jeudi 1 octobre 2015

L'adaptation au changement climatique à Paris (intervention en conseil de Paris du 30 septembre 2015)

Madame la Maire,

Dans le cadre des plans climat, l’adaptation au changement climatique est une partie souvent négligée des réflexions des collectivités locales. Je me réjouis donc que nous prenions ce sujet à bras le corps.

Le diagnostic est posé et je le partage. Notre principal point de faiblesse à l’avenir, ce sera la canicule d’été. Je dis « à l’avenir », mais soyons clairs : nous y sommes déjà ! La canicule de l’été dernier était pire que celle de 2003. Les 10 années les plus chaudes jamais mesurées étaient toutes entre 2000 et 2015. Comme le déclamait un illustre personnage de notre République qui disait que le changement c’est maintenant… je dirais que le changement climatique, c’est maintenant.

A ce titre, si je ne peux que saluer toutes les réalisations déjà programmées, je crois que nous devons réellement mesurer que plus que la juxtaposition de mesures prises ici où là, il y a quelque chose du systématisme à prévoir dans toutes nos décisions d’aménagement urbain.

Nous avons par exemple réussi à préserver les bassins de Grenelle dans le 15ème arrondissement. Cette décision n’était pas acquise mais nous avons réussi à convenir ensemble qu’il était important de préserver les rares points d’eau existant dans la ville. Il faudra sans doute en créer d’autres d’ailleurs.

Les arbres, notamment les plus grands, ont un pouvoir rafraîchissant dans la ville. La végétalisation, c’est bien, mais maintenir l’existant, surtout quand elle a mis des dizaines d’années à devenir vraiment efficace comme peuvent l’être les grands arbres, autant faire tout pour la préserver. « Faire tout pour la préserver », tel ne me semble pas être le cas dans toutes vos décisions d’aménagement qui peuvent trouver utile de couper des arbres. On cède trop souvent à la facilité de couper sans réfléchir à des solutions pour l’éviter. Et replanter un jeune arbre qui a 10 ou 20 ans sera toujours (et pour longtemps) moins efficace (du point de vue du rafraîchissement) que de laisser un grand et majestueux centenaire.

Vous citez l’exemple de la place de la République. Je ne partage pas votre analyse. Cette place participe moins que par le passé au rafraîchissement de l’air. Elle est moins végétale qu’avant, bien plus minérale… elle agit comme un véritable radiateur amplifiant et créant ce qu’on appelle le phénomène d’ilot de chaleur. Je crois précisément que c’est l’exemple à ne pas suivre dans les futurs aménagements de place à Paris.

Et puis, Madame la maire, je ne puis m’empêcher de vous parler de la densité de la ville, que vous évoquez d’ailleurs dans ce rapport comme un fait compliquant notre capacité à nous « adapter » au changement climatique. Il est certain qu’une ville comme Berlin disposant dans la plupart de ses quartiers, et notamment en plein centre, de vastes espaces verts, a plus de capacité à réguler les canicules que des villes denses et minérales comme Paris. Dès lors, est-il utile de vous dire qu’il y a donc une forme de contradiction à vouloir poursuivre la densification de Paris, ce qui, est, je crois, votre option. L’emblême de cela, restera à mes yeux la tour triangle, vaste serre géante qui, pour être supportable pour ceux qui seront à l’intérieur, devra être massivement climatisée…ce que prouve d’ailleurs le volet énergétique du projet qui précise que le premier poste de dépense énergétique ne sera pas, comme dans tous les immeubles parisiens, le chauffage, mais la clim. Vous ne voulez pas l’admettre, mais ce n’est pas exactement un modèle d’ « adaptation au changement climatique ».

Pour ne pas finir sur une note polémique, je voudrais vous inviter, dans ce plan, à profiter du volet d’information des parisiens aux gestes d’adaptation pour les inviter également à faire un lien plus fort avec la responsabilité de chacun d’entre nous dans la réduction des gaz à effet de serre. Nous avons tous une part de responsabilité et je crois que la prise de conscience individuelle que le changement climatique est un phénomène qui n’est pas futur mais présent, qu’il ira immanquablement en s’aggravant, doit nous inviter à agir au quotidien, et sans attendre. Les gestes et les changements qu’on peut opérer sont nombreux. Nul besoin de tout changer dans son quotidien… une vigilance ponctuelle, un choix différent mais régulier, peut avoir un impact considérable s’il est démultiplié. Nous abordions hier la question de la promotion d’une alimentation végétarienne. Je regrette que le vœu présenté n’ait pas été adopté. Dans son esprit, il disait pourtant une chose fort juste : manger moins de viande participe en réalité fortement de la lutte contre le changement climatique. La chaîne de l’alimentation, de la production au consommateur en passant par la distribution est en effet 3 fois plus contributrice à l’effet de serre que les déplacements.

Il faut, je crois, redoubler d’efforts dans la communication qui peut être faite sur la liste de tous les efforts que nous pouvons faire, chacun à son niveau de responsabilité, de l'individu à l'Etat en passant par les entreprises et les collectivités locales. Il faut associer pour cela, notamment dans le sillage de la COP21, mais bien au-delà dans le temps également, tous les relais de tels messages : commerçants, RATP, et médias.

Je vous remercie.

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