lundi 8 décembre 2014

densité, tour triangle, urbanisme


A la demande de plusieurs personnes, voici les cartes comparées que je cite souvent pour expliquer que Paris a payé son dû à la densité.
Ce sujet est d'ailleurs revenu dans notre actualité parisienne avec le débat sur la Tour Triangle.

En gros, que démontre cette carte comparée de quelques villes européennes :
1- que Paris est en effet une des villes les plus denses d'Europe.
2- que la répartition de cette densité est bien plus inégale à Paris, en se concentrant de manière très évidente dans l'intramuros de Paris. Et de toute évidence, la densité de Paris semble intimement corrélée au découpage administratif, avec un urbanisme qui se pense en s'arrêtant au périphérique. Ces cartes démontrent à l'évidence que l'urbanisme doit se penser à l'échelle du grand Paris pour penser une répartition plus "respirante" de la densification de la capitale.

Et si j'osais, je ferais volontiers un parallèle avec le discours actuel de la Maire qui vient de nous présenter son plan anti-pollution. Si, dans l'ensemble j'approuve l'intention, je vois néanmoins une contradiction avec sa volonté, par ailleurs, de densifier fortement la capitale. Bien sûr, on me répondra que tous les nouveaux habitants et professionnels attirés dans la capitale grâce à ce programme de densification prendront les transports en commun. Au fond, j'ai tendance à penser qu'une bonne part de ces derniers contribueront malgré tout à densifier également la circulation automobile. Faire respirer Paris, la désengorger, c'est un tout.

 

 

vendredi 5 décembre 2014

Le Programme d'investissements de la mandature d'Anne Hidalgo : En avant les dépenses publiques !


La Maire de Paris a annoncé hier son Plan d’endettement pour la mandature, habilement maquillé en plan d’investissement. Les craintes du groupe UDI-MoDem exprimées lors de la communication sur le budget prévisionnel lors du Conseil de Paris du mois d’octobre sont à présent fondées : le sérieux budgétaire est le grand absent. 

La tentation est toujours forte pour des élus de « marquer » la ville de leur empreinte. Mais « marquer » peut se traduire par une capacité de redressement d’une situation difficile. Or, telle ne semble pas être l’orientation inquiétante prise par l’exécutif. Les vieilles recettes d’une gauche qui refuse de s’adapter à son temps semblent vouloir se perpétuer :

· Maintenir à un niveau élevé la dépense publique y compris et surtout sur le plan du fonctionnement (+2.2%)

· Poursuivre la hausse des effectifs du personnel de la Ville (+2.3%),

· Augmenter les prélèvements sur le contribuable parisien actuel (augmentation de multiples taxes et contributions)…

 · …et sur le contribuable parisien futur (augmentation de la dette de presque 12% ! et une autorisation d’emprunt de +41%).

· Ainsi, la capacité d’autofinancement de la Ville de Paris passe à 64%, contre 80% sous l’ère Delanoë, déjà marquée par le sceau de la dette.

Par ailleurs, difficile d'accepter quelques travestissements et prévisions infondées dont le seul objectif serait de surévaluer les recettes futures. Ainsi, les recettes inscrites au budget prévisionnel de 2015 pour les droits de mutation, entre autres, nous paraissent bien trop optimistes. A n’en pas douter, ce mensonge de circonstance aura pour conséquence un emprunt revu à la hausse de manière conséquente dans un prochain budget rectificatif.

Telle n’est pas notre manière d’envisager la bonne gestion de la ville. Pour nous, il s’agit de réduire de manière réelle la dépense de fonctionnement (les 130 millions d’euros de réduction annoncés ne sont que tendanciels), stabiliser la dette (qui devrait atteindre 6 milliards d’euros en 2020), et prioriser l’investissement sur l’essentiel : à savoir un programme de logement garantissant au moins 30% de logements intermédiaires à destination des classes moyennes, privilégier les dépenses les plus efficaces en matière de lutte contre la pollution de l’air, renoncer de manière générale aux projets les plus coûteux ou encore remettre à plat la politique d’attribution de subventions.

mercredi 19 novembre 2014

Les votes à bulletin secret au Conseil de Paris ... secrets, vraiment ?


Des votes à bulletins secrets, au Conseil de Paris, nous en faisons régulièrement, quand il s'agit de désigner des personnes.
En l'occurrence, nous avons eu à voter ainsi cet après-midi pour deux votes. C'est assez fréquent, mais ce qui est cocasse, c'est la procédure suivie qui ne remplit absolument pas les conditions du secret.

Très concrètement, à côté de la salle du conseil, une salle ouverte à tous est utilisée pour ce type de vote. L'urne transparente est posée sur une table. Un agent de la ville est à côté pour surveiller le scrutin. Les bulletins et les enveloppes sont disposés à côté de l'urne, ainsi que la feuille d'émargement. J'y suis allé à l'instant pour voter au sujet de désignations de collègues dans des organismes extérieurs. Aucun isoloir n'est installé. Il faut savoir que la salle en question étant utilisée par les élus pour passer des coups de fils, discuter, ou aller sur internet sur des ordinateurs mis à disposition au fond de la salle, l'endroit est plutôt bien fréquenté. Autrement dit, au moment où j'ai pris mon bulletin pour le mettre dans une enveloppe, tout le monde a pu voir ce que je votais.

Autrement dit, alors qu'il est tout à fait justifié sur des votes portant sur des personnes, le caractère secret n'est absolument pas assuré ici. Et c'est ainsi pour tous les votes secrets réalisés au Conseil de Paris... tous sauf le vote de lundi dernier qui portait sur la tour triangle (un sujet de fond ne portant absolument pas des personnes et sur lequel les parisiens sont en droit de savoir ce que leurs élus, les représentants, votent).
Le vote de lundi s'est déroulé avec un isoloir et, pour cette seule fois, la maire tenait absolument à ce que les conditions du secret soient respectées... surtout après avoir vu les résultats ! Espérons que le juge saisi par la Maire de Paris pour annuler le vote "tour triangle" saura tenir compte de cette situation "générale" pour apprécier la demande de la Maire.


Voici comment se présente le vote à bulletin secret, de manière générale.

mardi 18 novembre 2014

Mon intervention sur le rapport développement durable de la ville de Paris


La question qui nous est posée est d’approuver le rapport des actions menées par la ville de Paris en matière de développement durable. Sur cet ensemble vaste que constitue la politique de développement durable de la ville de Paris, je voudrais faire 3 remarques que je résumerais en 3 mots : compétences, cohérence, transparence.

Compétences : Le mot « développement durable » reste une grande tarte à la crème dans les discours, mais entre encore trop peu dans les actes. On ne s’emploiera jamais assez à rappeler que le développement durable est une vision globale et transversale qui doit irriguer toutes les politiques publiques. La lecture du rapport ne déroge pas à cette manière de présenter les choses, fort juste par ailleurs. Or, dans l’organisation même des délégations que vous avez décidées au début du mandat auprès des adjoints, force est de constater que vous n’avez non seulement pas fait le choix d’une délégation forte au développement durable regroupant les transports, les espaces verts, le logement, l’urbanisme et les déchets ou l’économie circulaire que vous avez dispatchés entre pas moins de 6 différents adjoints, mais de surcroît, l’esprit général d’un développement durable qui irriguerait toutes les politiques publiques ne se constate pas dans les compétences ainsi déléguées, diluées. Quand j’ai pris connaissance de l’organisation des délégations et compétences données à vos adjoints, j’avais été déçu d’une organisation à l’ancienne faisant du développement durable une compétence séparée des autres politiques menées. Or, une délégation forte, tout comme le fut le Ministre de l’écologie, numéro 2 du gouvernement, c’est une plus grande garantie de veiller à la durabilité de toutes les politiques publiques envisagées.

Précisément, ceci m’amène à la question de la cohérence. Car au fond, se préoccuper de développement durable aujourd’hui, c’est moins faire de la surenchère environnementale quand on parle d’un sujet environnemental que de se préoccuper de durabilité dans des projets à caractère a priori non environnemental. C’est la raison pour laquelle il convient de veiller à la végétalisation des aménagements urbains lourds telle que celle des grandes places dont il est question dans les aménagements des places de la Bastille ou de la Nation et qui a été si superbement ignoré dans l’aménagement de la place de la République. C’est la raison pour laquelle il convient de s’interroger sur des projets tels que la Tour Triangle qui mettent à mal toutes les orientations d’un patrimoine immobilier de Paris répondant aux impératifs de réductions des consommations énergétiques. C’est la raison pour laquelle il convient de se demander ce qu’il y a de durable en détruisant progressivement les derniers mètres carrés de respiration urbaine en sur-densifiant une ville qui bat déjà des records de densité urbaine.

Enfin « transparence » car à la lecture du rapport et encore plus de l’exposé des motifs, nous n’arrivons pas à sortir d’une phraséologie lénifiante nous expliquant que tout ce qui devait être fait a été fait et que la ville a un bilan et des perspectives qui frisent la perfection. La transparence, ce serait de ne pas nier un certain nombre de réalités qui rendraient le rapport plus audible et donc plus intéressant. Si tout ce qui devait être fait l’avait été, pourquoi aurions-nous à répétition des pics de pollution à répétition ?, pourquoi le bilan énergétique du parc immobilier parisien est-il si médiocre ?, pourquoi l’eau que nous buvons voit son taux de nitrates augmenter régulièrement ? Bien entendu, je ne vous accuserais pas d’être seuls responsables de ces maux qui affectent notre ville, mais admettre ces réalités, faire état des obstacles et des freins dont tous ne sont pas de la seule responsabilité de la ville, ce serait gagner en crédibilité et en écoute.

Si nous pourrions à la limite approuver certaines perspectives dans la droite ligne de l’accord que nous avions donnés en début de mandature à vos orientations de lutte contre la pollution de l’air ou encore sur la végétalisation, il est assez délicat de donner un quitus sur le bilan, ne serait-ce que parce qu’il couvre une période antérieure à notre mandature. Quant au ton quelque peu lénifiant de ce rapport, j’en ai parlé à l’instant. Pour ces raisons, mon groupe s’abstiendra sur la délibération nous demandant de prendre acte du rapport.

lundi 17 novembre 2014

Tour triangle - mon intervention en conseil de Paris aujourd'hui


Madame la Maire, Monsieur le Préfet, chers collègues,

 Dans la liste des contre-vérités entendues à propos de cette Tour triangle, le green-washing n’aura pas manqué à l’appel. Mais je dois bien avouer que ce n’est pas cet argument que vous avez osé développer le plus. Tout juste peut-on lire assez discrètement que cette tour respecterait les normes environnementales de 50 kwH par m2 et par an. Je me souviens encore de l’intervention en conseil d’arrondissement du 15ème arrondissement de Monsieur Claude Dargent qui a fait le lapsus d’ajouter un zéro en parlant de 500 kwH/m2/an. Je le remercie encore de ce lapsus qui rétablit la réalité en fait. Car évidemment, l’affirmation d’un respect des normes environnementales est un vœu pieu qui n’a été démontré d’aucune manière dans le projet tel qu’il est présenté aujourd’hui.

Et pour cause, il est difficilement tenable.

180 mètres de haut, dans la plupart des cas, c’est une énergie très importante à prévoir pour faire monter aux derniers étages les flux et réseaux : eau, chauffage, ascenseurs, énergie. Quasiment aucune tour aujourd’hui construite dans le monde, même les plus performantes, n’arrive à des bilans énergétiques acceptables. Quelques derniers bilans sur des tours similaires arrivent à des ratios de l’ordre de 200 à 500 kWh d’énergie primaire/m2 et par an. Puis-je rappeler que la norme pour le neuf depuis les lois Grenelle est de 50kwh ep/m2/an.

Autant dire que nous sommes en train d’envisager un projet qui va à contresens des priorités de durabilité dans le bâti neuf, à l’heure où nous devons développer des trésors d’ingéniosité pour réduire nos consommations énergétiques dans le logement existant. Quel signal enverrions-nous à tous les parisiens que nous cherchons à convaincre d’isoler leurs logements et réduire leurs consommations énergétiques ?

Rien dans les récentes études menées sur ce type de construction ne permet de nous rassurer. Ce sont des constructions gourmandes en acier et en béton. Les surfaces vitrées, aussi performantes soient-elles, en contact avec l’extérieur, nécessitent forcément plus de chauffage en hiver et plus de climatisation en été que des constructions de moyenne hauteur, ayant moins prise au vent et à l’ensoleillement, et dotées de parois opaques plus faciles à isoler du froid et du chaud.

Quant au dernier argument « environnemental » souvent entendu qui est celui de la densité, permettez-moi de rappeler les constats émanant des services de la ville de Paris : la densité bâtie d’un quartier de tours est deux fois moins importante que celle d’un habitat collectif de type R+5.

C’est sans doute pour ces raisons environnementales, et aussi économiques au regard du coût important qu’elles engendrent, que les tours sont en perte de vitesse dans le monde. Il s’en construit bien moins qu’au siècle dernier et se concentrent pour l’essentiel dans les pays du sud-est asiatique et dans les pays du Golfe.

Et cessez, s’il vous plait, de traiter les défenseurs d’un urbanisme durable, de passéistes. La controverse sur le caractère anti-environnemental des Tours n’est pas seulement alimentée par des écologistes qu’on veut, une fois de plus, faire passer pour des opposants à la modernité. Ce débat traverse le milieu des architectes qui sont nombreux, dans le monde, à faire de la durabilité de leurs constructions un axe structurant de leurs réflexions. De grands noms de l’architecture internationale ont fait le choix de la durabilité. Le chinois Wang Shu, en récupérant les matériaux, réduit l’énergie grise de ses créations. L’allemand Stefan Behnisch, défricheur d’une architecture climatique, défend l’idée que le défi de l’architecture aujourd’hui est de résoudre la surconsommation d’énergie des bâtiments et que ceci a une influence sur la conception même des nouveaux bâtiments. Autrement dit, dans le cas que nous débattons aujourd’hui, ce n’est plus l’environnement qui doit s’adapter au bâtiment, mais le bâtiment qui doit se concevoir pour s’adapter aux contraintes environnementales. L’indien Balkrishna Doshi, fondateur d’une nouvelle école d’architecture durable, défend l’idée qu’il y a une relation entre l’acte de construire et la préservation des ressources. J’arrêterai là la liste des grands noms de l’architecture contemporaine mondiale qui défendent une vision radicalement opposée à celle que véhicule cet urbanisme ancien. Ils ont une vision tout aussi contemporaine, sinon plus, de l’architecture dans laquelle bien des opposants à cette tour, et amoureux de l’architecture contemporaine, dont je suis, se reconnaissent.

Quand on sait que le bâtiment est responsable pour 1/3 des consommations énergétiques et des émissions de Co2, on mesure à quel point ce sujet est crucial d’un point de vue environnemental mais aussi d’un point de vue économique au regard de notre facture énergétique dont on sait tous à quel point elle pèse lourd dans le déficit de la balance commerciale de notre Pays.

Vous avez lancé un concours d’innovation architecturale et urbanistique. L’idée est objectivement intéressante et j’ai noté que la dimension environnementale avait la part belle dans les critères d’appréciation des futurs projets. Quel dommage de contredire cet élan avec une Tour dont le modèle architectural date du siècle dernier et sera tout l’inverse de l’innovation environnementale dont il pourra être question dans votre appel projet « réinventer Paris ».

Et pour finir, permettez-moi de souligner le caractère désastreux du message que nous enverrons aux participants à la conférence pour le climat fin 2015. A moins que le message soit pédagogique, à savoir de dire aux participants : « voyez, cette grande tour que vous voyez dépasser au-dessus de tous les toits de Paris, eh bien, voici très exactement ce qu’il ne faudra plus jamais faire si on veut respecter les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre ». La preuve par le contre-exemple. Il fallait oser !

mercredi 22 octobre 2014

Nitrates dans l'eau de Paris



Lors du Conseil de septembre dernier, je suis intervenu sur les taux de nitrates dans l'eau de Paris dont je trouve l'évolution inquiétante.

Bien que restant sous la barre des 50mg/l, les taux maxima enregistrés les dernières années suit une augmentation inquiétante qui, si elle se poursuivait, devrait nous faire passer ce seuil limite.

Pour rappel, la cause principale réside dans les pratiques agricoles d'excès dans les usages des engrais azotés et les conséquences sanitaires concernent principales les femmes enceintes et les nourrissons.

Ma demande portait donc sur une meilleure information des parisiens sur la qualité de notre eau, un peu à la manière utilisée pour la qualité de l'air, et une amplification des actions de protection autour des zones de captage des eaux destinées à la consommation.



Pour s'informer sur la qualité de l'eau des dernières années (bilans depuis 2008)
http://www.ars.iledefrance.sante.fr/Qualite-de-l-eau-en-Ile-de-Fra.110055.0.html*

Pour connaître la qualité de l'eau actuelle
http://www.eaudeparis.fr/la-qualite-de-leau-a-paris/

A lire ce rapport récent publié par le Ministère e l'Agriculture et qui dit enfin clairement et sans déni que la pollution due aux nitrates est principalement d'origine agricole :
http://agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/CGAAER_13017_2014_Rapport_cle03fac1.pdf



Le voeu que j'ai déposé, repris en parti par l'exécutif.

Conseil de Paris
Séance des 29, 30 septembre et 1er octobre 2014
Sur proposition de Yann Wehrling au nom du groupe UDI-Modem

VŒU relatif à la pollution de l'eau due aux nitrates

Considérant la directive européenne de 1991 sur les nitrates et la pollution d'origine agricole,
Considérant la norme fixant à 50 mg/l la dose maximale de nitrate admise dans l'eau de consommation courante,

Considérant que les contrôles de qualité réguliers menés par l'ARS révèlent que, sur l'ensemble des unités de distribution d'eau potable à Paris, cette dernière contient des taux maximum mesurés proches des normes limite allant de 36 à presque 47,3 mg/l, et que depuis 2008, la situation a globalement tendance à s'aggraver,
Considérant les dangers reconnus pour les femmes enceintes et les nourrissons,
Considérant que la situation ne tend pas vers l'amélioration vu la nouvelle condamnation de la France, le 4 septembre dernier, par la Cour de Justice de l'Union européenne pour son incapacité à améliorer la qualité de ses eaux,
Considérant la réaction consternante et préoccupante du Premier Ministre au sujet des normes européennes en matière de taux nitrates à ne pas dépasser dans les eaux de consommation, réaction invitant à modifier les réglementations européennes plutôt que d'agir pour réduire les taux, et ne laissant que donc peu d'espoir d'action du côté de l'Etat,
Considérant les expériences tout à fait concluantes menées dans certaines communes telles que Vittel ou Munich qui ont mené des actions de grande ampleur visant à changer les cultures sur un large périmètre entourant leurs zones de captage,

Sur proposition de Yann Wehrling, le Conseil de Paris émet le vœu que la Mairie de Paris
- Mette à l'étude la création d'un outil en ligne, voire sur smartphone, sur le modèle de ce qui se fait pour la pollution de l'air, permettant d'informer la population aussi régulièrement que possible de la qualité de l'eau du robinet, et notamment son taux de nitrate
- Envisage un véritable « plan nitrates pour Paris » via un renforcement des mesures de protection envisagée sur les aires d'alimentation des captages, sachant que les mesures de protection mises en œuvre jusqu'à présent n'ont visiblement pas eu les effets escomptés et qu'il convient donc de passer à une autre échelle, sur un périmètre suffisamment large et avec des mesures sans doute plus fortes en terme d'usage des sols, pour avoir un effet réel sur le taux de nitrate dans l'eau de Paris.
- Informe les parisiens, chaque année, de l'impact de ses nouvelles mesures sur la baisse effective des taux de nitrates dans l'eau.

Murs végétalisés : ne pas faire n'importe quoi








Au Conseil de Paris qui s'est terminé hier soir, je suis intervenu sur les murs végétalisés que la Maire projette de développer dans la ville.

Bonne chose évidemment car cela embellit incontestablement un bâtiment, voire une rue, et surtout, les raffraichit durant les périodes de canicule.

Pour autant, veillons à ne pas faire n'importe quoi.

En matière de murs végétalisés, comme bien souvent en matière d’intentions « écologiques », on peut faire des erreurs contre-productives guidées par une commande politique qui serait d’aller vite et d’avoir des résultats visibles et impressionnants sans attendre.

Il existe en effet deux types de murs végétalisés

Il y a ceux qui ressemblent à celui qu’on peut voir à l’entrée du musée du quai Branly, beau, impressionnant, nous donnant le sentiment d’être dans un climat tropical. C'est un geste architectural artisitique intéressant pris isolément, mais dont la reproductibilité reste délicate. Si j’en crois mes sources, ces murs coutent plusieurs centaines d’euros par m2, nécessitent quelques 200 litres d’arrosage par mètre carré et par an et des nutriments réguliers. Au coût d’investissement, il faut ajouter des coûts de fonctionnement qui, en peu d’années, rejoignent le coût d’investissement.

Autre option bien plus aidée à généraliser : la plante grimpante. Coût d’installation : 5 fois moins que le mur précédemment décrit. Besoin en eau : nul. Besoin en nutriment : aucun. Coût d’entretien : négligeable. Bien évidemment, et comme souvent en végétalisation, et quiconque a un jardin le sait, il faut être patient pour voir le résultat. Mais une fois là, la luxuriance est au rendez-vous avec des choix d’essences variées et que l’on peut combiner : le lierre, la vigne vierge, la vigne, la clématite, la glycine, ou même les quelques centaines de différentes sortes de rosiers grimpants.

Plutôt qu'un mur impressionnant et immédiatement impactant dans la rue, mais couteux en eau et une en euros, j'ai invité la maire à privilégier la plante grimpante nous obligeant sans doute à être plus patients, mais tellement plus économe tant environnementalement que financièrement !.

Le rafraîchissement de l’air est nécessaire, partout, mais je ne voudrais pas que de mauvais choix faits aujourd’hui nuisent à l’image positive que les parisiens ont manifestés en faveur de cette végétalisation.

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Le voeu que j'ai déposé mais qui a été rejeté par la majorité :

Conseil de Paris - Séance des 22, 23 et 24 octobre 2014
Sur proposition de Yann Wehrling au nom du groupe UDI-Modem
VŒU relatif aux murs végétalisés

Considérant le vote des parisiens sur le budget participatif plaçant parmi les propositions retenues celle de végétaliser 40 murs de Paris pour un montant estimé de 2 millions d’euros,
Considérant les contraintes budgétaires de la ville qui doivent nous inviter à rechercher les solutions les moins coûteuses dans la mise en œuvre des projets,
Considérant les différentes options techniques allant de la plante grimpante à des systèmes plus complexes d’intégration de flore dans des balconnières, jardinières, par un placage de terre sur la façade, ou des plants en caissettes ou dans des feutres,
Considérant que ces différentes techniques ont des coûts très variables du point de vue de l’investissement mais surtout du point de vue du fonctionnement (systèmes d’arrosage, entretien et remplacement des plants…) pouvant aller jusqu’à quintupler le coût global selon les techniques retenues,
Considérant que d’un point de vue écologique, les bilans sont eux aussi très variables (consommation de centaines de litres d’eau par m2 et par an dans les techniques avec des plants suspendus, nécessité d’apports d’éléments nutritifs, consommation énergétique des pompes d’arrosage),
Considérant que l’intérêt de la végétalisation des murs doit s’inscrire dans un plan d’ensemble visant à augmenter la masse végétale à Paris dans le but principal de rafraîchir l’air durant les périodes de canicules estivales,
Considérant que ce plan d’ensemble sera d’autant plus ambitieux que les solutions techniques retenues auront le meilleur bilan écologique et financier, étant entendu que des choix coûteux et peu écologiques réduiraient d’autant l’ambition sur d’autres projets et nuiraient à l’acceptation citoyenne de telles opérations,

Sur proposition de Yann Wehrling, le Conseil de Paris émet le vœu que la Mairie de Paris
- préalablement à la mise en œuvre des végétalisations de murs, une étude comparative soit faite, tant du point de vue financier qu’écologique, entre les différentes solutions techniques
- suite à ces études, les solutions les moins coûteuses et au meilleur bilan écologique soient retenues

vendredi 26 septembre 2014

Sarkozy et l'environnement, ou le syndrôme du bon vivant


"Je ne peux pas accepter que les Etats-Unis soient devenus du point de vue de l'énergie indépendants grâce au gaz de schiste et que la France ne puisse pas profiter de cette nouvelle énergie alors que le chômage ravage tant de nos territoires et tant de nos familles, c'est inacceptable." "Je souhaite clairement que nous réfléchissions aux conséquences du principe de précaution auquel je préférerai toujours le principe de responsabilité".

Hier soir, pour son meeting de candidat à la présidence de ....l'UMP-et-de-la-France-en-même-temps, j'ai retrouvé un homme qui, comme certains l'ont déjà relevé, n'a pas changé. Pas changé sur le fond renouant avec la petite musique dont le refrain, souvenez-vous, était "l'environnement ça suffit".

On aurait pu, avec le bénéfice du doute, espérer un Sarkozy "première période de sa présidence", où il a cru au Grenelle de l'environnement, l'a initié et soutenu réellement. Hier soir, c'est le Sarkozy de la deuxième moitié de son quinquennat qui a été rappelé à notre souvenir.

Amoureux de la nature, de la planète et de l'environnement, tenez-vous bien : remise en cause du principe de précaution et exploitation des gaz de schiste, voilà son projet. Un programme environnemental enthousiasmant !

Oh, j'entends déjà certains dire que l'écologie qui freine l'économie, ça suffit, surtout en ces périodes de vaches maigres. Autrement dit, on fait de l'écologie quand on est riche et on saccage la planète quand ça va mal. Et si, au fond, la raison de la crise économique était liée au saccage de la planète ? : raréfaction des ressources naturelles et tensions sur l'accès et le contrôle de ces ressources ? Et plus elles seront rares, plus les tensions augmenteront et plus les crises économiques s'amplifieront. Et on continue ainsi combien de temps ? Si gouverner c'est prévoir, la bonne idée n'est pas la fuite en avant mais la recherche de durabilité dans les décisions que nous prenons. Foncer tête baissée dans l'exploitation des gaz de schistes et s'épargner quelques précautions environnementales et sanitaires sous la pression d'industriels qui ne croient pas en la croissance verte, c'est gagner du temps, rien de plus.

Mais au fond, le propos de Nicolas Sarkozy est tristement normal. On est tous, à titre individuel, à cette image. Regardez notre comportement au quotidien. Nombreux sont ceux qui n'arrivent pas à résister à quelques bons plats, souvent un peu trop salés, trop gras, trop sucrés. Et puis, comment imaginer un repas sans un bon verre de vin... voire plusieurs verres. On sait que ce n'est pas très bon pour la santé, mais on continue, encore un peu, chaque jour. On s'accommode d'un embonpoint et l'entourage et la société diront de vous, fort positivement, que vous êtes un"bon vivant".
Et puis, un jour, c'est l'accident. L'infarctus vous terrasse. Si vous vous en sortez sans trop dommage, le boulet aura passé près. Et là, peut-être, vous réagissez, vous changez, un peu, beaucoup en étant plus sélectif dans vos menus sans renoncer à tout pour autant.

Ainsi en va-t-il malheureusement de nos sociétés. On tient des discours lyriques sur le changement climatique, on sait quelle est notre responsabilité dans ce phénomène dangereux, et pourtant, tout en sachant cela, on continue dans la course effrénée aux énergies fossiles. Nous la traquons dans les moindres et derniers recoins de la planète : sous les mers, sous les glaces, dans les moindres fissures de nos sous-sols. Et puis surviennent les accidents environnementaux qui, malheureusement, sont, tel l'infarctus, les seuls signaux qui nous font agir. Les signaux d'alerte et les accidents ont déjà été nombreux : accidents climatiques, marées noires, pollutions affectant notre santé telle la pollution de l'air dans les grandes villes, etc... Et heureusement, bien des décideurs politiques et économiques changent de visions de l'avenir. La croissance verte fait partie du logiciel de pensée de nombreux milieux économiques. Tout cela reste encore minoritaire, mais se trace peu à peu une autre vision du développement économique adoptant pour ligne directrice la compatibilité avec les équilibres des milieux naturels et notre santé. Et de plus en plus nombreux sont ceux qui, ayant pour seul guide la rentabilité économique, font des paris heureux sur le fait que les énergies renouvelables et l'innovation dans ce domaine, voire dans tous les autres domaines de recherches vertes, ont plus d'avenir que les anciens modèles basés sur le fossile et le recours massifs aux ressources minérales et végétales dont l'épuisement se profile à brève ou moyenne échéance.

Les options évoquées par Nicolas Sarkozy hier soir, j'en suis certain, ne sont pas des idées d'avenir, elles ne sont pas modernes, ni d'un point de vue environnemental et sanitaire évidemment, mais pas non plus d'un point de vue économique.

Bref, un vrai débat de société avec des grandes options à trancher : l'excès de bonne chère puis l'infarctus versus l'alimentation saine, le sport et la bonne santé.

mardi 23 septembre 2014

600 000 manifestants pour le climat... so what ?


La mobilisation pour le climat dimanche, ça fait vraiment chaud au cœur, vraiment. J’étais occupé aux Universités de rentrée du Modem en Bretagne… sans quoi, j’aurais été parmi les manifestants évidemment.
Je dois dire que c’est bien là une parade à laquelle je ne vois pas bien qui pourrait refuser d’y participer. Qui est contre la mobilisation pour le réchauffement climatique ? Il en reste, peu nombreux (publiquement du moins), mais objectivement, ils ont perdu en crédibilité malgré le grand tapis rouge qui leur fut déployé dans les médias. Cela me rappelle tant et tant d’autres manifestations de même ampleur telle que celle organisée sur le Trocadéro par Nicolas Hulot en 2007.
Mais j’ai comme un malaise. De ces malaises qui naissent face à ces mobilisations citoyennes énormes dont on se dit qu’elles ne peuvent être sans effet. Il y a quelques dizaines d’années, comme tant d’autres jeunes gens de ma génération, nous allions manifester contre le Front national. Nous étions des dizaines de milliers à Strasbourg en 1997 pour dire non à la présence du FN. Et puis quoi ? 5 ans plus tard, Jean-Marie LePen était au second tour de la présidentielle, Marine Le Pen est arrivée en tête aux dernières européennes et tous les sondages la placent au second tour de la Présidentielle en 2017.
Comme pour le climat, les plus fines plumes et plus grandes célébrités disent non à ces dangers. Et puis quoi ? Inexorablement, le danger progresse. Comme une lourde vague que rien n’arrête. 2, 3, 4 degrés d'augmentation des températures d'ici la fin du siècle... voilà les prédictions des scientifiques qui ne voient aucune baisse des émissions permettant d'annoncer des pronostics moins alarmistes.
J’assistais l’autre jour à une conférence – par ailleurs passionnante – sur la situation en Irak et en Syrie où s’affrontent depuis des lustres sunnites et chiites dans une lutte de pouvoir sans merci et aux influences croisées complexes entre les différentes forces en présence iranienne, arabe, turque, qatari, etc… Mais là n’est pas mon propos. Incidemment, une personne dans la salle pose la question de l’influence des russes dans cette poudrière. Réponse : sur la multitude d’entreprises qui se sont positionnées pour exploiter les énormes réserves de gaz récemment découvertes en Méditerranée au large des côtes du proche Orient, la moitié sont russes. Autrement dit, l’enjeu dans cette partie du globe est de faire sortir de terre de l’énergie fossile.
Sur un autre terrain géopolitique, il est assez fréquent que des articles nous éclairent fort justement sur le conflit en Ukraine au regard des approvisionnements de gaz russes. Sachant que la Russie est le premier fournisseur de gaz et de pétrole de l’Europe, sans doute ne faut-il pas chercher plus loin les raisons des tergiversations européennes dans le soutien qu’il eut fallu apporter aux ukrainiens depuis bien longtemps.
Bref, mon malaise est là : d’un côté une opinion publique sincèrement mobilisée pour qu’on sauve le climat et réduise nos consommations d’énergies fossiles, et, d’un autre côté, des considérants économiques mondiaux qui font du pétrole et du gaz des éléments pivot de tant de puissantes stratégies, y compris militaires, qui se bâtissent partout dans le monde.
Preuves et conséquences de cette priorité donnée à ces logiques de fuite en avant absolument dramatique :
-          Les glaciers fondent à vu d’œil un peu partout dans le monde, et il en va de même pour l'Arctique et l'Antarctique (depuis la fin des années 1960, la couverture neigeuse mondiale a décru d'environ 10 à 15%. Les vagues de froid hivernales dans une grande moitié septentrionale de l'hémisphère nord durent deux semaines de moins qu'il y a 100 ans. Les glaciers de montagne, régressent un peu partout dans le monde : en moyenne de 50 m par décennie depuis 150 ans. Les glaciers polaires comme ceux du Spitzberg reculent depuis 1880, libérant de grandes quantités d'eau)
-          Les catastrophes naturelles liées au dérèglement climatique se multiplient.
-          la température actuelle moyenne de l'hémisphère Nord est la plus élevée depuis 500 ans et probablement depuis plus de 1 300 ans
-          Les dix années les plus chaudes jamais enregistrées sont toutes postérieures à 1997.
-      Les émissions de dioxyde de carbone (CO2) ne baissent pas, bien au contraire (+2,3% d'émissions de CO2 en 2013 comparativement à 2012, +2,5% probable en 2014)...et ce malgré les différents protocoles internationaux signés depuis 1992  et c’est le plus pessimiste des quatre grands scénarios imaginés par la communauté scientifique qui se profile.
Dès lors, les discours lyriques de certains dirigeants politiques ont quelque chose d’insupportable car on n’hésite entre une réelle duplicité ou une schizophrénie à soigner d’urgence.
La question du climat est donc moins une question à traiter dans l’enceinte de conférence dédiée mais au sein des conférences internationales traitant des conflits géopolitiques au Proche et Moyen Orient et dans les G8 et G20. En effet, le climat et les enjeux environnementaux au sens large doivent dorénavant impérativement s’inviter dans des cercles où ils sont aujourd’hui ignorés. Etre entre soi et être tous d’accord n’a strictement plus aucun intérêt. Quitte à mettre peut-être un peu d’eau dans son vin, parler climat dans un congrès sur la croissance économique sera toujours plus efficace que de parler climat dans une conférence sur le climat. Et avoir des chefs d’Etat quelque peu sensibles à ces enjeux environnementaux sera toujours plus efficace que d’avoir des militants écolos dans les gouvernements.

samedi 23 août 2014

Avant d’être de gauche ou de droite, je suis écologiste

EELV organise ce samedi 23 août un débat lors de leurs journées d’été posant la question de savoir si l’écologie politique est de gauche ou de droite. Invité pour y donner mon point de vue, je le détaille ici :
Le Grenelle de l’environnement, conduit par un gouvernement de droite, de l’avis de la plupart des grandes associations écologistes, apermis de réelles avancées dans le domaine de l’environnement : Plus de crédits pour développer les énergies renouvelables, pour la prévention des déchets, ou encore une gouvernance à 5 collèges qui ainitié un réel dialogue fructueux dont beaucoup regrettent qu’il n’ait pas survécu aux changements de majorité. A gauche,  des avancées existent, mais objectivement, elles sont plus timides… elles ne sauraient se présenter comme meilleures. Ainsi, l’affirmation selon laquelle la gauche ferait mieux que la droite dans le domaine de l’écologie est pour le moins à nuancer.
L’alliance exclusive des Verts avec la seule gauche, et plus précisément le PSn’a-t-elle pas conduit ce dernier à délaisser l’écologie en lamaintenant dans une sorte de sous-traitance donnée aux Verts ? Force est de constater que le gouvernement et les socialistes (sauf quelques rares et notables exceptions) sont très majoritairement peu soucieuxdes enjeux écologiques. A l’inverse, faute d’alliés écologistes, une expertise interne à droite et au centre s’est développée. Elle s’est notamment manifestée lors du Grenelle. Sans prétendre que la droite et le centre se seraient totalement convertis à l’écologie, en miroir de la gauche et plus particulièrement du PS, les convictions et le poids de certaines personnalités telles que Nathalie Kosciusko Morizet, Chantal Jouanno, Jean-Louis Borloo, Serge Lepeltier, ou Alain Juppé,influencent incontestablement leur camp politique.
C’est une évolution intéressante dont les écologistes doivent tenir compte. Choisir son allié en fonction de ses convictions écolo avantcelle de son étiquette politique est un choix que font de nombreux partis écologistes dans le monde. N’était-ce pas d’ailleurs le positionnement originel des Verts à leur création ? Oh, certes, il était fort peu opérationnel tant il était vrai, à la fin des années 70, que droite et gauche était à égalité dans la non prise en compte des questions posées par l’écologie.
C’est une option évidemment délicate pour nombre d’écologistes au passé très ancré à gauche. Mais sachons aussi nous défaire d’une vision trop franco-française des ententes électorales. Quand en Allemagne le SPD et la CDU constituent une grande coalition, qui oserait dire que le SPD est passé à droite ou que la CDU est devenue sociale-démocrate ?En France, quand des écologistes font alliance avec le PS, dirait-ond’eux qu’ils deviennent socialistes ? Quand des écologistes font alliance avec l’UMP ou l’UDI, c’est aussi un raccourci de dire qu’ilsseraient de droite. Dans la plupart des pays à tradition pluraliste (sur base de scrutins proportionnels), on admet et valorise ces subtilités.
Les écologistes au travers des Verts puis d’EELV ont choisi la gauche, sans doute durablement. Voilà plusieurs années que jne peux que constater qu’il ne produit pas les succès espérés dans le champ de l’écologie.
Il s’agit aujourd’hui d’ouvrir de nouveaux champs d’alliance pour l’écologie. A droite et au centre, le Grenelle a montré qu’il existait des potentiels. Les appuyer, les solidifier, les conforter ne peut être qu’utile.
Et pour ceux qui aspirent à un autre paysage politique, tenant plus compte des nouveaux débats de société de ce siècle, sachons nous préparer aux lendemains de la prochaine élection présidentielle. Unerecomposition politique est probable avec une nouvelle majorité dont les contours politiques pourraient être bien différents de ceux que nous avons connus par le passé, même si elle risque de se faire à la faveur d’un bien sombre soir électoralUne écologie plus au centre du paysage politique, pragmatique, aux idées renouvelées, ayant su faire son aggiornamento, plus convaincante pour les plus modestes comme pour les grands décideurs économiques du pays, pourra y avoir une place déterminante.
Yann Wehrling
Porte-parole du Mouvement démocrate
Ancien secrétaire national des Verts

mercredi 30 juillet 2014

Loi de transition énergétique : une loi a minima


La lecture des nombreux articles de la loi donne un sentiment de service minimum. Beaucoup de ces articles confirment des actions déjà engagées et initiées dès le Grenelle de l’environnement. C’est donc un texte sans grande surprise qui assure une continuité sans pour autant donner le coup d’accélérateur qui était attendu. Les grandes orientations sont rassurantes mais les moyens, notamment financiers, restent imprécis.

Il est par ailleurs surprenant de constater le calendrier retenu. Cette loi, présentée comme « moment important du quinquennat », est annoncée au cœur de l’été, après des reports à répétition dissimulant mal les hésitations au sein du gouvernement. Aurait-on voulu réduire au maximum l’impact médiatique de cette loi et laisser entendre que le gouvernement ne veut pas en faire un temps fort de son action, qu’on ne s’y serait pas pris autrement.

Quelques remarques dans le détail :

- La réduction par 4, d’ici 2050, des émissions de gaz à effet de serre et de 50% des consommations d’énergie sont réaffirmées. Leur oubli eut été un mauvais signal même si, avouons-le, ces objectifs à si long terme sont bien commodes pour tout décideur qui n’aura plus à en répondre. Ils n’ont en réalité de sens que s’ils sont assortis de clauses de revoyure permettant de vérifier, tous les 5 ans environ, que nous restons sur la bonne courbe.

- La vision européenne de la politique énergétique reste timide voire inexistante alors même que face aux géants continentaux que sont la Chine, les Etats Unis ou la Russie, nous ne pouvons raisonner notre avenir énergétique autrement qu’au travers d’une véritable politique énergétique commune européenne, sorte de PAC version « énergie ».

- De prochaines mesures restent à prendre notamment dans le champ du financement de cette transition énergétique. Les 10 milliards annoncés restent des … annonces. A bien y regarder, même s’il ne faut pas négliger l’intérêt du montage, il s’agit pour l’essentiel de prêts de la Caisse des dépôts, et de crédits d’impôts dont une partie existent déjà. Il est certes juste de constater que la facture énergétique française de plus de 60 milliards d’euros est un chèque envoyé à l’étranger alors même que les économies d’énergies et la production d’énergie renouvelable seraient des parts de richesses qui resteraient sur notre territoire. Pour autant, l’un des outils les plus efficaces, à savoir la fiscalité, est un chantier que n’aborde pas cette loi. Notre fiscalité doit pourtant s’adapter pour faire en sorte qu’il soit fiscalement plus attractif d’économiser l’énergie ou de recourir au renouvelable et qu’au contraire, gaspiller l’énergie ou recourir aux énergies fossiles deviennent fiscalement pénalisant.

- Dans le domaine des transports, le soutien aux véhicules électriques et hybrides est évidemment bienvenu. Si le type de motorisation est un élément important pour réduire l’impact environnemental des transports, la question de l’urbanisme l’est tout autant. Autrement dit, réduire l’impact environnemental des mobilités, c’est aussi réduire les mobilités elles-mêmes, notamment les déplacements domicile/travail, voire domicile/consommation. Ceci peut passer notamment par des mesures d’incitation des entreprises à choisir des implantations plus proches des zones de résidence par exemple.

- Au chapitre de la lutte contre la pollution de l’air (article 14), il est heureux de constater que le gouvernement confirme enfin le principe de mise en œuvre des ZAPA, zone d’action prioritaire pour l’air. La dissonance est donc confirmée entre le gouvernement et la Mairie de Paris.

- Sur le volet de la production d’énergie renouvelable, l’objectif d’arriver à 32% d’énergie renouvelable d’ici 2030 est positif. La question posée aujourd’hui par les producteurs d’énergies renouvelables est celle de la relance d’urgence de toutes les filières du renouvelable avec la levée des complexifications administratives et des freins règlementaires et fiscaux.

- Enfin, l’économie circulaire, même si on pourrait se satisfaire du fait qu’elle soit mentionnée dans la loi, reste malheureusement cantonnée à la seule question des déchets. Or, la réutilisation, le réemploi, la réparation, la location plutôt que l’achat, ou l’écoconception participent indéniablement d’une économie moins consommatrice de matière première, dont l’énergie.

Que l’on trouve le verre à moitié plein ou à moitié vide, la vraie question qui mérite toute notre attention est celle de la cohérence globale de l’action gouvernementale au regard des grands objectifs évoqués dans cette loi. Nombreux sont les écologistes qui ne se satisfont plus de lois et mesures ponctuelles prises dans le champ environnemental sans connexion réelle avec les autres priorités gouvernementales, à Bercy notamment.
Il est une image qui illustre parfaitement ce point : la Ministre de l’écologie quitte le conseil des ministres dans une voiture électrique et on voit en arrière-plan les limousines « ordinaires » ministérielles de ces collègues qui ne sont, elles, ni électriques, et vraisemblablement pas hybrides.

La vision transversale demandée depuis des années au plus haut sommet de l’Etat avec un regard de durabilité sur chaque mesure prise en dehors du champ de compétence du Ministère de l’écologie, serait la seule garante d’une efficacité réelle des mesures annoncées aujourd’hui.

mardi 8 juillet 2014

Mon intervention au Conseil de Paris sur le Plan Local d'Urbanisme

Madame la Maire,

D'entrée de jeu, 2 points de forme m'ont frappé au sujet du document qui nous est présenté visant un engagement d'une procédure de modification du PLU de Paris.

La première, est l'ambition affichée de nous lancer dans cette procédure en vue répondre à pas moins de 5 différents objectifs dont la compatibilité entre eux reste à démontrer : production de logements notamment de logements sociaux, lutte contre le changement climatique, lutte contre la pollution, amélioration de la qualité de l'environnement, place du végétal, attractivité économique.

A cela s'ajoute, la prise en compte de la récente loi pour l'accès au logement et un urbanisme rénové - mieux connue sous le nom de loi ALUR -, du schéma directeur régional de la Région Ile de France, du Schéma régional de cohérence écologique, du programme local de l'habitat de Paris, du plan climat énergie, du schéma directeur d'Aménagement et de gestion des eaux, du plan directeur de déplacement urbain, and, last but not least, du plan biodiversité.

Bref, un enchevêtrement labyrinthique d'objectifs et de textes dans lequel on se perd et au sujet desquels, comme je l'ai indiqué avant, on peut se demander si la compatibilité est réellement possible. Comme en toute chose complexe, l'enjeu politique n'est pas, je l'espère, de nous noyer dans ces textes, mais de comprendre où l'on va exactement, ce qu'on retient entre ce qui est obligatoire de ce qui est optionnel, ce qui relève d'une adaptation règlementaire de ce qui relève de choix politiques. Et pour moi, dans les intentions de la majorité distillées durant la campagne électorale et ces derniers jours dans la presse, il ne fait pas de doute que c'est la question de la densification de Paris qui est le vrai débat. J'y reviendrai.

Deuxième remarque de forme, le calendrier retenu :

Il est rappelé à juste titre que la métropole du Grand Paris aura, à compter du 1er janvier 2016, compétence en matière d'urbanisme. On nous parle donc, avec la procédure qu'on nous demande d'adopter, d' « étape intermédiaire ». J'aurais utilisé l'adjectif « éphémère ».

Si ma projection est juste :

-Juillet 2014 : avis sur la procédure de modification du PLU en Conseil de Paris

-Automne : lancement d'ateliers de concertation et d'une plateforme collaborative sur internet

- Décembre : restitution des conclusions

- Pour fin 2015 : modification du PLU après enquête publique et avis du commissaire enquêteur

Ce PLU qu'on se prépare à construire est fait pour n'être valable que quelques semaines. Est-ce bien nécessaire ? Est-il aujourd'hui opportun de tourner le dos à la métropole au moment même où la mission de préfiguration démarre ses travaux.

Le débat étant néanmoins posé, même si je trouve que le calendrier pose question, je souhaiterais concentrer mon propos, et j'espère le débat, sur la question fondamentale de la densification.

En règle générale, le terme de densification dans le champ de l'urbanisme, est synonyme de développement durable. C'est pourquoi, je vois souvent, dans ce document, associés les termes d'urbanisme et de durabilité.

La densification urbaine a une véritable raison d'être quand l'alternative est de grignoter des espaces naturels ou des terres agricoles. De terres agricoles à Paris, il en reste peu. Quant aux espaces naturels, ils occupent une faible surface et ils n'en sont que plus précieux.

La densification a tout son sens en première couronne de Paris et encore davantage quand on s'en éloigne et qu'on commence à trouver des espaces agricoles ou des espaces naturels. A ce titre, la perspective de reporter cette réflexion au niveau du grand Paris a infiniment plus de sens que de l'envisager maintenant et intramuros à Paris. Paris, où, il faudra bien l'admettre un jour, la densification y a atteint ses limites.

Ce qu'attendent maintenant les parisiens, c'est que les élus préservent les derniers espaces de respirations.

Avec 21 290 habitants au km2, Paris est la 5ème ville la plus dense du monde (après Manille, Le Caire, Calcutta, Shanghai et Mumbai).

Autrement dit, au chapitre de la densification urbaine, Paris a largement payé son dû.

La disparition du COS que permet la loi ALUR ne nous impose rien en termes de densification. Elle peut, si nous le décidons, nous autoriser à préserver nos derniers espaces de respiration. C'est une question de choix politique qui est entre nos mains.

Une ville comme Paris, qui peut se reconstruire sur elle-même, comme elle le fait depuis des siècles, ne tournera pas le dos à la construction neuve, mais boucher les moindres interstices, construire là où il n'y avait pas de construction, étouffer la ville encore un peu plus, là n'est pas la perspective à laquelle les parisiens aspirent. Or, le projet de construire près de 10 000 nouveaux logements par an poussera immanquablement à aller trop loin dans la densification.

Certains diront, épargnons l'occupation des sols et investissons la hauteur… la grande hauteur ! Contrairement aux apparences, ce n'est pas de la densification. Une tour n'est pas plus dense que le haussmannien. Elle occupe non seulement autant d'espace au sol au mètre carré habitable, mais de plus, par essence, elle demande plus d'énergie pour son fonctionnement. Bien sûr, parce qu'une ville qui vit est une ville qui bâtit, nous avons besoin de gestes architecturaux… et les exemples ne manquent pas à Paris pour prouver que le geste existe, à hauteur raisonnable sous les 37m acceptables. Mais encore une fois, choisissons pour cela de reconstruire sur l'existant et épargnons les espaces encore libres.

Reconstruire sur l'existant, ce peut être la surélévation des immeubles, le potentiel est important, à condition de ne pas le faire avec systématisme. Il y a également de larges potentiels du côté du recouvrement des voies ferrées ou du périphérique. Nous avions bâti notre propre plan Marshal pour le logement, porté par Marielle de Sarnez, dans cet esprit.

Point de détail : la question des parkings. Il est annoncé que les parkings sous-terrains seront limités pour réduire les coûts de construction. Je crains que ce ne soit là une erreur d'appréciation pour le futur. Non pas qu'il faille créer de nouvelles places de parkings, mais plutôt parce que je crois que nous devons développer à Paris un vrai plan de mise en sous-terrain du stationnement de surface et qu'à cette fin, non seulement il faut amplifier les efforts pour occuper les places aujourd'hui vides dans de trop nombreux parkings sous-terrains, mais que dans une politique de libération de l'emprise de surface dévolue au stationnement automobile, nous ne devons pas nous handicaper avec des potentiels en sous-terrain auxquelles nous renoncerions aujourd'hui.

Et puis, densifier Paris aujourd'hui, comme on le pressent dans les projets annoncés, c'est à coup sûr faire un choix non durable : urbanisme et logement contre plan climat et végétalisation. A ce stade, mes craintes restent des craintes. Mais je ne vois rien de rassurant qui me permette de croire que les projets de végétalisation annoncés ne seront rien d'autres que des micro-projets. Le plan d'urbanisation et de construction de logements et d'équipements annexes viendront inéluctablement grignoter les espaces végétalisés existants et les aires offrant quelques derniers potentiels de végétalisation. Il réduira grandement l'ambition ou du moins l'esprit de la végétalisation de Paris telle qu'elle fut décrite au dernier Conseil de Paris… et par là même, il en résultera une quasi impossibilité de respecter le plan climat.

J'ai bien noté dans la campagne de presse que vous avez menée ces derniers jours que vous aviez conscience de ces craintes des parisiens en parlant pour l'essentiel de surélévations et d'alignement de façades. Dans votre propos introductif à ce débat, vous venez d'ailleurs de dire qu'il n'y aura aucune réduction des espaces de respiration. Or, un peu partout dans Paris, les parisiens ont de bonnes raisons de douter et de s'inquiéter :

Quelques exemples :

La passe d'arme sourde à laquelle nous avons assisté hier au sujet du réseau d'eau non potable dissimulait mal vos intentions de suppression de certains réservoirs d'eau non potable.

Un espace appelé le « Bois Dormoy » dans le XVIII ème reste menacé.

L'extension du stade Roland Garros réduira les espaces de respiration

Des projets de logements menacent la friche foncière de la gare d'Auteuil alors que c'est aujourd'hui un bel espace ouvert de respiration

D'autres projets de logement avenue du Maréchal Fayolle ou le projet fou avenue Foch et en lisière du bois de Boulogne participent aussi de cette réduction des espaces de respiration

La Tour Triangle est dans vos cartons

La réduction du parc des Halles est déjà une réalité

Et puis, pour finir, Madame la Maire, une remarque sur le nerf de la guerre : l'argent :

Jean-Louis Missika évoque de nouveaux modes de financement dans le cadre du « pacte » avec les professionnels, consistant notamment différencier le foncier du bâti.

Reste le problème du financement des 10 000 logements par an compte tenu :

Du trou de 400 millions d'euros l'an prochain pour boucler le budget de la ville. Elémént qui a été sciemment caché aux parisiens pendant la campagne électorale par l'équipe actuelle qui ne pouvait pas ne pas connaitre cette situation

De la baisse des droits de mutations et de la diminution de l'aide à la pierre de l'Etat
Et de la libération du foncier par l'Etat qui pour le moment vend au prix fort

D'une certaine manière, on pourrait se dire que si cet urbanisme qu'on nous annonce nous inquiète, l'état des finances de la ville qui en rend le financement plus qu'incertain aurait de quoi nous rassurer.

Nous nous prononcerons néanmoins sur la question posée : voulons-nous d'un urbanisme qui étouffe et bétonne encore un peu plus Paris : la réponse est non, et nous ne voterons pas ce texte.

dimanche 15 juin 2014

Commentaires sur la feuille d'Anne Hidalgo à son adjointe chargée de l'environnement, du développement durable...


Ma première remarque ira à l'intitulé même de cette délégation : "environnement, développement durable, eau, canaux et plan climat". Sorte de fourre-tout pour y mettre ce qui relève grosso modo de l'écologie mais qui n'est ni "transport", ni "espaces naturels", ni "logement", ni "urbanisme", ni "déchet" ni "économie circulaire"...On pourrait légitimement vouloir faire figurer tout cela dans les attributions d'une forte et cohérente délégation au développement durable... à l'image du "vice-premier ministre" du gouvernement défendu par Nicolas Hulot dans son pacte écologique de 2007, et qui trouva presque son application dans le gouvernement Fillon avec Juppé (très brièvement) puis Borloo et NKM...puis abandonné par François Hollande.

Car l'idée n'est pas idiote : il s'agit, à l'échelle d'un gouvernement (et une équipe municipale est un gouvernement local) de placer le développement durable à un haut niveau hiérarchique, quasiment au rang du Maire ou du Premier adjoint, lui donnant de nombreux portefeuilles très importants pour piloter au mieux une politique de développement durable transversale. Sans contester la qualité des actuels adjoints, la volonté de la maire a été, à l'évidence, de disperser les portefeuilles relevant du "développement durable" entre une demi douzaine d'adjoints. 
Je le regrette. L'intitulé de cette délégation a dès lors quelque chose de peu lisible. Qu'est-ce que l' "environnement" si on n'y inclut pas les espaces verts ? Qu'est-ce que le développement durable si ce n'est l'inclusion d'un vaste triptyque environnemental, social et économique ? Certes, une délégation au développement durable, dans sa définition officielle, est assez impossible à couvrir sous la forme d'une délégation d'un maire ou d'un Ministre tant elle est transversale. La réalité d'un portage politique du développement durable au niveau d'un exécutif est, au choix, dans la conviction même du maire ou dans l'étendue du pouvoir donné à l'adjoint qui en a le pilotage. 
A défaut de cela, je préfère à la limite le terme d'environnement, plus restrictif mais aussi plus clair... sous réserve d'y inclure les espaces verts. 
Cela étant, en lisant la feuille de route, on comprend mieux les missions et sans doute eut-il été plus clair de parler de délégation à l'eau et au développement des énergies renouvelables. Pour le reste, les missions confiées sont toutes à concevoir en lien avec d'autres adjoints...ce qui minore grandement la capacité d'agir : plan climat avec l'adjoint aux transports, économie circulaire avec l'adjointe à l'économie sociale, isolation des logements avec l'adjoint au logement... etc...

Bref, la feuille de route est confuse comme l'est le champ de la délégation.
Bon courage Celia !

Dans le détail :

" Grâce à une politique écologique ambitieuse, les dix dernières années ont changé le visage de Paris. D’ici 2020, je souhaite développer cette ambition à plus grande échelle et faire de Paris une ville modèle en matière d'écologie urbaine et de transition écologique. Parce que cet objectif est éminemment transversal, je souhaite ainsi que vous puissiez éclairer les réflexions et les pratiques de toutes et de tous pour réduire notre empreinte écologique en favorisant la participation, les synergies, l'expérimentation et l'innovation A cet égard, je vous remercie des propositions que vous m’avez présentées dans le cadre de votre feuille de route afin de promouvoir la pratique écologique des solutions à Paris."

Tiens, on parle de transversalité...dommage que cet aspect fondamental que je développais en préambule n'ait pas trouvé son application au travers d'un adjoint chargé du logement, des transports, de l'urbanise, des espaces verts de l'eau et des déchets...c'est à dire les champs les plus impactant d'un point de vue environnemental au niveau communal.

"Je souhaite que, dans la perspective de la COP qui se déroulera ici en 2015, Paris s’engage résolument dans la réduction drastique de son empreinte écologique et stimule une dynamique métropolitaine et mondiale. Dans cet objectif, je vous demande, en lien notamment avec l’adjointe chargée de l’économie sociale et solidaire, de l’innovation sociale et de l’économie circulaire, de participer à l’organisation du « Grand Paris de l'économie circulaire » en 2015 et de diffuser les principes de cette économie du moindre impact sur l'environnement dans toutes les strates de notre activité municipale".

Il est très intéressant de mettre en avant cette question de l'économie circulaire qui, après avoir vécu essentiellement dans des milieux d'experts, finit pas intégrer les discours politiques. La COP a beau avoir une vision  large des choses, son angle principal, au moins médiatiquement, restera la question du climat. On peut évidemment dire que l'économie circulaire, modèle à construire visant à réduire nos besoins en matières, a un rapport avec les enjeux climatiques... il n'en reste pas moins que d'entrée de jeu, la présentation induit de la confusion. 

Pour autant, le sujet "économie circulaire" est un beau chantier qu'il ne faudrait pas réduire à la seule conférence climatique ou à l' "activité municipale" (c'est à dire, les services avec une action uniquement à portée "interne"). La question posée, si on veut bien y travailler de manière complète - et je fais confiance à mon ami Serge Orru au cabinet de la Maire pour nous apporter des précisions - sera de développer tout azimut, les différents aspects de l'économie circulaire, au niveau de la ville bien sûr, mais aussi et surtout dans le tissus économique de Paris qui est, tout de même, le centre nerveux de bien des entreprises du Pays : achats durables, consommations responsables, optimisation des besoins d'énergie et de matière des entreprises, réparation ou réutilisation des objets, économie de la fonctionnalité (louer plutôt que posséder), recycler les déchets et donc les éco-concevoir pour faciliter ce recyclage, ...Chantier passionnant pour Paris, le grand Paris, la Région et au delà !

Le prochain Conseil abordera d'ailleurs quelques aspects liés aux déchets, avec l'introduction de l'idée de valorisation des déchets fermentescibles sans qu'il ne soit malheureusement permis, pour l'heure, d'espérer avoir de la méthanisation telle qu'elle est mise en oeuvre à Lille où une part non négligeable des bus roule désormais au biogaz. En tout état de cause, l'équipe majoritaire serait bien inspirée de construire une stratégie globale d'économie circulaire incluant précisément la valorisation des déchets verts. 

"En collaboration avec l’adjoint chargé des relations internationales et de la francophonie, vous stimulerez une dynamique permettant l’organisation, dans le premier semestre 2015, d’une conférence des capitales et grandes villes européennes, afin de définir les exigences légitimes des métropoles face au changement climatique et de peser concrètement sur les négociations internationales. Mais au-delà c’est bien l’ensemble de la société parisienne dans sa diversité qui devra être impliqué dans l’organisation de cet évènement majeur pour notre ville. Afin que Paris s’impose comme une ville référence en matière de transition écologique, je souhaiterais également que vous initiez dès 2015, en association avec les adjoints concernés, un événement référent et récurrent présentant les solutions innovantes et concrètes pour agir efficacement dans nos villes contre le péril climatique".

Pourquoi pas...
Je reste dubitatif sur la capacité de Paris, même associée à d'autres grandes métropoles, de "peser concrètement sur les négociations internationales". Je ne vois pas concrètement ce que ça changera dans la négociation climatique dont les enjeux seront à nouveau basés sur les rapports de force continentaux Etats-Unis/Chine/Brésil/Inde, pays émergeant. La voix européenne, je le crains, ne sera pas plus audible que les fois dernières... a fortiori celle des métropoles européennes. J'imagine, à la limite, que cette assemblée de grandes villes pourrait dépoussiérer l'agenda 21 qui était, en son temps, (il y a plus de 20 ans maintenant : Sommet de Rio de 1992) une très bonne idée en annexe des protocoles de quotas d'émissions. Ainsi pourrions-nous travailler à la mise à jour du catalogue de mesures concrètes que les collectivités locales peuvent mettre en oeuvre pour réduire leurs émissions de GES.

"Pour que Paris soit une ville exemplaire dans le domaine environnemental, les objectifs du Plan Climat Énergie de Paris en 2020, déclinés dans des carnets opérationnels, continueront d’être poursuivis. À cet égard, je souhaite que les services de la Ville soient exemplaires et puissent ainsi influencer le comportement de l'ensemble des Parisiennes et des Parisiens. Dans ce cadre, je souscris à votre proposition de réunir d’ici à l’été un comité de pilotage sous l’égide du Secrétariat général afin de poursuivre la mise en œuvre du Carnet de l’Administration du Plan Climat. Au cours de la mandature, le Plan de déplacement de l’administration parisienne devra être actualisé, ce qui nécessite le lancement préalable d’une réflexion pilotée par Secrétariat général. Parallèlement, vous me transmettrez d’ici à l’automne 2014 des propositions concrètes pour favoriser la sobriété énergétique des services municipaux, notamment des éco-gestes qui pourraient être développés très rapidement."

Il est toujours bon de chercher à être exemplaire. L'exercice a ses limites si on s'en contente. Cela peut permettre d'expérimenter des solutions qu'on peut ensuite proposer à d'autres sphères (les entreprises, les associations, les copropriétés...).

"Je souhaite aussi que vous instauriez, avec Ian Brossat votre collègue chargé du logement, un comité de suivi de la mise en œuvre du Carnet Logement. Ce comité rassemblera l'ensemble des acteurs concernés par les actions à mener d'ici 2020 en matière de rénovation thermique des bâtiments, dont les immeubles très énergivores, et de réduction de la consommation d’énergie du parc social municipal en lien avec les bailleurs.En association avec votre collège chargé de l’urbanisme, vous joindrez la réflexion sur les évolutions des règlements d’urbanisme pouvant accompagner notre exigence environnementale, notamment le développement d’éco-quartiers."

Vaste chantier que celui de la rénovation thermique du bâti... et Paris n'est pas exemplaire de ce point de vue. Le gisement d'économie d'énergie est gigantesque. Les travaux n'ont débuté ni hier ni ici. Mutualisons nos efforts, réflexions et solutions avec tous ceux qui y réfléchissent ailleurs ou à d'autres niveaux : Région, État, voire avec d'autres villes qui expérimentent des solutions. Les freins commencent à être identifiés, voire levés : la mise de départ pour les travaux, la pertinence et la fiabilité dans les travaux, leurs coûts trop souvent déraisonnables, le retour sur investissement incertain...

"Parce que nous devons aussi poursuivre nos efforts pour lutter contre la précarité énergétique touchant certains Parisiens, je souhaite que les agences existantes (APC, AEU) puissent réaliser un rapport annuel sur l’évolution de la précarité énergétique, pour pouvoir adapter notre programme d’action le cas échéant."

Ne réinventons pas tout : l'ANAH est maintenant clairement missionnée pour résorber la précarité énergétique. Inscrivons-nous dans ce sillage tout en définissant, en effet, la part d'aide supplémentaire que peut apporter la ville.

" Vous devrez également réfléchir aux voies et moyens d’une production d’électricité d’origine locale et renouvelable, ainsi qu’à la progression de la récupération d’énergie. "

C'est un peu vite dit... c'est dommage. 
Le sujet eut mérité un peu plus de place dans cette feuille de route. Marie-Laure Harel l'avait abordé dans un voeu au dernier Conseil de Paris. La réponse de la Maire m'avait surpris. La Maire rappelait l'objectif des 25% d'énergie renouvelable d'ici 2020. Cela me semblait intéressant, mais à ma question de savoir où nous en étions de cet objectif, si nous étions sur la bonne courbe pour les atteindre, si nous parlions d'électricité ou de toutes les énergies... à toutes ces questions, je n'avais pas eu de réponses claires. Dans cette feuille de route, je sais au moins que nous parlons d'électricité. A l'échelle nationale, cela représente environ 20% de nos besoins. 
Mais ne serait-ce que pour l'électricité, la question est de savoir si, à 6 ans de l'échéance, nous pouvons espérer atteindre les 25%. Dans note campagne avec NKM, j'avais défendu l'idée d'inscrire Paris dans une perspective de ville à énergie positive, à savoir qu'elle consommerait autant d'énergie qu'elle en consomme. L'ambition était certes énormes, mais elle nous obligeait à orienter toutes les politiques à incidence énergétique dans cette optique : réduire de 50% nos consommations d'énergie, produire le reste nécessaire via des énergies renouvelables (dans lesquelles on peut inclure en effet la récupération de chaleur). Ce chapitre "ville à énergie positive" aurait pu coiffer un vaste plan d'action portant sur le logement, l'urbanisme, les déchets, et les transports (pour ne citer que les secteurs les plus consommateurs d'énergie ou constituant les plus importants potentiels d'économie d'énergie). Bref, il y a là matière à écrire bien plus que deux lignes.

"Je partage aussi votre proposition d’élaboration du Carnet Tertiaire du Plan Climat afin que les acteurs économiques maîtrisent davantage leur empreinte carbone."

OK... c'est intéressant, nous verrons dans le détail ce que contiendra ce Carnet

"Parce que la pratique écologique est un projet de ville qui doit être au cœur de notre quotidien, je souhaite que l’année 2015 à Paris soit placée sous le signe du Climat. Vous me transmettrez d’ici à septembre, en lien avec les adjoints concernés, des propositions permettant d’orienter les évènements 2015 de la municipalité sur le thème des actions face au changement climatique (par exemple Paris Plage, la Nuit Blanche, ou les Journées Parisiennes de l'Énergie et du Climat ou les grands évènements qui rythment la vie de notre ville). Également, en lien avec l’adjoint chargé de la démocratie locale, de la participation citoyenne, de la vie associative, de la jeunesse et de l’emploi et avec les mairies d’arrondissement, vous contribuerez à la mise en place, à partir de 2015, des comités « Planète Quartier » pour rassembler toutes celles et ceux qui souhaitent débattre et mettre en place des initiatives écologiques dans leur arrondissement."

Très bien...mais une fois lancées toutes ces initiatives, pourquoi ne pas se dire, dès maintenant, que tout ce qui aura été jugé positif en terme d'impact "climat" devra alors s'inscrire dans la durée au delà de 2015. Ceci permettrait de nous rassurer sur le fait que nous ne faisons pas tout cela juste pour faire de la "com".

" Enfin, durant la mandature et en lien avec les adjoints concernés, vous étudierez les pistes d’évolution pertinentes pour renforcer la « conditionnalité » écologique des aides et subventions octroyées par la Ville de Paris et me transmettrez vos propositions."

C'est évidemment une bonne chose, mais je suis presque surpris de lire que cela n'a pas encore été fait jusqu'à maintenant !

"La transition énergétique doit aussi être pensée à l’échelle métropolitaine. Dans ce cadre, je vous demande d’engager, en lien avec les acteurs concernés, une réflexion sur la préfiguration d'une instance de coordination métropolitaine des fluides et de l'énergie dans l’objectif de pouvoir établir un schéma énergétique global."

Voilà qui est quelque peu nébuleux. De quoi parle-t-on au juste ? D'une future SEM énergétique à l'échelle du Grand Paris ? Si c'est cela, c'est évidemment une excellente perspective. Une SEM qui pourrait associer des professionnels de l'énergie (distributeurs et producteurs), pourrait bien évidemment piloter au mieux l'offre, notamment en chauffage urbain, piloter des opérations d'économie d'énergie, voire, et ce serait le plus intéressant, devenir un opérateur "producteur" d'énergie renouvelable avec, entre autres idées, l'ouverture à des participations citoyennes... Une SEM qui serait une brique essentielle dans la construction du Paris à énergie positive dont je parlais plus haut.

"Parce que les circuits et les modalités d’un approvisionnement et d’une alimentation durables doivent évoluer, je vous demande, en lien avec Olivia Polski, l'adjointe chargée du commerce et de l’artisanat, d’étudier la création d’un label du « consommer local » et d’une réservation de marchés pour les producteurs franciliens afin de favoriser et de promouvoir le consommer local en Île de France. Vous vous associerez notamment votre collègue chargé des espaces verts, de la nature et de la biodiversité pour poursuivre le développement collaboratif de l’agriculture urbaine, à Paris et en métropole."

Il y a plusieurs idées dans ce paragraphe, et encore une fois, je trouve l'approche confuse... un peu comme s'il s'agissait d'aligner des mots valises et montrer à quelques réseaux qu'on a pris en compte leurs idées. 
Je voudrais croire qu'il y a derrière tout cela une vraie volonté politique. 
En premier lieu, on parle de la production locale en Ile de France, de rapprochement des productions et des consommateurs. Ceci implique un présupposé : il y aurait des producteurs en Île de France qui n'auraient pas assez de débouchés sur Paris. En toute théorie, je suis évidemment d'accord avec cela, mais avec une réserve : vérifier le bilan environnemental du transport des marchandises locales. Ce que je sous-entends n'est évidemment pas qu'il faut mettre en doute le principe qui est évidemment bon. Mais attention à ne pas tordre la réalité pour valider un principe. On l'a fait par le passé et tôt ou tard, une enquête démontre l'erreur d'analyse et l'idée même finit au panier. 
J'ai pu lire qu'une livraison sur une moyenne distance (ce qui serait le cas d'un producteur situé en lointaine couronne) réalisée par le producteur lui-même dans un point de livraison unique (amap par ex ou marché spécialisé) était au final plus émetteur de CO2 qu'un camion livrant un supermarché. En effet, le système "supermarché" est bien plus optimisé que le petit producteur (optimisation avec plus de marchandises transportées en une seule fois, optimisation des tournées de livraisons et des rotations...). Il y a évidemment d'autres considérants environnementaux tels que les méthodes d'agriculture. Autrement dit, pour que mes propos ne soient pas mal compris, la seule notion de "proximité" ne suffit malheureusement pas à s'assurer d'un bilan environnemental meilleur que le système d'appro de supermarché. Si on veut préférer le local, alors il faut aussi penser "optimisation" des transports et des livraisons pour se type de production, en s'inspirant précisément des optimisations logistiques mises en oeuvre dans la grande distribution. 
Seconde question : y a-t-il une offre conséquente de production maraîchère en Île de France ? Je n'en suis pas certain. Dès lors, j'imagine que tout cela mériterait d'être creusé du côté des professionnels du secteur pour identifier au mieux les raisons d'un choix de cultures peu en rapport avec la demande locale, et voir de quels leviers la ville de Paris ou le Grand Paris disposent pour avoir une influence sur la réorientation souhaitable. 
Au delà de cet aspect, j'y verrais un autre intérêt : celui d'étendre autour des puits de captage d'eau potable des zones d'agricultures bio qui participeraient ainsi, en amont, de la réduction du taux de nitrate très élevé dans l'eau de Paris. Ce point est d'ailleurs abordé au chapitre suivant sur l'eau.
Enfin, il est question d'agriculture urbaine. Je ne l'aurais, je crois, pas mis au même plan. Cultiver des légumes dans Paris intramuros est éminemment pédagogique, notamment pour les enfants qui comprendraient mieux d'où vient leur nourriture. Ne laissons pas croire que cela va nourrir, ne serait-ce qu'un peu, les parisiens.

"Enfin, avec votre collègue chargé des transports et des déplacements, vous identifierez durant la mandature les opportunités et les potentialités d’un développement du transport des marchandises et des personnes sur les canaux parisiens et sur la Seine."

Des marchandises, certainement. Des personnes, je n'y crois pas : les modalités d'embarquement et de temps de trajet ne feront pas sortir ce mode de déplacement de son seul caractère ludique et touristique. Sans parler du coût qui, comme pour le tramway, mérite d'être regardé à deux fois si on veut financer d'autres mesures peut-être plus urgentes, plus utiles, moins "gadget".

"Nos efforts porteront aussi sur l’amélioration de la qualité de l’air et la réduction du bruit qui sont des sujets de préoccupation pour les Parisiens. C’est pour moi une priorité. Notamment, en lien avec les adjoints concernés, je vous demande de lancer la réflexion sur un programme visant à lutter contre les polluants chimiques et notamment à éradiquer les perturbateurs endocriniens du quotidien des Parisiens dans les services de la Ville, y compris dans ses achats."

Tiens tiens !...faites un petit coup de "google" pour voir qui a parlé durant la campagne des perturbateurs endocriniens. Amusant de voir ceci repris dans la feuille de route. Cela dit, on ne peut donc que se féliciter de cette prise de conscience.

"Vous participerez également à la mise en place d’un plan d’amélioration de la qualité de l’air à Paris et stimulerez une dynamique métropolitaine en la matière"

D'accord, mais on en revient au constat de base : quelle compétence et moyens d'action a cette adjointe sur ce sujet alors qu'elle n'a rien dans ses délégations qui lui permette d'agir sur ce vaste sujet de la qualité de l'air.

"Vous organiserez également, en lien avec tous les adjoints concernés, la réflexion sur les mesures de réduction des nuisances sonores que vivent au quotidien les Parisiens. Concernant le bruit routier, je rejoins votre proposition et celle de l’adjoint chargé des déplacements d’extension des zones 30 hors grands axes"

"hors grands axes"...sachant que la vitesse moyenne à Paris en dehors des grands axes est déjà largement en dessous des 30km/h, je doute de l'impact "bruit" de cette mesure.

"La remunicipalisation du service public de l’eau a permis de garantir l’accès de tous à une eau potable de qualité pour un prix abordable. Vous engagerez dans les toutes prochaines semaines l’acte II de ce service public essentiel en préparant le nouveau contrat d’objectifs avec Eau de Paris qui doit être signé d’ici la fin de l’année. Il devra permettre la mise en place d’une tarification plus sociale avec la gratuité des premiers mètres cubes pour les plus fragiles. Il favorisera la diminution de la facture d’eau en incitant à la réduction des consommations (kits économiseurs d’eau) et à la préservation de la ressource. "

Il est dommage que l'incitation à consommer l'eau avec modération soit presque inexistante de la feuille de route. Les "kits" sont bien insuffisants à mon sens. Et d'ailleurs, comment seront-t-ils distribués ? A la charge de qui ? Qu'on rende gratuits les premiers mètres cubes d'eau pour les plus pauvres, pourquoi pas, mais la contrepartie est d'avoir une tarification progressive qui rende l'eau d'autant plus chère qu'on dépasse un certain cubage par personne dans le ménage. La question de la tarification est d'ailleurs un chantier en soi au regard des enjeux environnementaux. Le principe "pollueur-payeur" devrait s'appliquer au particulier pour ce qui concerne ses consommations d'énergie et d'eau, et pour ce qui concerne sa production de déchets. Autrement dit, plus vous consommez de ressources, plus vous payez cher selon un mode de progressivité par tranche de m3 ou de kwh. Et à l'inverse, moins vous produisez de déchets, moins vous payez de taxe d'enlèvement des ordures. 

"Sur cet aspect, vous travaillerez à infléchir les politiques agricoles en Brie et en Beauce où se trouvent les captages d’eau de source pour diminuer les nitrates. Vous interviendrez pour promouvoir l’agroécologie sur tous les bassins versants."

L'intention est bonne, la mise en oeuvre infiniment plus compliquée. J'évoquais ce point plus haut. Les exemples de Vittel et Munich ont montré qu'il faut aux municipalités engagées dans cette voie une volonté de fer et une action qui s'inscrit dans la durée. En gros, il s'agit d'acquérir des terres autour des puits de captage, d'y développer une agriculture bio, ou de contractualiser avec les agriculteurs existants pour les inciter à modifier leurs cultures. Le jeu en vaut la chandelle en terme de qualité de l'eau et diminution des coût de traitement, mais la bataille sera rude... ce d'autant plus qu'il semblerait nécessaire de clarifier les responsabilités règlementaires sur la qualité de l'eau souterraine.

"L’eau doit être plus encore présente dans la ville et participer à l’amélioration du cadre de vie. Vous identifierez avec les mairies d’arrondissement, les directions de la voirie et des espaces verts, des lieux d’implantation de nouvelles fontaines, en particulier un réseau d’au moins deux fontaines d’eau pétillante par arrondissement à réaliser d’ici la fin de la mandature. Vous veillerez à ce que l’accès gratuit à l’eau dans l’espace public soit assuré durant toute l’année."

De l'eau pétillante en libre service ! je n'avais encore jamais vu une idée pareille. Amusante, mais tellement bobo ! J'irai en boire pour rigoler, mais je n'en penserai pas moins.

"En lien avec l’adjoint chargé des transports, de la voirie, des déplacements et de l’espace public, vous veillerez à ce que l’eau soit présente dans les grands projets de places et d’aménagement d’espace public ; vous me ferez des propositions pour expérimenter des dispositifs de ruisseaux artificiels sur l’espace public dans le courant de la mandature."

Des ruisseaux artificiels...on est dans le même registre que l'eau pétillante. Ca fera des jolis articles dans les magazines de compagnies aériennes qu'on lit dans les avions.
Plus sérieusement, je lis là qu'il est question des grands projets de places. L'eau a un rôle rafraîchissant et à Paris où nous connaissons des phénomènes maintenant récurrents de bulles chaudes en été, le sujet est en effet crucial pour la santé des personnes les plus fragiles et pour prévenir la pollution par l'ozone. Pour autant, même avec de l'eau sous la forme de fontaine, on contrebalance peu l'apport de degrés d'une conception d'aménagements urbains trop minérale. La place de la République à ce propos l'illustre bien. 
J'ajouterais, comme je l'ai fait dans mes commentaires sur les transports, que le maintien des grands arbres dans Paris est non négligeable dans l'apport en rafraîchissement. Je suis donc assez inquiet de continuer de lire dans certains documents annonçant des aménagements urbains qu'on va poursuivre la coupe de grands arbres. Il est annoncé qu'un grand arbre abattu sera remplacé par un ou deux petits arbres. Cela n'a rien de rassurant car l'impact social et environnemental d'un grand arbre n'est absolument pas comparable à celui de deux petits arbres. Autrement dit, il est louable d'annoncer de la végétalisation, à condition que l'effet rafraîchissant ne soit pas annulé par des coupes de grands arbres et des aménagements trop minéraux.

"Vous lancerez, avant l’été en lien avec Colombe Brossel, votre collègue chargés des espaces verts, de la nature et de la biodiversité, et Jean-François Martins adjoint au sport et au tourisme, les études de faisabilité pour permettre la baignade dans le bassin de la Villette à mi-mandat et dans le lac Daumesnil.
Je vous propose également de me faire parvenir des propositions pour valoriser le réseau d’eau non potable à travers l’élaboration dans les six prochains mois d’un schéma directeur qui définira de nouveaux usages"

Voilà qui est particulièrement intéressant pour un des quartiers du 15ème qui se bat, à juste titre, pour conserver deux bassins d'eau non potable alors même que l'équipe précédente, et celle qui lui succède, ont des projets de destruction de ces deux bassins. Les bassins dit de Grenelle, en l'état, ont pourtant un rôle raffraîchisseur qui est prôné dans cette feuille de route. Ils sont par ailleurs, potentiellement, des îlots de végétalisation et de refuge à biodiversité aquatique qu'il conviendrait de valoriser et préserver.

 "...et je vous demande de lancer, dès l’été prochain, une expérimentation de rafraîchissement de l’espace public et de lutte contre les îlots de chaleur par l’arrosage d’eau non potable. En lien avec l’adjoint chargé de la propreté et de l’assainissement, vous mettrez en œuvre le plan Pluie de Paris destiné à réduire les volumes d’eau évacués par les égouts en privilégiant l’infiltration directe dans le milieu naturel."

C'est un excellent projet. Si j'interprète bien l'idée, il sous entend que nous allons "desimperméabiliser" des sols aujourd'hui couverts de bitume. Les zones le permettant ne manquent pas.

"Enfin, avec Patrick Klugman, chargé des relations internationales et de la francophonie, vous engagerez de nouveaux programmes d’aides aux pays en développement dans le domaine de l’eau.
S’agissant des canaux, ils constituent une ressource à réinvestir (adduction d’eau non potable, fonctions logistique et industrielles, loisirs, lieu de promenade) et dont le paysage est à valoriser. Vous engagerez avec la mairie d’arrondissement notamment un travail avec les riverains et les commerçants pour revitaliser les abords du canal Saint-Martin."

 Mon ami François Haab, au groupe UDI-modem, a fort justement souligné, dans un voeu qu'il vient de déposer, que les abords de ce canal sont malheureusement victimes de leur succès et que les utilisateurs laissent souvent les lieux, après leur passage, dans un triste état. Au delà des initiatives civiques des habitants qui nettoient le secteur, il s'agit aussi de responsabiliser davantage les utilisateurs, habitants ou non.

 " Vous interviendrez aussi pour poursuivre les actions visant à la prévention des inondations et à la préparation des publics à un événement majeur de crue de la Seine, en lien avec l’adjoint chargé de la sécurité, de la prévention, de la politique de la Ville et de l’intégration et les services de l’Etat."

Ce point, régulièrement évoqué par Yves Pozzo di Borgo, reste incomplet dans la manière dont il est abordé par l'équipe majoritaire. Aux inquiétudes soulevées dans des rapports récents, notamment celui de l'OCDE, la mairie répond que tout va bien grâce au PPRI. Certes, un travail d'anticipation a été fait pour avoir les bonnes réactions le jour où surviendra la crue. Mais la tranquillité  affichée par la majorité municipale contraste avec les alertes lancées par l'OCDE. Alerte sur la gouvernance (trop d'acteurs interviennent sur ce dossier de la crue laissant craindre un manque de coordination avant et pendant la crue). Alerte aussi sur les mesures de prévention à prendre en amont. L'expérience des dernières années nous a montré que l'urbanisation le long des cours d'eau aggrave les inondations. Bien en amont des cours d'eau, les zones d'expansion (zones humides, marais) n'existent plus. Dès lors les cours d'eau gonflent dans leur lit jusqu'à en sortir là où ils peuvent, y compris dans des zones très urbanisées. L'enjeu est donc d'aménager autant que possible, en amont des cours d'eau, des zones non urbanisées, où les cours d'eau peuvent se répandre quand elles sortent de leur lit. L'exemple de ce qui a été fait en amont de Chateauroux sur l'Indre est très intéressant puisqu'une zone inondable a été aménagée en zone humide naturelle ouverte à la promenade des habitants. 
En amont de la Seine, des réservoirs ont été construits et par précaution, il faudrait en construire un de plus. Malheureusement, ce projet n'est évoqué par personne et on semble croire que le PPRI nous évitera tous les problèmes. L'OCDE nous rappelle fort prudemment que les pouvoirs publics sont peut-être trop confiants dans les dispositifs existants.

"Notre ambition pour Paris, sa transformation en métropole intelligente et durable, nécessite de réinventer en profondeur nos manières de faire la ville en s’appuyant sur l’innovation. Paris doit en effet devenir un laboratoire d’expérimentation et un lieu de référence international sur les questions d’innovation liées aux réseaux et systèmes urbains intelligents, aux services numériques, à la gouvernance ouverte et à la ville durable. A cet effet, je vous demande de travailler en lien étroit avec la mission « Ville intelligente et durable » au sein du Secrétariat général, qui est en charge de la coordination et du pilotage de ces sujets, ainsi qu’avec les autres délégations, dans un esprit de transversalité et de coordination.
Plus spécifiquement, je souhaite que vous jouiez, aux côtés de l’adjoint en charge de l’urbanisme, du Grand Paris, du développement économique et de l’attractivité, un rôle moteur pour impulser la dynamique de travail sur les réseaux intelligents afin de faire évoluer les principaux réseaux de la ville vers un fonctionnement adaptatif, plus participatif également en collaboration avec les partenaires, fournisseurs et concessionnaires. Je souhaite que vous réunissiez les différents acteurs pour l’élaboration d’une feuille de route commune dès les 100 premiers jours de la mandature."

C'est un peu nébuleux. Il y a incontestablement des enjeux avec des nouveautés numériques à mettre au service des pratiques plus écologiques, dans la mobilité (usage des smart phones pour déterminer le meilleur moyen de déplacement, réserver des voitures autopartagées, du co-voiturage...), dans la consommation énergétique (boîtier électrique individuel intelligent permettant de maîtriser sa consommation et dialoguer avec son fournisseur), dans les déchets (permettant de tester la redevance incitative). Mais ces deux paragraphes ne donnent que peu de détails sur ce qui est vraiment envisagé. Wait and see.