mercredi 30 octobre 2013

Lutter contre la pollution de l’air : une priorité politique pour la prochaine équipe municipale à Paris


Avant l’été de cette année, AirParif rendait public son rapport faisant état de la pollution de l’air à Paris. En tirant la couverture à eux, s’attribuant tous les mérites d’une situation meilleure aujourd’hui qu’il y a 10 ans, l’équipe en place à la mairie de Paris aura donné le sentiment que tout va bien dans le meilleur des mondes. D’ailleurs, sur les 30% de réduction de la pollution de l’air au cours des dernières années, la mairie ne peut s’en attribuer que 10%, soit quelque 1% par an. Le reste, à savoir la majorité des raisons de cette réduction, nous la devons à l’application progressive des normes européennes et au renouvellement du parc automobile (les voitures d’aujourd’hui polluant moins).

 Non, tout ne va pas bien dans le meilleur des mondes. Malgré cette amélioration, et parce que nous partons de loin, Paris reste une ville dont la qualité de l’air reste globalement médiocre. Près d’un parisien sur deux est exposé à des niveaux de pollution dépassant les normes européennes. En 2012, plus de la moitié de l’année, Paris a connu 189 jours de dépassement de ces normes.

La conséquence la plus grave est sanitaire. L’OMS le rappelait il y a quelques semaines : la pollution de l’air est cancérigène. Dit plus clairement : la pollution de l’air tue. La Commission européenne estime qu’à l’échelle de l’Union européenne, la pollution de l’air est responsable de 350 000 décès prématurés.

Malgré ces alertes sérieuses, le sentiment général est que les responsables politiques ne semblent pas en avoir fait une priorité absolue. Nous avons décidé d’en faire notre priorité : la lutte contre la pollution de l’air sera l’un des 4 grands chantiers que nous envisageons sur la mandature (au côté du logement, du soutien aux PME, et de l’éducation et la formation).

 En faire notre priorité, cela veut dire que nous devrons avancer avec efficacité, et donc en cherchant une adhésion maximale d’une majorité de parisiens. C’est pourquoi, loin de toute idéologie, pour nous, l’efficacité de l’action doit être synonyme de réalisme :
  • Réalisme parce qu’il faut viser l’acceptabilité des mesures. Nous doutons, sans doute à juste titre, que les parisiens, tout comme le reste des français, acceptent aisément des mesures qui se traduiraient par de nouvelles contraintes réglementaires ou de nouvelles charges financières dans leur budget. On vient de le voir avec l’éco-taxe. Son échec, avant d’être celui de la mesure elle-même, est le résultat d’une sur-fiscalisation de tout et de tous que les français ne supportent plus. Nous avons cherché un panel de mesures qui évite au maximum le recours à des contraintes nouvelles. C’est un pari, et une nécessité aussi : celui de changer l’image de l’écologie, à savoir faire en sorte qu’elle rime avec « envie » et non pas qu’elle continue d’être synonyme de contraintes. C’est la clé de la réussite.
  • Réalisme aussi, parce qu’il y a la question des finances publiques. La maîtrise de la dépense publique, cher à notre famille politique, nous invite à imaginer des politiques publiques qui coûtent peu, voire qui permettent des économies. 
Sur ces deux considérants que nous jugeons essentiels, nous avons construit notre programme. Près de 60 mesures y sont déclinées pour réussir en une mandature à ne plus exposer aucun parisien à des niveaux de pollution de l’air dépassant les normes européennes. L’indicateur, nous l’avons : celui publié chaque jour par AirParif. Il va de 0 à plus de 100 et mesure une pollution allant de « très faible » à « très élevée ». Le dépassement des normes se situe au niveau 50. Notre objectif est de faire en sorte que cette barre des 50 ne soit plus jamais dépassée. 
La solution n’est pas unique. Bien sûr, des mesures « clé en main » ont été imaginées au plan européen et national, aux acronymes obscures (ZAPA, PPA). Loin de nous l’idée de dire qu’elles n’ont pas d’intérêt, bien au contraire. Nous les jugeons complémentaires de nos propositions, tel un socle ou un cadre dans lequel nous pensons nécessaire de nous inscrire. Mais le caractère opérationnel sera dans notre action résolue et concrète telle que nous l’avons décrit dans notre plan. C’est pourquoi nous avons voulu couvrir un large champ d’actions, aux portées qui ne sont pas toutes de même ampleur, mais qui, mise bout à bout, nous fait estimer que l’objectif est atteignable.  
Les deux champs d’action seront les déplacements et le logement avec deux directions dans chacun de ses champs : éviter les émissions et les réduire. 
Eviter les émissions, nous l’imaginons en: 
  • Continuant de convaincre les parisiens de l’intérêt de faire usage des transports en commun. Maintenir le nombre actuel d’usagers et l’augmenter passera par une amélioration de l’offre existante. Notre panel d’amélioration va de la propreté et de l’attrait des stations (lumière, air intérieur, aspect esthétique, services), aux facilités d’usage (ticketterie, usage des nouvelles technologies, fléchages, fréquences, ...), en passant par un plan de mesures pour développer le recours aux lignes de bus (fréquence, signalisation des stations et des parcours, interconnexion avec le métro, mise en place de navettes électriques de quartier…).
  • Facilitant, pour qu’elle se développe, la marche à pied, qui, sur des courtes distances, est un mode de déplacement efficace, et qui, de plus, est bon pour la santé. Il s’agira de déterminer des parcours le long desquels le piéton sera roi : libération d’espaces dans les rues pour les piétons, fléchage et panneaux indicateurs fréquents donnant les distances et les directions pour rejoindre des points stratégiques du quartier, donnant des indications sur les services et commerces à proximité, végétalisation séparant des axes de circulation…
  • Sécurisant pour qu’il se développe le recours au vélo. En premier lieu et de manière prioritaire, en déterminant sur deux grands axes traversant Paris, du nord au sud et d’est en ouest (le long de la Seine par exemple) des pistes cyclables 100% en site propre.
  • bien évidemment, en innovant tout azimut en direction des solutions émergentes qui ont toutes besoin d’un soutien des pouvoirs publics pour prendre leur envol : co-voiturage, voitures partagées, plans de déplacements d’entreprises, télétravail, recours aux smartphones et aux nouvelles technologies
  • en expérimentant de nouvelles manières de transporter les marchandises. Parmi ces expérimentations, les solutions de plateforme logistiques permettant un déchargement en périphérie de Paris pour faire le dernier km en véhicule léger électrique, ou le recours à la voie fluviale, le tout cadré à terme par des solutions mises en œuvre dans plusieurs villes européennes de restriction d’accès aux camions intramuros aux heures de circulation les plus denses
  • Bien sûr, en faisant monter en puissance, dans le logement, les plans qui démarrent consistant à rénover les logements anciens. Il s’agira d’être à l’affut de tous les obstacles rencontrés, adapter en permanence les solutions proposées pour rechercher coûte que coûte l’efficacité. Parmi nos idées : l’anticipation. A savoir, arriver le plus en amont possible des souhaits de travaux, y compris des travaux sans rapport direct avec la rénovation thermique. Décider dans une copropriété de refaire une toiture ne devrait plus se faire sans y adjoindre une isolation de cette même toiture car le jour où cette même copropriété décidait d’isoler sa toiture, il lui en coûtera près de 2 à 3 fois plus cher que si elle l’avait intégré dans ses travaux initiaux de réfection « ordinaire ». Pour cela, les services instructeurs des permis de travaux à la mairie sont les mieux placés pour conseiller les copropriétés, leur donner les clefs de compréhensions de l’intérêt de travaux d’isolation, leur faire des simulations de retour sur investissements de ces travaux sur leur facture énergétique, les assister dans le maquis des aides et avantages existants.
  • Enfin, en faisant de la construction neuve de bâtiments le support idéal de la très basse consommation énergétique en soutenant, poussant et généralisant, tant pour la construction publique que privée, des bâtiment dits « passifs » (isolés de manière optimale et ne consommant quasiment aucune énergie), mais aussi dotés, voire truffés de solutions de productions d’énergie renouvelable directe (solaire notamment) ou indirecte (récupération de chaleur, ventilation double flux dotée d’une PAC, …), sans oublier les expérimentations de solutions pilote totalement innovantes (vitres solaires, bioclimatiques, …)
Réduire les émissions, nous l’imaginons en :
  • Changeant progressivement ce sur quoi nous avons plus directement prise, à savoir le parc roulant public : la flotte de véhicule de la ville de Paris (quelques milliers de véhicules) et la flotte de bus de la RATP. Dans les deux cas, notre objectif sera de procéder progressivement au renouvellement de ces parcs en choisissant des motorisations pas ou peu émettrices de polluants : hybride, électrique, voire hydrogène.
  • Quant au reste du parc roulant, nous devons avoir la volonté d’accompagner le renouvellement du parc des voitures et des deux-roues motorisés vers les solutions pas ou peu émettrices : mise en place d’un scootlib électrique, développement massif des bornes de recharge électrique, politique de stationnement préférentiel pour les voitures électriques ou hybrides.
  • Enfin, en systématisant la végétalisation des rues et places de Paris. Sans que le lien avec la réduction de la pollution soit réellement prouvé, il est par contre à peu près sûr que la végétalisation contribue au rafraîchissement de la ville en été, notamment pendant les fortes pointes de chaleur. Cette même chaleur étant directement responsable de la présence d’ozone qu’on peut qualifier de polluant, on peut dès lors admettre que la végétalisation sera un outil de réduction de la pollution de l’air.
Chacune de ces politiques regroupant elle-même plusieurs mesures concrètes, mises bout à bout, contribuera, nous l’espérons, à réduire de plus de 2 % par an la pollution atmosphérique. Nous visons le respect des normes européennes à l’horizon 2020 (à savoir à la fin de la prochaine mandature) et surtout, nous espérons que nos mesures, essentiellement incitatives donc positives, auront crée une adhésion chez les parisiens, et donc une dynamique vertueuse qui nous conduira, d’ici 2050, sur la grille d’indicateurs d’AirParif, à un niveau « très faible » de pollution de l’air à Paris.
Bref, que vivre à Paris cesse de réduire l’espérance de vie de ses habitants !