énergétique pouvait avoir un impact sur le pouvoir d’achat des ménages de près de 1000 euros par an et par ménage européen. De plus, lier un tel programme commun au pouvoir d’achat des ménages, c’est faire redescendre au plus près du quotidien une Europe qui subit aujourd’hui un désamour sans précédent.

Enfin, au-delà des systèmes de quotas qui ont toute leur importance, n’ayons pas peur de relancer le débat sur la contribution carbone que je simplifierais en parlant de prélèvement européen sur les bénéfices réalisés en Europe par les compagnies pétrolières et gazières. Le constat est simple : le financement des énergies renouvelables, des économies d’énergies et de l’efficacité énergétique coûte cher. Les bénéfices des compagnies pétrolières et gazières réalisés en Europe sont conséquents. Il ne me parait pas choquant, à l’échelle européenne, de penser qu’une part de ces bénéfices devrait pouvoir servir au financement des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique et des économies d’énergies. Trouvons (ou retrouvons) un consensus politique sur ce principe et définissions ensuite les modalités précises pour le concrétiser.

 Ces quelques pistes pour une Politique Énergétique Commune auraient, à mon sens, deux objectifs :

- Le premier, donner un singulier coup d’accélérateur à la réduction de notre dépendance aux énergies fossiles, augmenter de ce fait notre indépendance énergétique, alléger les déficits des balances commerciales des États membres (dont la part d’achat de pétrole et de gaz est considérable), augmenter le pouvoir d’achat des ménages… and, last but not least, réduire bien évidemment nos émissions de GES encore bien davantage que ce que nous avons programmé.

- Le second, plus important à mes yeux, c’est de créer une activité et un dynamisme économique exceptionnel, basé sur l’inventivité de nos industries, de nos réseaux de recherches, alliant énergie et nouvelles technologies. En somme, faire du continent européen, un continent rayonnant dans le domaine des énergies renouvelables, de la maitrise et l’efficacité énergétique.

Ce rayonnement ferait la démonstration qu’une économie « low carbon » est une économie de croissance plus prometteuse qu’une économie « high carbon ». Si nous faisons cette démonstration, les continents suivront (à nouveau) l’Europe dans un engagement commun et mondial de lutte contre le réchauffement climatique.

mercredi 30 octobre 2013

Lutter contre la pollution de l’air : une priorité politique pour la prochaine équipe municipale à Paris


Avant l’été de cette année, AirParif rendait public son rapport faisant état de la pollution de l’air à Paris. En tirant la couverture à eux, s’attribuant tous les mérites d’une situation meilleure aujourd’hui qu’il y a 10 ans, l’équipe en place à la mairie de Paris aura donné le sentiment que tout va bien dans le meilleur des mondes. D’ailleurs, sur les 30% de réduction de la pollution de l’air au cours des dernières années, la mairie ne peut s’en attribuer que 10%, soit quelque 1% par an. Le reste, à savoir la majorité des raisons de cette réduction, nous la devons à l’application progressive des normes européennes et au renouvellement du parc automobile (les voitures d’aujourd’hui polluant moins).

 Non, tout ne va pas bien dans le meilleur des mondes. Malgré cette amélioration, et parce que nous partons de loin, Paris reste une ville dont la qualité de l’air reste globalement médiocre. Près d’un parisien sur deux est exposé à des niveaux de pollution dépassant les normes européennes. En 2012, plus de la moitié de l’année, Paris a connu 189 jours de dépassement de ces normes.

La conséquence la plus grave est sanitaire. L’OMS le rappelait il y a quelques semaines : la pollution de l’air est cancérigène. Dit plus clairement : la pollution de l’air tue. La Commission européenne estime qu’à l’échelle de l’Union européenne, la pollution de l’air est responsable de 350 000 décès prématurés.

Malgré ces alertes sérieuses, le sentiment général est que les responsables politiques ne semblent pas en avoir fait une priorité absolue. Nous avons décidé d’en faire notre priorité : la lutte contre la pollution de l’air sera l’un des 4 grands chantiers que nous envisageons sur la mandature (au côté du logement, du soutien aux PME, et de l’éducation et la formation).

 En faire notre priorité, cela veut dire que nous devrons avancer avec efficacité, et donc en cherchant une adhésion maximale d’une majorité de parisiens. C’est pourquoi, loin de toute idéologie, pour nous, l’efficacité de l’action doit être synonyme de réalisme :
  • Réalisme parce qu’il faut viser l’acceptabilité des mesures. Nous doutons, sans doute à juste titre, que les parisiens, tout comme le reste des français, acceptent aisément des mesures qui se traduiraient par de nouvelles contraintes réglementaires ou de nouvelles charges financières dans leur budget. On vient de le voir avec l’éco-taxe. Son échec, avant d’être celui de la mesure elle-même, est le résultat d’une sur-fiscalisation de tout et de tous que les français ne supportent plus. Nous avons cherché un panel de mesures qui évite au maximum le recours à des contraintes nouvelles. C’est un pari, et une nécessité aussi : celui de changer l’image de l’écologie, à savoir faire en sorte qu’elle rime avec « envie » et non pas qu’elle continue d’être synonyme de contraintes. C’est la clé de la réussite.
  • Réalisme aussi, parce qu’il y a la question des finances publiques. La maîtrise de la dépense publique, cher à notre famille politique, nous invite à imaginer des politiques publiques qui coûtent peu, voire qui permettent des économies. 
Sur ces deux considérants que nous jugeons essentiels, nous avons construit notre programme. Près de 60 mesures y sont déclinées pour réussir en une mandature à ne plus exposer aucun parisien à des niveaux de pollution de l’air dépassant les normes européennes. L’indicateur, nous l’avons : celui publié chaque jour par AirParif. Il va de 0 à plus de 100 et mesure une pollution allant de « très faible » à « très élevée ». Le dépassement des normes se situe au niveau 50. Notre objectif est de faire en sorte que cette barre des 50 ne soit plus jamais dépassée. 
La solution n’est pas unique. Bien sûr, des mesures « clé en main » ont été imaginées au plan européen et national, aux acronymes obscures (ZAPA, PPA). Loin de nous l’idée de dire qu’elles n’ont pas d’intérêt, bien au contraire. Nous les jugeons complémentaires de nos propositions, tel un socle ou un cadre dans lequel nous pensons nécessaire de nous inscrire. Mais le caractère opérationnel sera dans notre action résolue et concrète telle que nous l’avons décrit dans notre plan. C’est pourquoi nous avons voulu couvrir un large champ d’actions, aux portées qui ne sont pas toutes de même ampleur, mais qui, mise bout à bout, nous fait estimer que l’objectif est atteignable.  
Les deux champs d’action seront les déplacements et le logement avec deux directions dans chacun de ses champs : éviter les émissions et les réduire. 
Eviter les émissions, nous l’imaginons en: 
  • Continuant de convaincre les parisiens de l’intérêt de faire usage des transports en commun. Maintenir le nombre actuel d’usagers et l’augmenter passera par une amélioration de l’offre existante. Notre panel d’amélioration va de la propreté et de l’attrait des stations (lumière, air intérieur, aspect esthétique, services), aux facilités d’usage (ticketterie, usage des nouvelles technologies, fléchages, fréquences, ...), en passant par un plan de mesures pour développer le recours aux lignes de bus (fréquence, signalisation des stations et des parcours, interconnexion avec le métro, mise en place de navettes électriques de quartier…).
  • Facilitant, pour qu’elle se développe, la marche à pied, qui, sur des courtes distances, est un mode de déplacement efficace, et qui, de plus, est bon pour la santé. Il s’agira de déterminer des parcours le long desquels le piéton sera roi : libération d’espaces dans les rues pour les piétons, fléchage et panneaux indicateurs fréquents donnant les distances et les directions pour rejoindre des points stratégiques du quartier, donnant des indications sur les services et commerces à proximité, végétalisation séparant des axes de circulation…
  • Sécurisant pour qu’il se développe le recours au vélo. En premier lieu et de manière prioritaire, en déterminant sur deux grands axes traversant Paris, du nord au sud et d’est en ouest (le long de la Seine par exemple) des pistes cyclables 100% en site propre.
  • bien évidemment, en innovant tout azimut en direction des solutions émergentes qui ont toutes besoin d’un soutien des pouvoirs publics pour prendre leur envol : co-voiturage, voitures partagées, plans de déplacements d’entreprises, télétravail, recours aux smartphones et aux nouvelles technologies
  • en expérimentant de nouvelles manières de transporter les marchandises. Parmi ces expérimentations, les solutions de plateforme logistiques permettant un déchargement en périphérie de Paris pour faire le dernier km en véhicule léger électrique, ou le recours à la voie fluviale, le tout cadré à terme par des solutions mises en œuvre dans plusieurs villes européennes de restriction d’accès aux camions intramuros aux heures de circulation les plus denses
  • Bien sûr, en faisant monter en puissance, dans le logement, les plans qui démarrent consistant à rénover les logements anciens. Il s’agira d’être à l’affut de tous les obstacles rencontrés, adapter en permanence les solutions proposées pour rechercher coûte que coûte l’efficacité. Parmi nos idées : l’anticipation. A savoir, arriver le plus en amont possible des souhaits de travaux, y compris des travaux sans rapport direct avec la rénovation thermique. Décider dans une copropriété de refaire une toiture ne devrait plus se faire sans y adjoindre une isolation de cette même toiture car le jour où cette même copropriété décidait d’isoler sa toiture, il lui en coûtera près de 2 à 3 fois plus cher que si elle l’avait intégré dans ses travaux initiaux de réfection « ordinaire ». Pour cela, les services instructeurs des permis de travaux à la mairie sont les mieux placés pour conseiller les copropriétés, leur donner les clefs de compréhensions de l’intérêt de travaux d’isolation, leur faire des simulations de retour sur investissements de ces travaux sur leur facture énergétique, les assister dans le maquis des aides et avantages existants.
  • Enfin, en faisant de la construction neuve de bâtiments le support idéal de la très basse consommation énergétique en soutenant, poussant et généralisant, tant pour la construction publique que privée, des bâtiment dits « passifs » (isolés de manière optimale et ne consommant quasiment aucune énergie), mais aussi dotés, voire truffés de solutions de productions d’énergie renouvelable directe (solaire notamment) ou indirecte (récupération de chaleur, ventilation double flux dotée d’une PAC, …), sans oublier les expérimentations de solutions pilote totalement innovantes (vitres solaires, bioclimatiques, …)
Réduire les émissions, nous l’imaginons en :
  • Changeant progressivement ce sur quoi nous avons plus directement prise, à savoir le parc roulant public : la flotte de véhicule de la ville de Paris (quelques milliers de véhicules) et la flotte de bus de la RATP. Dans les deux cas, notre objectif sera de procéder progressivement au renouvellement de ces parcs en choisissant des motorisations pas ou peu émettrices de polluants : hybride, électrique, voire hydrogène.
  • Quant au reste du parc roulant, nous devons avoir la volonté d’accompagner le renouvellement du parc des voitures et des deux-roues motorisés vers les solutions pas ou peu émettrices : mise en place d’un scootlib électrique, développement massif des bornes de recharge électrique, politique de stationnement préférentiel pour les voitures électriques ou hybrides.
  • Enfin, en systématisant la végétalisation des rues et places de Paris. Sans que le lien avec la réduction de la pollution soit réellement prouvé, il est par contre à peu près sûr que la végétalisation contribue au rafraîchissement de la ville en été, notamment pendant les fortes pointes de chaleur. Cette même chaleur étant directement responsable de la présence d’ozone qu’on peut qualifier de polluant, on peut dès lors admettre que la végétalisation sera un outil de réduction de la pollution de l’air.
Chacune de ces politiques regroupant elle-même plusieurs mesures concrètes, mises bout à bout, contribuera, nous l’espérons, à réduire de plus de 2 % par an la pollution atmosphérique. Nous visons le respect des normes européennes à l’horizon 2020 (à savoir à la fin de la prochaine mandature) et surtout, nous espérons que nos mesures, essentiellement incitatives donc positives, auront crée une adhésion chez les parisiens, et donc une dynamique vertueuse qui nous conduira, d’ici 2050, sur la grille d’indicateurs d’AirParif, à un niveau « très faible » de pollution de l’air à Paris.
Bref, que vivre à Paris cesse de réduire l’espérance de vie de ses habitants !

mercredi 25 septembre 2013

Le rassemblement des centres est une chance pour l'écologie


 S’il fut un temps où la protection de l’environnement n’était réellement portée que dans les partis et associations écologistes, la prise en compte de la dégradation de la nature, de l’épuisement des ressources et du réchauffement climatique est désormais disséminée dans toutes les sphères de la société. Il est donc aujourd’hui acquis qu’on ne peut plus résumer l’écologie à celles et ceux qui font le plus parler d’eux en ce moment, à savoir les Verts. Ils ne sont pas les seuls à agir ou vouloir agir. Comme d’autres, ils font ce qu’ils peuvent dans des contextes plus ou moins favorables. Ne leur jetons pas la pierre quand ils tentent d’agir dans la majorité actuelle sur une base qui révèle chaque jour un peu plus clairement une donnée de départ : il n’y avait pas d’accord programmatique réel entre les Verts et le PS. Pour une raison assez évidente : le PS s’est, dans l’ensemble et pour l’heure, peu ouvert aux évolutions de société que propose l’écologie. Dès lors, je les invite à la comparaison : la sévérité de leur jugement, jadis, sur le Grenelle était bien démesuré à l’aune de leur propre résultat aujourd’hui. Le postulat de départ selon lequel l’écologie ne peut avancer qu’avec la gauche est, pour le moins, à nuancer. En créant un grand ministère de l’écologie, du logement, de l’énergie et des transports, appuyé sur un Grenelle de l’environnement qui a mis au centre des débats les questions d’environnement et lancé objectivement bien des chantiers utiles, comment ne pas admettre, qu’à même époque, un an après ses débuts, le gouvernement Fillon 1, sans les Verts, avait un meilleur bilan que l’actuel gouvernement avec les Verts ?

En Allemagne et dans bien d’autres pays dans le monde, les écologistes dans le champ politique n’excluent pas de participer à des coalitions diverses, de gauche ou de droite. Car avant d’être « d’un camp », ils sont écologistes. C’est ainsi que je me définis également. Et selon cette grille de lecture, choisir son allié ne se fait que sur deux critères : les convergences des projets et la sensibilité des partenaires aux enjeux du développement durable.

J’ai quitté les Verts, il y a 5 ans, parce que j’avais acté qu’il était vain d’espérer leur faire adopter une telle ligne. Tout juste ai-je observé avec scepticisme la tentative de Daniel Cohn-Bendit de le faire avec Europe-Ecologie. Lui, Nicolas Hulot également, et Antoine Waechter avant nous tous, auront acté le même échec. Actons donc qu’un parti vert en France soit durablement dans cette option de coalition avec le PS et laissons leur le crédit de tenter, avec toutes les limites que nous constatons aujourd’hui, de faire pour le mieux.

Est-ce suffisant ? Non, bien évidemment. Dans le paysage politique, d’autres leviers doivent émerger. Peu de commentaires en font échos, mais il n’est pas impossible que le rassemblement des centres participe de ces leviers nouveaux. Plusieurs convictions profondes de cette famille politique permettent de le penser :

 Quand François Bayrou, depuis des années, fait de la question de la dette publique un sujet central de son discours, il traduit une préoccupation profonde de la famille centriste qui veut penser aux générations futures. Ce que notre génération lèguera à ses enfants s’étend aisément à d’autres champs que celui de la finance publique. C’est pourquoi, lors de la dernière présidentielle, François Bayrou a franchi un pas en faisant clairement le lien entre la dette financière et la dette environnementale.

Autre marqueur de cette famille centriste : l’Europe. La famille centriste est historiquement la famille politique en Europe qui a voulu et construit l’Union européenne. Même s’il s’agit aujourd’hui de donner à cette Europe un nouveau souffle et de nouvelles priorités, les centristes restent par essence les plus européens du paysage politique. Or, sans l’Europe, nous n’aurions que peu d’avancées environnementales. C’est le niveau le plus pertinent et le plus actif aujourd’hui pour agir dans le champ de l’environnement, à la fois parce que la presque totalité de nos lois environnementales sont des transpositions de directives européennes, et aussi parce que, la nature ne connaissant pas nos frontières administratives, à défaut de pouvoir se traiter efficacement au niveau mondial, c’est bien au niveau continental que l’action politique environnementale reste la plus forte.

Enfin, on qualifie souvent les centristes de « modérés ». Dans l’échiquier politique, cela se résume souvent, et à tort, à une forme d’équidistance entre les positions les plus extrêmes. En réalité, cette manière de voir va plus loin. La modération s’étend à tous les excès constatés, y compris sur les aspects parfois trop matérialistes ou financiarisés de notre société. De là à étendre ce refus des excès à la consommation de ressources naturelles, il n’y a qu’un pas très aisé à franchir.

Il est quelque chose qui caractérise aussi cette famille de pensée : son humanisme. Autrement dit, la confiance que nous pouvons avoir dans l’humanité pour trouver les solutions et ressorts aux problèmes qui sont devant elle. Confiance et non défiance ou défaitisme, dans le champ de l’écologie, cela nous obligera à penser l’écologie de manière différente, plus positive, à savoir sortir d’une logique défensive : « permettre » plutôt qu’ « empêcher » . «Permettre » la préservation des ressources naturelles plutôt qu’ « empêcher » les destructions et les atteintes à la planète.

Est-ce un hasard dès lors si plusieurs personnalités politiques ayant de véritables convictions ou de bons bilans en matière d’écologie et ayant maintenu dans la durée cet engagement, vont se retrouver dans cette famille et cette dynamique politique commune nouvelle ? : Chantal Jouanno, Serge Lepeltier, mais aussi bien évidemment Jean-Louis Borloo. Nos expériences respectives, nos manières de voir, souvent pragmatiques, apporteront dans les propositions qui seront avancées dans ce rassemblement du centre, des idées neuves dans le domaine de l’écologie. Sans doute aurons-nous, par exemple, à cœur de nous appuyer davantage sur le « réel », à savoir le tissu économique, pour faire avancer l’écologie.

Le rassemblement des centres est une opportunité de faire de cette écologie positive un axe structurant, une réalité à même d’imaginer, demain, des avancées nouvelles et importantes. Nous y travaillons d’ores et déjà.

Yann Wehrling
Ancien secrétaire national des Verts
Actuel porte-parole du Modem,
également chargé des questions de développement durable au Modem